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Billet de blog 6 février 2011

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De la mondialisation comme défaite idéologique.

(le chantier) contre les ravages du populisme national, on enfonce le clou (2).

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(le chantier) contre les ravages du populisme national, on enfonce le clou (2).

2- De la mondialisation comme défaite idéologique. (voir le premier châpitre)


Avant d'être notre inhumaine réalité mercantile contemporaine, la mondialisation fut d'abord, sous l'habit de l'utopie universaliste, une ambition révolutionnaire, vraisemblablement stimulée par le mercantilisme (justement), philosophie politique dominante des monarchies d'ancien régime, dont il s'agissait alors de dépasser les vieux atavismes féodaux.
Il n'est pas incohérent à ce titre de considérer la révolution humaniste des lumières comme l'instrument d'une autre révolution, dite aujourd'hui bourgeoise, pour la libéralisation du commerce et l'avènement du capitalisme (en résumé). Mais n'est-ce pas un jugement qui procède d'une construction à postériori et ne dit rien en fait de la réalité vécue par ses acteurs contemporains, ni surtout de leurs intentions ?
Cette analyse, qui prévaut aujourd'hui à gauche, procède me semble-t-il, elle même, d'une instrumentalisation rétrospective un peu courte, d'une écriture de l'histoire qui en dit plus sur ses auteurs que sur l'histoire elle même, et qui suppose une impasse à la fois magistrale, irréaliste et donc irrecevable sur la généalogie de l'humanisme universaliste. Les éléments essentiels de cette généalogie viennent opportunément d'être sommairement rappelés au hasard des contributions sucitées par le billet "judaïsme / un projet pour l'humanité entière" (d'Arquius, que je remercie, en dépit de mon désaccord avec ses prises de positions personnelles, de m'éviter ainsi des développements fastidieux).
Il n'est pas indifférent que ce soient aujourd'hui les héritiers naturels de cette révolution idéologique en quoi consista l'émergence de l'universalisme humaniste qui en instruisent le procès.
L'impasse faite sur ses origines, pour ne considérer que les évènements historiques qu'elle a accompagné ou qui lui ont succédés, comme ses conséquences directes, et donc comme conséquences révélatrices de sa vraie nature, ne conduit qu'à une incompréhension dramatique de cette révolution et, plus grave, à l'incurie idéologique qui paralyse paradoxalement la gauche par nos temps de crise exacerbée du capitalisme.

S'il est indéniable, que l'affirmation humaniste universaliste et la construction du capitalisme participent du même mouvement historique (ou de civilisation)

1- leur assimilation est me semble-t-il parfaitement abusive, au sens ou il me paraît plus juste de considérer qu'il s'agit certes de deux faces d'un même mouvement historique, mais deux faces en aucune façon réductibles l'une à l'autre,

2- la relation de cause à effet univoque, de la révolution humaniste des lumières au capitalisme, induite par cette analyse, procède d'une lecture à contre sens, bien trop simpliste en tout cas et anachroniquement idéaliste.


Quel est ce mouvement historique ? En quoi peuvent se distinguer ses deux faces et quelles sont leurs articulations ?
On peut affirmer me semble-t-il qu'il s'agit d'un double mouvement de maturation et d'expansion civilisationnelle, une civilisation assimilable, dans sa forme contemporaine, à ce que l'on désigne sous le vocable générique "d'occident".
Se posent alors la technique et l'idéologie, comme les deux faces de ce mouvement, intimement liées et cependant relativement autonomes.
C'est précisément là, me semble-t-il, l'origine de l'incompréhension, ou plutôt de l'inversion du sens.
Nous sommes dans une civilisation de la dichotomie qui autorise la maturation et l'expansion simultanées mais relativement autonomes de la technique (comme ensemble des pratiques) et de la culture (culture, comme représentation du monde ou comme "idéologie", et c'est vraisemblablement en effet l'héritage de la pensée grecque, voir à ce propos : l'analyse de B. Stiegler -Philosophie de la technique - La question de l'homme, et en particulier dans "La Faute d'Epiméthée").
Et c'est "au nom" de cette dichotomie, par un effet rétroactif auto réalisateur et paradoxal, que la relation de cause à effet est historiquement posée à contre sens : la théorie aurait précèdé la pratique ou, l'idée aurait précédé la technique. Alors qu'en réalité ce sont presque toujours les pratiques, les innovations et les découvertes techniques qui ont justifié, ou autorisé, voire nécessité, les théorisations et les conceptualisations, à postériori.
Soit en effet et pour en revenir à l'universalisme humaniste et au capitalisme : le premier à certes joué son rôle d'accompagnement de l'essor du second, mais à postériori (le capitalime, y compris financier, et par nature expansionniste, n'a pas attendu le XVIIIéme siècle), à travers des déclinaisons spécifiques et dans une relation de dépendance relative.
En revanche, et c'est en cela que cette méprise est en effet dramatique, on peut je crois former l'hypothèse que la révolution humaniste portait en elle justement le renversement de ce rapport de dépendance (c'est bien pourquoi il s'est agit d'une révolution), soit le dépassement du capitalisme comme fatalité du devenir technique de l'humanité, en affirmant en particulier les principes des "droits" et de leur universalisme, à priori de toute contingence dans l'ordre du technique, et l'ambition émancipatrice par l'éducation (Condorcet ) et vers la majorité selon Kant.

Et c'est son inachèvement, par l'abdication de fait du principe universaliste qui contient la défaite idéologique, défaite qui n'est en fait que la défaite de l'humanité renonçant à son propre gouvernement, c'est à dire à la maîtrise de la technique, laissant le champ libre à la technique, c'est à dire à la mondialisation comme dynamique folle et devenir du capitalisme.
Alors se pose la question de cette abdication, et de son renouvèlement aujourd'hui revendiqué toujours paradoxalement par ceux-là mêmes qu'elle condamne à la défaite.
Question ouverte...

(suite : Contre le consensus nationaliste)

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