Ce n'est pas assez

(Parti pris et coup de gueule)

Nous étions très nombreux hier dans les rues, au moins 6000 à Rodez (!) et bien plus des 800 000 officiellement comptés en France.
Mais ce n'est pas assez.

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Ce n'est pas assez car l'enjeu est énorme.
Au delà de la seule, très importante et symbolique question des retraites, la bataille engagée est en fait celle de la société et de la civilisation que nous voulons.
En finir avec l'égoïsme des profits à l'infini pour quelques uns et la misère pour toujours plus de pauvres gens exploités et méprisé  sans vergogne... jusqu'à leur mort, avec cette nouvelle "réforme".
En finir avec l'individualisme forcené au mépris des individus, de leurs vies et de la vie tout court.

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Du respect, de la reconnaissance et un minimum de fraternité, c'est la promesse de notre république.
Du respect, de la reconnaissance et un maximum d'efforts, c'est la condition de notre survie sur une planète à l'agonie.

Les taxes sur les carburant ont été il y a un an la goutte qui a fait débordé le vase des souffrances et des colères du petit peuple habituellement silencieux.
La réforme des retraite est aujourd'hui la déclaration de guerre qui réveille le monde syndical.
Et c'est l'ultime offensive qui doit soulever l'indignation générale et provoquer la mobilisation générale.

Oui, depuis maintenant 30 ans, dans une économie qui compte de plus en plus de milliardaires, dans un pays où les voitures et les villas de luxe se multiplient (ici à Rodez comme ailleurs), il est indigne de faire payer les factures à tout un peuple en détruisant peu à peu, petits bouts par petits bouts, tout ce qu'il a gagné et financé depuis 150 ans de labeur et de luttes : les services publics, le droit du travail, et à travers les retraite la sécurité sociale pour tous et la santé de chacun.

6-1

Mais il ne suffit pas de s'indigner, il faut se mobiliser solidairement.
Il faut investir nos colères individuelles légitimes dans le combat collectif qui est LA condition du succès.
La division est le pire des ennemis, les riches, eux, l'ont compris depuis longtemps.

La solidarité, ce n'est pas facile, cela suppose des efforts.

Par exemple, et si nous voulons être encore plus nombreux à la prochaine manifestation (ce qui sera indispensable) il ne fallait pas dans le cadre de la manifestation organisée hier à Rodez par l'intersyndicale, mener une action en dehors du circuit déposé en préfecture, vers la mairie.
Je ne conteste pas l'action elle-même et son objectif (décrocher parait-il le portrait d'Emmanuel 1er, pourquoi pas ? On se fait plaisir comme on peut... ). Elle aurait très bien pu être réalisée et sans doute avec plus de chance de succès, différemment.
En tout cas sans prendre en otage la foule des manifestants qui n'étaient bien sûr pas au courant et auxquels on n'avait pas demandé leur avis. Pour aller inutilement se frotter à quelques policiers et se faire gazer.

3-1

De nombreux Gilets Jaunes ont été involontairement et pour certains volontairement impliqués dans cet épisode.
Pour tous les Gilets Jaunes le préjudice a été immédiat.
A la fin de la manifestation, place d'Armes, une responsable syndicale m'a fait remarquer avec colère, "les gilets jaunes, vous faites chier ! ".
Et ce matin, il suffit de lire le sous titre de la page de notre Centre Presse local consacré à l'évènement pour constater les dégâts : "Les gilets jaunes en tête de cortège, des heurts en ville".
La messe est dite et l'amalgame imparable, gilets jaunes = violence.

Macron se frotte les mains. A Paris, comme à Rodez et dans de nombreuses villes, quelques gros malins ont joué sans le vouloir (?) la division, gilets jaunes contre syndicats.
Quelle lucidité ! Quelle intelligence stratégique !
Les conquêtes sociales dont nous bénéficions tous et que le gouvernement veut nous reprendre pour garantir les privilèges de ses employeurs n'ont pas été acquises que par des bisous, certes. Mais elles ont toutes, toujours, été conquises par la force du nombre, la violence n'a jamais été qu'une ultime ressource, une contrainte, imposée par la violence d'état.
Pour l'immédiat, compte tenu de la fragilité de l'opinion publique, du matraquage médiatique qu'elle subit, elle est pour le moins prématurée.

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Faut-il être nul ? manipulé ? infiltré par la police ? pour saboter ainsi toute chance de construire le rapport de force, c'est à dire les solidarités indispensables pour faire reculer le gouvernement.

Comment allons nous pouvoir demain, à Rodez et ailleurs, entretenir de bonnes relations avec les représentants syndicaux et convenir avec eux de manifester ensemble pour être toujours plus nombreux ? Comment ?
Et comment le petit peuple habituellement silencieux auquel les Gilets Jaunes avaient enfin rendu la parole va-t-il éviter de retourner dans la réclusion sociale et le silence de l'anonymat, la honte et la solitude ?
Si on recommence et continu comme ça.

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