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Billet de blog 29 juin 2015

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La crise grecque, ou la pédagogie de l'Europe.

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C'est en écoutant Michel Sapin (invité de Partick Cohen sur France Inter) nous faire ce matin (vers 8h) à propos de la crise grecque une séance de propagande tellement régressive politiquement qu'il faut bien se demander, sauf à croire qu'il est un salaud, s'il n'a pas été lobotomisé, que j'ai décidé de poursuivre sur la lancé de mon précédent billet.


Un mot encore, pour précision, à propos de Sapin :
En réponse à un retraité reprochant au grecs de gaspiller en salaires de fonctionnaires oisifs, l'argent que lui, petit retraité français leur avait prêté... et qu'en conséquence ça ne pouvait plus durer, et qu'il comptait bien récupérer le montant de son prêt, ne voilà-t-il pas qu'il a surrenchéri.
Il en a rajouté trois couches en expliquant doctement, avec toute l'autorité que confère à sa parole la charge publique qui est la sienne, qu'en effet c'est bien l'épargne des petits français besogneux, généreusement prêtée, que les grecs dépensent sans compter, et que c'est pas sûr du tout que les petits français besogneux et bien propres sur eux puissent un jour la récupérer si les grecs continuent sur la voie ouverte par Alexis Tsipras et Syriza. Et patati et patata... (à écouter si besoin en podcast).
Il a pris sa carte au FN ou quoi le père Sapin ?
Non parce que là... à ce niveau d'irresponsabilité politique... de connerie publiquement étalée à 8h du mat (il faut bien appeler les choses par leur nom), à ce niveau là, sur l'échelle de Sarko, de la part d'un mec étiqueté "socialiste", il explose les records précédents.
Et sur l'échelle de Sarko, en matière de connerie, y'a de l'amplitude (me dit Maurice).
C'est grave.
La situation est grave.
La guerre n'est plus très loin.
Civile.

***


Nous y voilà... la guerre civile.
Car à pousser ainsi les petits qui croient avoir quelque chose, contre les petits qui n'ont plus rien.
Tout ça sur le vieil air en sourdine de, "c'est de l'étranger que viennent nos malheurs".
Sans compter les arabes, les roms et tous ces immigrés clandestins islamistes qui nous envahissent et nous égorgent.
Il n'y en a pas pour très longtemps avant que du "sang impur abreuve" à nouveau "nos sillons".
Et pourtant... la leçon de cette crise grecque, pour un citoyen qui se dit "de gauche", de quelque gauche que ce soit, devrait à l'évidence être tout autre.
Voyons voir.
Je disais en commentaire dans le fil de mon précédent billet :
"La Lozère, ou le 9-3, ou la Grèce.
J'aurais pu choisir la Creuse, l'Ariège ou pourquoi pas mon Aveyron, ou encore les banlieues nord de Marseille et tant d'autres.
Tous ces territoires français et ils sont nombreux, dont la population n'a accès aux services publics et bien souvent aux minimas des minimums qui permettent de survivre, qu'en raison des transferts redistributifs consentis par les autres territoires.
On pourrait certainement parler aussi de quelques landers allemands etc. etc.
Les grecs n'ont pas de bol.
Les lozérien si."

Aurait-on idée de demander au lozériens de rembourser la part des dotations budgétaires d'état au autres moyens en nature que perçoivent leurs département et collectivités locales, au delà de ce qu'eux-mêmes apportent à l'état par leurs diverses contributions ?

Je vous le demande. Et je le demande même aux lozériens, manière... (y a-t-il un lozérien dans la salle ?)


Car telle est bien en effet la problématique que pose la crise grecque, celle de l'intégration d'un territoire et de sa population au sein d'un territoire et d'une population d'échelle (ou de taille) supérieure, suffisante en tout cas pour garantir par le jeu des politiques de mutualisation, de redistribution et de péréquation, l'équilibre commun et général qui lui même soit en mesure de garantir la paix à l'intérieur du périmètre commun.


