Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

642 Billets

3 Éditions

Billet de blog 15 septembre 2015

Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

La souveraineté populaire à l'horizon supranational européen.

Jean-Claude Charrié (avatar)

Jean-Claude Charrié

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(Compte tenu de l'accueil réservé à la victoire de Jérémy Corbyn, et des joyeusetés de la "crise des réfugiés", quelques considérations franco-nombrilesques collatérales et provocatoires, mais néanmoins, quoiqu'on en dise, déjavellisées)
D'une certaine façon, et certainement à "l'insu de leur plein grés", les Sapir, Lordon, Chevènement et autres thuriféraires du national-souverainisme revendiqué de gauche, par delà les subtiles variations de leurs "mono-idéismes" obsessionnels respectifs ne font qu'ajouter leurs voix à celles de tous les dirigeants de la Vème république qui avec un cynisme abouti, depuis le premier d'entre eux, ont utilisé l'Europe avec constance (1) au service de leurs "petites" politiques intérieures, pour le service de leurs ambitions personnelles et/ou de ceux dont il représentent les intérêts, plus qu'il n'ont servi le projet en quoi elle consiste. Moyennant quoi ils ont largement contribué à faire de l'Europe ce qu'elle est... ce que l'on appelle, les "discours auto-réalisateurs" ou "performatifs".
Et la théorie (entre autres fondée, à en croire ses nombreux adeptes, sur les travaux d'Annie Lacroix-Riz, auxquels il est régulièrement fait référence au sein du club), selon laquelle le projet d'union européenne supranationale doit être combattu et abandonné, au motif que dès son origine il a été conçu pour devenir ce qu'il est, est un curieux paradoxe venant de militants "plus militant que moi tu meurs" de la démocratie. Qui de facto, dénient toute capacité à l'exercice démocratique autre que confiné dans les carcans d'un autre âge, au motif qu'il ne saurait y avoir de conscience citoyenne autre que nationale..
L'Europe (comme la France d'ailleurs le devint en son temps) ne peut à son tour devenir que deux choses : ce que les citoyens acceptent qu'elle soit, ou ce que les citoyens veulent qu'elle soit.
Selon les discours qu'on leur sert.
(Ainsi entend-on parfois curieusement parler "d'éducation populaire".)
Et en contexte de crise en aggravation (2), il est plus que doutable qu'un retour aux pleines souverainetés nationales puissent conduire à la refondation sociale d'un internationalisme européen soudain plus démocratique et social parce qu'il serait inter-nationaliste (3).
A cet égard, il faut noter que la supercherie selon laquelle "il ne saurait y avoir d'internationalisme sans nation" ne relève que de l'argutie sémantique, mais elle a l'avantage de révéler la faiblesse théorique et formelle de "l'internationalisme" au sens de cet "au delà des nations" contesté. Lui même tributaire des vieilles lunes auxquelle s'accrochent toutes les formes du nationalisme, il est un anachronisme.
Il n'y a donc pas matière à fétichiser un mot, quelqu'ait pu être glorieux son passé, il est passé ; et au lieu d'internationalisme, désormais c'est bien de supranationalisme qu'il convient de parler sans ambage, pour désigner l'horizon auquel plus que jamais devraient se confronter les forces sociales dans leur quête pour un monde meilleur et peut-être un jour démocratique.
Mais, pour terminer, peut-être faudrait-il revenir un peu sur les enjeux réels du débat.
S'agit-il de sortir de la crise ?
Ou de restaurer la démocratie ?
Car le discours de nos amis nationaux-souverainistes est pour le moins ambigu.
A les en croire, la démocratie serait le remède contre la crise.
La nation serait le seul horizon démocratique possible.
Donc, il ne pourrait y avoir de sortie de crise que nationale.
On se demande alors bien pourquoi, les nations ne sont jamais parvenues, ni à éviter les crises, ni à réaliser la démocratie ?
Peut-être faudrait-il sortir de la confusion.
(1)
Il faut noter aussi en matière de constance, celle avec laquelle ils se sont tous appliqués, les uns après les autres jusqu'au dernier, à cultiver non sans cohérence la gloriole franchouillarde à coups de rengaines commémoratives, de mouvements de mentons tartarino-militaires et d'exploits techno-sciento-industriels à fortes valeurs soustraites... jusqu'aux derniers coups de génie des EPR et autres Mistral.
(2)
La crise migratoire (ces jours-ci de réfugiés majoritairement politiques, demain de réfugiés climatiques en plus grands nombre encore) venant s'ajouter à la crise économico-financière sans que la moindre issue à celle-ci n'ait pu être préalablement et raisonnablement envisagée à court terme.
 
