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Billet de blog 29 mai 2011

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La nation ne peut plus être de gauche (l'a-t-elle d'ailleurs jamais été ?).

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En fait, ce billet, c'est de la faute à Habermas...
"La mondialisation, c'est l'effondrement du pouvoir d'achat des bulletins de vote.", citation mise en exergue par Arnaud Montebourg, lors de l'entretien relaté par Lénaïg Bredoux dans son article : Montebourg "pour un protectionnisme partagé", comme caution intellectuelle de sa candidature aux primaires sous le signe à la mode de la démondialisation.
Je ne sais pas si Habermas validerait cette interprétation implicite dont témoigne l'usage que fait Montebourg de ses paroles, mais je sais qu'il est possible d'en faire une autre, diamétralement opposée. (Il reste aux spécialistes d'Habermas à confirmer s'il a tenu ces propos, et dans quel sens, si tant est qu'il l'ait lui même précisé.)
En tout cas je ne ne peux suivre la lecture rapide et simplificatrice à l'extême, ou alors d'un cynisme à pleurer, qu'en fait Montebourg (au demeurant, sans être fan, j'aime plutôt bien Montebourg).
Non, plutôt qu'un aphorisme assassin pour la mondialisation, je vois dans cette phrase le constat cinglant de la perversion de nos prétendues démocraties nationales par la marchandisation du politique qui les affecte.
D'ailleurs, à travers cette mode immodérée pour la démondialisation, ne serions-nous pas en plein dans le sujet ?
A lire plus avant le compte rendu de cet entretien la piste semble se confirmer au détour encore d'une citation : "Bello dit qu'on a besoin d'un protectionnisme de même nature au Nord et au Sud, capable de changer le capitalisme. C'est un projet social-écologique de refondation du capitalisme. C'est ce que, d'une certaine manière, Barack Obama a réussi à faire. Les Américains ont toujours été protectionnistes, comme toute grande nation mercantile. Dans ce modèle il y a la démondialisation, le capitalisme coopératif..."
Si l'on comprend bien il ne s'agit donc pas de dépasser le capitalisme, mais simplement de le changer... et même de le refonder ! (pour lui donner sans doute une seconde jeunesse... et de l'avenir), il s'agit de devenir une "grande nation mercantile" et de développer un "capitalisme coopératif" ! par la grâce de la démondialisation.
Diantre !
Et voilà qu'à nouveau, au prétexte d'une prétendue OPA, la démondialisation nous est resservie comme nouvel horizon de gauche pour un avenir enchanté.
Ce n'est pas une OPA, c'est un retour à la matrice.


Apartés:
La déprime collective qui selon tous les observateurs patentés caractérise la société française n'est peut-être pas infondée. Il est même tout à fait possible qu'elle soit l'expression d'un doute, si ce n'est sage, ou de bon sens, du moins assez lucide et pourquoi pas d'une intelligence assez fine de la situation.
Après tout, notre mode de vie, nos consommations, notre confort, notre santé... enfin, toute cette sorte de choses, ont été patiemment, laborieusement, douloureusement toujours, arrachés au reste du monde. Et au prix de tant de renoncements... la République... universelle, les droits de l'homme... universels, la grande oeuvre civilisatrice... "de Dunkerque à Tamanrasset"... il y aurait peut-être comme un parfum de culpabilité et de trouille mélangées, à la mesure d'une indéniable et à quelques égards injustifiée estime de soi, entre légende et réalité.
Avec chez soi, là, devant soi, cette image peu flatteuse que renvoi le miroir de toutes ces vagues successives d'immigration et les violences assimilatrices qui les ont accompagnées et qui les accompagnent toujours et encore.


Nous profitons tous encore, peut-être plus pour très longtemps d'ailleurs, des exploitations coloniales, néocoloniales et post-coloniales qui ont permis aussi de financer nos systèmes de protection et de redistribution sociale. Si le mouvement social a pu arracher au patronat ces conquêtes, il ne faut pas se faire trop d'illusions, c'est parce que le capital pouvait reconstituer les marges perdues en en reportant le poids au sud.


Il est de notoriété publique que les faibles, les modestes, n'ont d'autre solution pour améliorer leur sort que la solidarité.
Et il est tout aussi notoire que les puissants, les fortunés, n'ont de meilleure solution pour préserver leur position que de diviser ceux dont l'exploitation les autorise à jouïr de leurs privilèges.
Et, pour ce faire il n'est pas meilleurs moyen que de donner à penser à quelques uns parmi les gueux qu'ils sont un peu moins gueux que la moyenne des gueux, voire même de consentir à leur profit quelques menus sacrifices qui leur faisant perdre la raison et le sens commun les rangent aux côtés de leurs maîtres pour le service desquels ils auront tôt fait d'aller se battre.
Pour diviser les gueux et faire qu'ils se battent entre eux, la cerise sur le gâteau, c'est le territoire, ce périmètre sacralisé à force de deuils et de mémoire utilement cultivée, déviée, dévoyée... la mémoire forcée, bourrée, à coup d'hymne, de drapeau, de héros, de victoires et de célébrations patriotiques.

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