1- Du principe de réalité.
C'est plus simple de commencer par là, et ça permet d'entamer la conversation en évitant la condamnation généralement définitive et toujours bien trop commodément hâtive, pour intellectualisme abstrait, voire même pour le crime suprême d'idéalisme. Mais c'est aussi un piège... à se faire aspirer vers le "gna!"... (à suivre).
Or donc, faces aux crises, il ne nous resterait plus, à gauche, que le recours aux bonnes vieilles frontières de l'état nation protecteur. C'est du moins ce que l'on entend, ou que l'on lit, ici, ou ailleurs.
Il faut immédiatement noter qu'en réalité cette inclination procède de la hiérarchisation implicite des crises, ou plutôt du retour au premier plan de la question sociale, sous la pression certes très réelle de la paupérisation de pans entiers du corps social due à la crise financière et économique du capitalisme, mais au détriment d'autres préoccupations (écologique, éthiques et universalistes), soudainement moins présentes. Est-ce politiquement aussi juste qu'il y paraît ? Nous y reviendrons sûrement, mais plus tard.
En attendant, le retour de l'état providence et protectionniste, serait donc censé ramener un peu de justice sociale, réduire les inégalités, fournir du travail, garantir les retraites, la sécu... tous nos acquis, pour peu qu'on le débarrasse des carcans de l'UE, de l'OMC et autres vilaines bêtes.
C'est, me semble-t-il, se nourrir d'illusions, nonobstant la justesse des procès intentés à nos institutions internationales.
La première de ces illusions et elle est de taille, c'est croire, comme réponse à l'objection de l'interdépendance désormais irréversible des économies nationales, qu'il sera possible de négocier des accords bilatéraux en contrepartie des ruptures prétendument salvatrices.
Quand on est en position de faiblesse, on ne négocie pas, on subit. Ou alors, (mais il faut-il être de gauche pour ça ?) on se solidarise avec ses semblables et on construit, on ne se recroqueville pas, on construit un rapport de force... mais... bon... passons.
Des illusions, il y en a bien d'autres.
Sur la capacité par exemple à auto financer les investissements qui permettraient de reconstruire une industrie exportatrice (à l'allemande... dernier modèle à la mode). Ou à défaut sur la capacité à attirer les investisseurs étrangers (mais ce serait le début du renoncement, n'en parlons plus).
Sur la croyance également qu'il est possible de miser sur une quelconque "avance technologique", alors qu'elle est déjà quasiment révolue et que le mouvement est dynamique, c'est à dire en accélération, ou sur "l'économie de la connaissance"... s'agirait-il de la privatiser, ou même de croire que nous pourrions là aussi, avoir encore pour longtemps quelques longueurs d'avance ?
Avec l'oubli encore, que se sont les marges qui finances l'investissement, et que c'est l'investissement qui garantie la croissance.
Et que les marges supposent pour exister la rareté, la marchandisation... que des trucs vachement de gauche.
Sur le mythe toujours des emplois non délocalisables, de service... à une population solvable ?
Enfin, il y en aurait à dire... des tonnes.
Pour résumer... trouvé ceci, "...l'argumentaire des mécontents trahit à nouveau l'indigence de la gauche contemporaine : il ne contient aucun volet programmatique, juste un refus de principe de voir disparaître les acquis sociaux. L'utopie du mouvement social ne consiste plus à changer le système, mais à se convaincre que celui-ci peut s'accommoder du maintient de l'Etat-providence. (...) Il serait illusoire d'espérer que la crise toujours à l'oeuvre n'aura que des conséquences limitées et que le capitalisme européen continuera de garantir un niveau de vie correct à une majorité de la population." Slavoj Zizek (dans le diplo. de janvier)
Pour conclure provisoirement, face à l'indéniable réalité des "chariots de la folie" il y a certainement mieux à faire que d'enfiler à nouveau des promesses, qui pour être crédibles supposent le déni de réalité, reposent une fois de plus sur des simplifications abusives et ne sont finalement que des attrapes mouches électoraux... prenant le risque insensé d'accélérer encore la dynamique idéologique régressive si bien instrumentée par Sarkozy à coup de roms et de débat sur l'identité nationale.
Il faudrait certainement s'aventurer un peu au delà des considérations d'intendance immédiate pour essayer de retrouver la fonction honorable du politique, comme exercice de conscientisation et d'émancipation collective par la prise de distance critique, et probablement se prémunir contre les amères déconvenues électorales qui d'ores et déjà se profilent.
Billet de blog 31 janvier 2011
(le chantier) Bille en tête, contre les ravages du populisme national, on reprend tout à zéro (1).
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