(3)
Cette hypothèse ne repose que sur une autre, la capacité d'une nation à mettre fin à la crise, qui repose elle-même sur une autre encore, la capacité de cette nation à mobiliser les indispensables solidarités et partenariats inter-nationaux (donc) à vocation d'ailleurs purement utilitaires (import/export).
Comment peut-on ne pas voir qu'en contexte cette hypothèse (outre qu'elle n'infère en rien qu'une majorité progressiste puisse s'imposer et des politiques plus sociales puissent être effectivement mises en oeuvre) ne pose en réalité comme sa condition de possibilité, que les prémices de la reconstitutions de blocs d'alliances antagonistes destinés à plus ou moins brève échéance à se "foutre sur la gueule".
Sauf à imaginer que tout le monde (tous les pays) fasse pareil... et selon une même orientation politique.
Mais ce ne serait alors rien d'autre que l'Europe, l'Europe politique, supranationale qui serait enfin sur les rails. On tourne semble-t-il en rond pour ne pas aller au pot.

***


Bonus :


Lordon, au delà du plaisir (retour en différé sur le direct du 3 septembre).
Oui car c'est un réel plaisir de voir et d'entendre cette belle machine à penser et à dire.
Et de se laisser séduire.
Tout est parfaitement huilé, on devient tout d'un coup plus intelligent. L'expression est claire et les concept s'emboîtent à merveille les uns dans les autres pour une construction du plus bel effet, bon sang ! mais c'est bien sûr !
Cette belle construction repose cependant, sur une interprétation du peuple, de la nation et des origines de la nation constituée en peuple souverain qui mériterait probablement d'être passée au crible d'une analyse critique historique que je ne saurais personnellement aboutir, mais dont nous sommes certainement assez nombreux à penser, ne serait-ce qu'intuitivement, qu'elle conduirait, si ce n'est à l'invalider, du moins à la nuancer et à révéler quelques incertitudes quant aux principes qu'il convient d'en déduire pour conduire une stratégie politique adaptée à la situation présente.
C'est un premier point, non négligeable dans ses conséquences, mais ce n'est peut-être pas le plus immédiatement et opérationnellement important s'agissant d'affronter politiquement les problématiques de crise des actualités grecque... européenne... planétaire, toutes imbriquées.
S'agissant de "faire de la politique", c'est à dire d'intervenir dans le débat politique avec le désir d'influer sur la délibération publique, comme sa relative notoriété, ses compétences et son ardeur non moins certaine au travail autorisent Lordon à en nourrir la volonté, il faut me semble-t-il à la fois, cultiver une appréciation exigente (non accommodante) des rapports de force, se mesurer sans relache à l'état de l'opinion, aux tendances qui l'animent, et aux capacités de réceptivité par le plus grand nombre qu'elle exprime. Et certes, il faut aussi avoir le souci de développer une pensée juste et cohérente.
Mais celle-ci justement, n'est bien réelle et ne peut avoir politiquement de sens qu'articulée aux conditions précedentes, c'est à dire en phase avec les attentes de l'opinion.
Ah l'opinion ! L'opinion publique...
Sans doute Lordon estime-t-il que son auditoire est celui des "relais" ou "faiseurs d'opinion". Ce n'est sans doute pas entièrement faux. Et voilà pourquoi, sans doute encore, intellectualise-t-il sans ménagement, avec une exigence à certains égards tout à fait opportune nonobstant la réserve émise ci-dessus, mais avec une brutalité plus propice à rebuter nombre d'esprits javellisés qu'à mobiliser de fervents soutiens. La stratégie du choc n'est certes pas toujours inopérante... encore faudrait-il en l'occurrence bien mesurer à qui elle s'adresse, où plutôt sur qui elle s'exerce.
Cette espèce de classe moyenne à moyenne sup. certes suffisamment cultivée pour accéder aux virtuosités de l'exercice lordonien, mais fragilisée, appeurée, nourrie aux amphétamines de la consommation à outrance et inquiète de voir les promesses à elle faites par le rêve européen s'évanouir dans les abîmes sans fond des dettes insolvables ou dans les circuits planétaires des évasions fiscales et des spéculations frauduleuses.
Il y a peut-être là une erreur de ciblage, ou du moins inadéquation du projectile à la cible qu'il est sensé atteindre.
Sans doute révèle-t-elle un déficit d'attention plus général au déséquilibre des rapports de forces ; s'agissant de politique, et donc de démocratie, du déséquilibre des rapports de forces précisément électoraux. C'est ennuyeux.
Car pour l'instant, sauf coupable inattention de ma part, jamais il ne s'est agit de la part de Lordon d'appeler à une transgression de l'ordre républicain, "démocratique" et souverain, bien au contraire.
Alors, à l'heure des grands débats stratégiques, il faut en convenir, il ne suffit pas de se faire plaisir. Et, en démocratie, avoir raison contre tous, c'est avoir politiquement tord.
Cependant, n'en doutons pas, le prochain coup de pompe ne saurait tarder, qui nous délivrera du mal et de la tentation.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.