... ou,
de la mondialisation comme défaite idéologique (suite)
Au moment où, dans la perspective des élections présidentielles de 2012, la ligne de démarcation, entre ce qui serait la vraie gauche vertueuse d'une part et les socio traitres de l'autre, se cristallise symboliquement sur le choix entre la continuité ou la rupture de l'engagement de la France au sein de l'U.E., il s'agit ici de pousser la réflexion au delà des contingences de court terme relatives aux politiques sectorielles (sociales, industrielles, monétaires et fiscales pour l'essentiel), pour débusquer la contradiction de fond et l'impasse dramatique en quoi consiste pour la gauche ce mouvement de repli national qui la submerge en réalité tout entière (mais à des degrès divers, du moins dans les discours) et qu'il faut bien qualifier de populisme tant il épouse les évidences simplistes du café du commerce... et la dérive présidentialiste d'une république perdue.
En cherchant dans mon précédent billet à décrypter les sources de cette contradiction iédéologique, je n'ai pas su éviter, faute vraisemblablement d'avoir su m'exprimer clairement, le faux débat (en la circonstance) sur les universaux. (Lesquels méritent évidemment d'être questionnés, et ils le sont... au risque parfois d'un relativisme très suspect... mais c'est justement l'intérêt de ce débat qu'il faut instruire et partager le plus largement possible par ailleurs.)
Ici, il nous détourne en transférant la confrontation critique que je mets en hypothèse vers un catalogue d'affrontements formels et essentialistes (selon le mot à la mode) alors que son objet réel est en fait une analyse de processus ou de dynamiques idéologiques. C'est pourquoi j'y reviens.
Pour "matérialiser" si besoin la problématique posée, disons qu'au bénéfice d'un flou artistique savamment entretenu depuis belle lurette, la gauche avait su jusqu'à présent concilier, certes de façon équivoque mais sans que cela soit un motif de discorde majeure, la célébration de l'Etat avec la rationalité nécessairement internationaliste des dynamiques émancipatrices dont elle se veut porteuse.
Or, voici qu'au "bénéfice" de la 1ère crise économique et sociale d'au moins égale ampleur, survenant après celle qui provoqua le dernier conflit mondial, cette alliance de l'Etat (de droit) et de l'engagement internationaliste, en tant que déclinaisons de l'universalisme originel, vole en éclat, pour le plus grand profit de la Nation soudainement réinvestie de toutes les vertus, allant même et c'est le comble, jusqu'à la prosternation ô combien symbolique et idéologiquement pernicieuse mais désormais quasi unanime, devant la figure tutélaire du général.
Outre son irréalisme à court terme au plan des politiques sectorielles, abordé dans un premier billet, ce repli sur l'Etat Nation consacre me semble-t-il une abdication idéologique aux origines anciennes et pour le moins confuses mais aujourd'hui spectaculairement anachronique et contre productive à moyen et long termes, au droit même de l'intérêt général prétendument défendu et de l'émancipation démocratique du carcan capitaliste.
Il s'agit donc d'essayer de sortir de la confusion, de débusquer les origines pour comprendre et avancer.
Il s'agit donc surtout de ne pas nous laisser happer, ni par l'immédiateté des querelles de stratégie et d'ambition à trois balles pour 2012, ni par la bagarre au sujet de l'U.E. avec son avalanche d'arguments pour et contre, tous aussi circonstantiels les uns que les autres.
Ce n'est vraiment pas la question.
Il va de soit que ces quelques lignes n'ont de sens qu'en complément de celles-ci.
Mais il faut aller encore plus loin : "De la caverne à la planète".
PS. : Les évènements d'Egypte et de Tunisie, les réactions sur le marché du pétrole et la nouvelle crise sur les marchés des produits alimentaires nous rapellent s'il en était besoin, mais il semble que oui, qu'il ne saurait y avoir ici chez nous comme partout ailleurs de projection politique réellement progressiste qu'indexée définitivement et prioritairement à de solides, explicites et publiques convictions internationaliste. Elles se font rares... va savoir pouquoi ? Telle est la question.