Plutôt qu'à l'une quelconque des formes de perversion, d'incompétence ou de faiblesse hypothéquées tout au long des billets et fils de discussion publiés dans le club, je crois qu'il faut plutôt imputer les décisions successivement prises, depuis celle du 20 février, par Tsipras et son équipe, (dont Varoufakis jusqu'à son départ) au choix de principe de rester dans la zone euro, arrimés à l'UE.
Un choix probablement fragile, difficilement tenable au regard des luttes de tendances internes à Syriza, mais in fine catégorique. Et la trajectoire "incertaine" de Varoufakis me paraît tout à fait représentative du dilemne auquel a été soumis ce gouvernement de "néophytes" (relativement à l'exercice des responsabilités gouvernementales et de la négociation internationale - c'est une dimension probablement non-négligeable).
Alors, s'il s'agit de porter un jugement, la question revient, toujours la même, à celle du "grexit".
A partir d'une option originelle de refus de principe de ce "grexit" légitimement fondée sur le mandat populaire, la stratégie de négociation mettant en balance allègement de la dette contre réformes austéritaires est cohérente, quelles qu'aient pu être par ailleurs les promesses électorales. D'autant plus si elle était adossée à l'espérance d'un élan de solidarité des pays du sud, impulsé, ou au à tout le moins appuyé, par la France comme le dit Varoufakis. Et je ne vois pas de raison de mettre en doute sa parole sur ce point.
L'accord du 20 février n'a de raison que fondé sur cette hypothèse stratégique. Mais comme il a déjà été dit c'est un accord "charnière" au delà duquel il n'était plus question de revenir en arrière... sauf à "renverser la table".
La mobilisation des solidarités externes devenait donc l'enjeu implicite mais central des négociations.
On sait ce qu'il en est advenu.
Et il faut revenir à l'hypothèse du "grexit" ou du "renversement de la table" qui restait en effet toujours jouable, particulièrement sous forme de suspension des remboursements échéancés de la dette (soit, par transgression des engagements antérieurs) en s'appuyant sur le rapport de la CADTM.
Et là il y a deux façon de l'interpréter, soit comme menace du débiteur au créancier pour forcer la négociation en inversant le rapport de force, mais cela veut bien dire qu'il ne s'agit que d'une menace et non d'un projet en soi.
Soit en effet comme projet, c'est à dire en l'occurrence comme "changement de cap". Et là, c'est l'existence ou non du fameux "plan B" qui est immédiatement en cause.
Je pense que le choix de "l'option menace" ne pouvait être envisagé par Tsipras et les siens qu'à la condition d'un engagement solidaire ferme et exprimé publiquement sans ambiguité de la part de la France et de l'Italie en particulier. A défaut, cela revenait à donner entièrement la main à Schäuble et à entériner un "grexit" isolé, subi et non choisi.
En revanche, en cas de solidarité de la France, de l'Italie et d'autres..., cette option aurait fort probablement conduit à une crise majeure des institutions et ce n'était pas trop mal joué pour la partie grecque qui évitait ainsi de s'isoler. Ici, c'est le défaut de "plan B", mais à une autre échelle qui est en cause. Et c'est bien le défaut de ce "plan B" multinational qui est me semble-t-il l'objet des interventions actuelles de Varoufakis auprès des médias européens.
Quant au "changement de cap" et à l'engagement vers un "grexit" choisi, il faut simplement convenir je crois, qu'au delà de la question de son acceptation ou non par une majorité de citoyens grecs, il a été écarté (me semble-t-il a juste titre et à l'encontre de nombreux commentateurs) comme irréaliste et insoutenable à très brève échéance, dans la paix civile. Nonobstant les modélisation techniques (éventuellement justes, là n'est pas la question) de tous les économistes qui le conseillaient ou le conseillent encore, mais font allègrement l'impasse sur la réalité complexe (par définition) de l'opinion publique grecque et des ressorts historiques ou immédiats qui l'animent (ou l'orientent), en particulier et pour le présent immédiat, la crise migratoire majeure en première ligne de laquelle se retrouve la Grèce bien malgré elle.
C'est pourquoi je trouve les accusations de trahison, de double jeux, éventuellement d'incompétence, égrenés ici où là, comme autant de procès d'intention pour le moins expéditifs, en réalité beaucoup moins soucieux du sort du peuple grec qu'ils ne s'en revendiquent. Et qui expriment bien plus un sentiment personnel de trahison à leur endroit, celui de militants pressés d'en découdre avec l'UE, si besoin par procuration, qu'ils ne dénoncent une réelle trahison du peuple grec.
Notre UE actuelle est en effet un instrument d'asservissement des peuples, mais c'est bien plus notre affaire et notre responsabilité à nous, nation fondatrice, d'en changer, que celle des grecs. Et ne croyons pas que nous règlerons le problème tous seuls, dans le contexte mondial et géopolitique actuel, un "Francexit" isolé serait politiquement et socialement aussi catastrophique pour les français qu'un 'Grexit" pour les grecs.
Sauf le bain de sang dont on sait bien que ce sont toujours les peuples qui en sont les victimes, contre TINA, il n'y a pas d'alternative justement à la démocratie, et à la construction du rapport de force électoral, mais à l'échelle minimum qu'impose désormais le contexte économique et social irrémédiablement mondialisé.
(ce billet est la reprise d'un commentaire sur le fil de discussion de la traduction réalisée et publiée par Monica M du discours de Varoufakis à Frangy)