Les allemands sont "ceci", les français sont "cela" et les anglais ?... j'vous raconte pas ma pov'dame !

Ne seraient la virtuosité lexicale et le prestige des références, au "Mediapart'club" on se croirait presque revenus depuis quelques temps au Café du commerce de tonton Roger. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, il y a une application besogneuse et un art de l'édulcoration savante qui nous le disent bien, non, nous ne sommes pas chez Lulu (vous savez bien... la fille à Roger, accorte et gouailleuse en diable).

Ne seraient la virtuosité lexicale et le prestige des références, au "Mediapart'club" on se croirait presque revenus depuis quelques temps au Café du commerce de tonton Roger. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, il y a une application besogneuse et un art de l'édulcoration savante qui nous le disent bien, non, nous ne sommes pas chez Lulu (vous savez bien... la fille à Roger, accorte et gouailleuse en diable).


Alors quoi ? Un salon maurassien des belles années ?

NON !!! N'exagérons rien... mais on sent bien que ça chatouille un peu quand même. Faudrait pas gratter trop vigoureusement, la couche de verni pourrait se révéler un tantinet bien fine.

Il faut dire qu'il y a des "pousse au crime" de renom, de belles plumes et de non moins beaux esprits qui donnent le bon exemple. Voire même qui jettent de l'huile sur le feu.
C'est vrai que c'est tentant, tellement facile... et les foules appeurées qui en redemandent... le succès est assuré. Succès de renom, succès éditorial, plateaux télé et royalties sur les ventes en boucle, roule ma poule, la France se repolitise à la cure de jus patriotique.
Si en plus il y a quelque statue d'extralucide génial, voire de divin prédicateur à  se contruire pour la postérité, on ne va pas se gêner.

C'est un peu, en guise de conduite de sa carrière grand public, l'exercice auquel se livre ce cher Emmanuel Todd dernièrement appelé à la rescousse, via la traduction en 5 épisodes de l'interview donnée au mensuel espagnol "Alternativas Economicas", dans l'entreprise de diabolisation de l'Europe... et surtout des "européistes", dits béats, si bien partagée au sein du "club".
(Il faudra semble-t-il expliquer un jour, par A+B, en quoi d'"européiste béat" il n'y a point, du moins en ce qui me concerne... et quelques autres aussi probablement ; mais ce sera pour une autre fois.)

Occupons-nous pour l'immédiat de ce "cher" Emmanuel Todd. Oui, "cher", car ses contributions à notre réflexion collective et notre délibération ne sont pas sans intérêt, nous permettant de prendre plus facilement cette distance d'avec nous-mêmes si précieuse pour aiguiser notre entendement. Et puis... disons-le, nous aimons bien son côté un peu "soupe au lait" imprévisible et joyeusement carnassier... même au risque de quelques contradictions, qui ne l'en rendent finalement que plus sympathique et si proche de nos propres emportements.

Oui mais voilà, comme d'autres, "économistes hétérodoxes" en diable, tout autant polémistes retords, lui le démographe, l'historien démographe, l'anthropologue démographe... aurait une légère inclination à se prendre les pieds dans le tapis, au delà du raisonnable et du raisonnablement acceptable. Car tout de même n'oublions pas, l'homme est résolument "de gauche". Nous dit-il. Certes de gauche modérée, mais de gauche. Et pourquoi diable en douter ?

Or voilà qu'il nous assigne à résidence. Comme de vulgaires malfrats, voire de dangereux comploteurs.
Nous expliquant avec force recours à l'observation de nos traditions structurales familiales et autres substrats religieux, qu'un allemand est un allemand et un français un français... et voilà.

C'est un peu comme l'exercice auquel se livre le "Louisou" chaque année. Quand il vient au village avec son alambic... il n'a pas son pareil pour extraire l'essence des prunes de Maurice. Et les prunes de Maurice... c'est quelques chose !

Avec Emmanuel, c'est l'essence du français, ou de l'allemand... vous savez bien... l'essence !
Distillée avec patience, obstination, application... mise en bouteille, puis sous les fagots, au fond de la cave.
L'essence, cet invariant, rétif à toute tentative de modification. Aucun adjuvant, nul coupage, pur jus pour les siècles des siècles.
Et quand tu soulèves la trape pour descendre à la cave, c'est comme si tu ouvrais la boîte à Pandore.

Tu connais pas Pandore !?

Bon... arrêtons là. Soyons sérieux.
Emmanuel Todd, c'est comme de tout, faut pas abuser, c'est comme du Lordon (ou d'autres...), un peu ça va. C'est même super... tant que tu te laisses pas entrainer dans le piège dans lequel eux-mêmes sont tombés.

Ça paraît compliqué, voire pas sérieux, mais en fait non. C'est tout simple et très sérieux, et même dangereux. Des fois,... si on pousse un peu trop le bouchon.

Ce piège, c'est de prétendre, à partir d'une science parmi d'autres et d'une expertise particulière, expliquer le monde, rendre compte de la complexité du tout et dire à tous ce qu'il faut qu'ils pensent... et y croire soi-même.
C'est une pensée qui s'autonomise, qui perd le contact, et souvent un peu de modestie au passage, une pensée qui tourne sur elle même... comme dit Maurice, une pensée qui se "met en roue libre".
La divagation n'est pas loin ; vite, il faut serrer les boulons avant qu'il ne soit trop tard.

Heureusement il y a des symptomes avant-coureurs, des trucs qui permettent de poser le bon diagnostic et de se prémunir.
En l'occurrence et par exemple, il y a chez Todd cette lumineuse pensée empruntée à une tradition qu'il semble bizarrement oublier, en substance exprimée par la formule, "éduquez un peuple et vous aurez la révolution". Elle lui valu, parmi d'autres (c'est dire si le cas est remarquable) son aura de devin, lui ayant permis de "prédire" le "printemps arabe" de 2011 avec "Le rendez-vous des civilisations" pulié en 2007.

Ainsi donc avec Todd nous voici revenus au principe du pharmakon, ce poison qui en même temps est un remède. Tout est une question d'usage et de dosage. Ne pas prendre que le sucre qui est en surface et flatte nos papilles béates et "benaises", et consommer de préférence avec modération.

A l'en croire en tout cas, et cela nous va mieux, plus forts que nos structures familiales, patri ou matri-linéaires, souches ou communautaires, l'éducation, l'accès aux connaissances et à l'altérité pourraient être les vrais déterminants de notre émancipation de ces déterminismes ataviques et de l'avenir que nous pourrions construire... à condition de ne pas nous réfugier derrière les premiers pour ne pas affronter notre peur de l'incertitude du second.


Et finalement, tout bien réfléchi, Todd reste précieux pour nous dire aussi, par incidente et à l'insu de son plein gré, que l'état- nation n'est qu'un construit très récent et somme toute, très probablement provisoire... dont il ne faut pas avoir peur de nous émanciper aussi. 

 

PS. Comme les précédents, ce billet ne saurait être correctement interprété à défaut de la lecture de ceux dont il n'est que le prolongement :

 

Et c'est l'actualité qui vient de dicter un nouveau prolongements avec "Le vent du sud..." pour 2015.

 

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