Si non, et bien si non on en revient à ce qu'était par exemple la France féodale, avec ses populations soumises aux avidités, ambitions et rivalités de ses grands féodaux, trainant derrière eux dans des chaines de vassalité plus ou moins stables, autant de clients qu'il y avait de gueux à soumettre et exploiter (on dirait le portait de l'UMP ou de ce qu'est devenu la PS).
Ou, on en revient plus près de nous à l'Europe des nations des 19ème et 20ème siècles dont on a vu à quels exploits elle avait pu mener.
Il n'y a pas d'alternative (tiens tiens :-), serait-il temps de retourner la sentence ?), c'est ou la guerre ou l'état de droit.
Tel est me semble-t-il, à plus ou moins brève échéance, l'enjeu de la crise grecque.  
Car il ne faut pas s'y tromper, le FN en France tout comme Aube dorée en Grèce et tous les autres partis du même acabit aux quatre coins de l'Europe sont à l'affût. Insurpassables dans l'art d'instrumenter le désespoir social et dans la surenchère démagogique, avec désignation du métèque comme responsable de toutes les misères (Michel Sapin si l'un de tes sous-fifres me lit...).
Et il ne faut pas se tromper non plus sur les conséquences de l'exclusion de la Grèce de la zone euro, voire de l'UE (avec en plus l'afflux de tous les réfugiés qu'ils ont sur le dos). Ce sera très dur pour les grecs (tous le monde sans exception en est d'accord, même les partisans de cette issue)... donc, Aube dorée (tout le monde ne semble pas vouloir le voir). Mais ce ne sera pas dur seulement pour les grecs.
Probablement avec un temps de latence plus ou moins court, mais sûrement, la situation déjà bien critique dans toute l'europe du sud et pour toutes les populations modestes d'Europe se dégradera encore. Il suffit d'imaginer et de mesurer les conséquence politiques chez nous en France pour comprendre la suite.
Il faut donc en revenir à l'autre hypothèse : l'état de droit. (un truc de gauche)
En clair, une constitution européenne.
Pas l'imbuvable pensum qui sous l'égide de l'inénarrable VGE nous a été proposé en 2005.
Certes non, mais une constitution, une loi commune tout de même, qui permette aux grecs, comme aux aveyronnais, aux lozériens, à ceux de la Castellane ou des 3000 et à tous les autres gueux des territoires déshérités d'europe d'accéder au bénéfice effectif de leurs droits... a l'éducation, aux soins de santé, à la sûreté, à un logement décent et à manger.
Oui mais me dira-t-on, "faudrait atterrir Lulu, il y a bien longtemps que ces droits élémentaires ne sont plus reconnus à une grande partie de tous ceux de ta liste".
Et alors ?!
Serait-ce que la crise grecque pourrait être aussi, d'abord, une pédagogie sociale ?
C'est me semble-t-il la bonne lecture qu'il faut en faire. Voire la seule, vraie.
Mais pour cela, il faut abattre le carcan idéologique et passionnel des appartenances nationales.
Et abandonner le mythe de la souveraineté populaire qu'abriteraient les souverainetés nationales (ça se saurait).
Ce n'est qu'une illusion, celle-là même que cultivent pour leur seuls profits personnels les fauteurs de guerre.  
Il reste une objection qui est de taille et dont je partage les attendus.
Les problèmes à régler et les enjeux de la situation actuelle globale sont d'une toute autre ampleur que ne permet de les appréhender une projection euro-centrée.
C'est indéniable.
Mais d'une part, à chacun et à chaque jour sa peine.
Et d'autre part, avancer vers l'Europe n'est pas par nature diverger d'une révolution écologique et sociale à vocation plus large et un jour planétaire.
C'est simplement prendre en charge la part qui nous revient, pour le moment que nous vivons, où nous vivons

N'en déplaise à ce pauvre Juncker, qui vient cet après-midi d'en poser une particulièrement honteuse.

Merci les grecs pour la leçon.

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