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Billet de blog 12 avril 2013

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L'après Cahuzac... dans une impasse en marche arrière

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La difficulté du traitement politique de l'actualité politique, c'est à dire de l'analyse à l'aune de l'intérêt général des évènements qui surviennent, est toujours la même : il faudrait toujours et dans le même temps produire le travail analytique pointu relatif à l'évènement lui même, et contextualiser sans limite cet évènement. C'est à dire mettre en perspective tous les plans, ou champs (sans exception) du réel politique auxquels, de proche en proche, il doit être rattaché. (J'appelle ici "plans" ou "champs", les différents niveaux ou échelles de contexte au sein desquels, de la façon la plus directe jusqu'à la plus indirecte, l'évènement en question fait ou peut faire sens.)
C'est me semble-t-il quasiment impossible.
Et pourtant... l'enjeu est de taille, s'agissant au delà du "droit de savoir", de notre aptitude à comprendre et à délibérer.
L'enjeu, c'est en fait notre capacité de citoyens à capitaliser et articuler les connaissances, les savoirs que nous permet d'acquérir la révélation des faits, c'est à dire de ne pas les oublier ou les perdre en cours de route, ni de les recevoir déconnectés les uns des autres, dans le flux incessant et en accélération du renouvellement de l'actualité.
C'est de ce point de vue, qui est aussi me semble-t-il celui que soutient le projet Mediapart, comme il a du être à la source de "L'étrance capitulation" de Laurent Mauduit (que je n'ai pas lu), que j'ai envie de réagir à la plupart des articles consacrés par notre journal aux "suites" de l'affaire Cahuzac et surtout aux commentaires qu'ils suscitent.

Réaction critique légèrement tempérée grâce aux ouvertures rédactionnelles et aux interventions de quelques commentateurs, cependant trop rares et bien trop sybillines à mon goût.
Une exception notoire (mais je ne pense pas avoir tout lu et il y en a peut-être d'autres) : l'article de Lenaïg Bredoux consacré à la réaction de Pascal Canfin aux dernières annonces de Hollande. 
Tout se passe en effet comme si l'affaire Cahuzac venait (assez paradoxalement en réalité) enfermer un peu plus le débat politique français dans son nombrilisme légendaire au moment où tout indique qu'il faudrait qu'il en sorte enfin, dans la situation d'hypercrise où nous sommes, pour être en phase avec les enjeux de pouvoir réels.
Et c'est à ce titre que l'affaire Cahuzac est vraisemblablement la plus dommageable.
Car, aussi scandaleuse soit-elle, et elle l'est, immensément, elle ne nous apprend rien sur notre petite domesticité nationale. Sauf à avoir été jusqu'à présent sourd et aveugle. Point n'est besoin de retourner aux scandales de la IIIème république, la Vème se suffit à elle-même, plus que toute autre, jusques et y compris dans sa genèse. Et tous les citoyens même les plus jeunes en ont une expérience personnelle suffisante pour en juger, pourvu qu'ils veuillent bien en faire l'effort.
Voici donc, par la grâce de L'AFFAIRE du moment, la bonne république de France à nouveau plongée dans le psychodrame national qu'elle affectionne tant de se rejouer de loin en loin.
Et pendant ce temps, les décisions se prennent ou l'indécision perdure, c'est selon, dans les lieux de pouvoir ou de carence des pouvoirs, c'est selon, qui comptent ou devraient compter, ce n'est plus selon.
On pourrait avec cynisme se contenter d'en sourire, ce serait faire fi bien légèrement des profits politiques évidents et pour le moins suspects qui peuvent en être escomptés à court terme.
Et c'est en effet paradoxal tant l'affaire en elle-même, dans ses détails, démontre s'il en était encore besoin l'urgente nécessité de l'émergence de pouvoirs supranationaux réels et, corollairement l'urgente nécessité de la légitimation de ces pouvoirs par l'exercice d'une citoyenneté reconfigurée aux échelles idoines, autrement dit l'urgente nécessité de pouvoirs supranationaux démocratiques.
"L’épreuve du pouvoir pour la gauche ne peut être qu’un exercice permanent de pédagogie et de mobilisation" disait Edwy Plenel il n'y a pas très longtemps, on peut ajouter que cet exercice devrait être en fait celui de tout engagement politique se revendiquant de gauche... en position de pouvoir, comme en quête de ce pouvoir... cette si fameuse éducation populaire, elle même tant revendiquée.
A lire ce qu'on lit, elle doit bien souvent se retourner dans sa tombe et l'on peut se poser quelques questions sur la vertu pédagogique de cette manifestation prévue le 5 mai prochain et de son mot d'ordre, "du balai".
Et après ?
A l'inverse il faudrait être bien naïf de prendre pour argent comptant les déclarations d'intention de François Hollande et de son gouvernement. Et en toute hypothèse leurs initiatives au plan national n'auront d'efficacité qu'autant qu'elles pourront s'inscrire en harmonie avec des règles internationalement appliquées. Raison de plus pour promouvoir l'émergence d'une conscience politique, citoyenne, si ce n'est mondialisée, à minima européenne, au lieu d'accréditer l'illusion d'une souveraineté nationale. Elle est carbonisée depuis des lustres.
 
Sauf à renier l'ambition démocratique, ce qui en l'occurrence serait un comble, on ne peut prétendre avoir d'autres représentants que ceux que l'on mérite, et la France a besoin me semble-t-il de représentants en capacité de s'engager résolument et avec force, par ce que soutenus par leurs mandants, pour l'affirmation d'un droit international étendu, des instances de pouvoir en charge de son application, et des instances de légitimation démocratique de ces pouvoir ; non pour la déconstruction de leurs embryons.
Et l'affaire Cahuzac est à ce titre littéralement exemplaire, c'est à dire qu'elle nous délivre une leçon qui peut et devrait être extrapolée bien au delà des seuls domaines fiscaux et financiers qu'elle désigne directement.
Mais tout cela est sans doute trop compliqué et trop intellectuel bisounours pour faire "main stream".
Les petits enjeux politiciens, les stratégies à courte vue et à trois balles, le spectacle aussi, au risque d'amalgames aux lendemains terriblement cruels, désignent des chemins beaucoup simples.
Au diable la complexite, l'éducation et la pédagogie.
Du simple !
Et tout de suite !
Comme dit Maurice, "dans une impasse... si tu y vas en marche arrière... tu t'en apperçois pas".

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