Jean-Claude DIEBOLT
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Billet de blog 2 oct. 2021

Freiner les populismes d’extrême-droite, SUITE : démasquer, instruire, raconter

SUITE sur les populismes d’extrême-droite : dépasser le superficiel ambiant, en tentant de mobiliser des moyens approfondis d’éradiquer la gangrène des mystifications ? Mais problème d’accessibilité à des analyses trop denses ? Alors, obstacle à contourner en romançant ?...

Jean-Claude DIEBOLT
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je développerai mon propos en trois points. D’abord, suggérer que ces populismes polluant nos espaces publics présentent l’inconvénient majeur de masquer des dangers bien plus graves qui bloquent nos « démocraties » en toute impunité. Ensuite, resituant la période actuelle dans l’épaisseur d’une durée collective, évaluer en quoi la gravité de doctrines jugées perverses antérieures serait moindre ou non. Enfin, en examinant l’efficacité de recours à des outils scientifiques, d’analyses critiques, d’érudition historiques, susceptibles de corriger les inexactitudes logiques et factuelles de thèses extrémistes, soulever le recours possible (souhaitable ?) à deux autres voies aptes à mobiliser les consciences citoyennes, détacher des publics sous-informés de la séduction de thèses trompeuses. Il s’agit de créer in « roman de formation », relevant de la SF car le diagnostic sur les issues positives est si noir qu’il nécessite un conte. D’autre part, est à promouvoir la masse d’initiatives citoyennes que presse (y compris Mediapart), politiques et administrations méconnaissent totalement.

POINT 1 : Utilisant la métaphore, je voudrais montrer que la fixation sur des histrions à succès représente un eczéma léger comparativement aux pouvoirs mondiaux détenus par une caste fermée de 2 400 milliardaires, qui gouvernent l’économie planétaire, donc prennent le pas sur les nations politiques. Autrement dit, l’arbre populiste cache la forêt des plus grosses fortunes mondiales.

J’ai entamé mon travail de recherches sur ces privilégiés vers 2011. A cette date, le magazine Forbes en relevait autour de 1400 en 2012, mais, de surcroît, plus utilement, il diffusait des séries de notes rapportant les faits et gestes de ces super-fortunés. Les articles relataient aussi bien leurs actions philanthropiques, voire humanitaires, que leurs infractions, leurs délits, leurs avatars judiciaires. Je me suis donc appliqué à relever minutieusement la quasi-totalité de ces données. Résultat : une classification de 15 types de fautes commises par eux, juridiquement pénalisables ou simplement contrevenant à l’éthique, entre lesquelles je les ai répartis (Opacité, fraudes, spéculations douteuses, trafics, captages abusifs, collusions, pollutions, violences sexuelles, etc.).

En prolongement de cette approche, a suivi l’examen de revues (par exemple « Les dossiers du Canard », « Silence ! »), et d’ouvrages, d’essais économico-politiques, tels que « Le casse du siècle » sur les subprimes, Marc Roche sur « La banque », « Le capitalisme hors la loi » et des dizaines d’autres, par lesquels j’ai pu réunir des monographies sur des mécanismes de fraudes.

Je les ai regroupées en « 20 C » (Corruptions, Contrefaçons, Comptes offshore, Comptabilité truquée, etc.). Le dernier en date : Denis Robert : « Larry et moi  (Comment BlackRock nous aime, nous surveille et nous détruit) », c’est-à-dire draine vos sous pour jouer avec mais ne vous restitue qu’une infime partie de ses gains, si gigantesques qu’il impose sa loi aux Etats.

Les milliardaires (présents dans 63 pays sur 193), sont passée à 1610 en 2016 pour atteindre 2450 en 2020.

On soulignera qu’en 2021, l’opacité médiatique s’épaissit : Forbes ne livre qu’une maigre liste, atteignait péniblement la centaine ; il remplit ses pages de classements mineurs, sur des sportifs millionnaires, des femmes pipoles et autres fariboles anecdotiques !! J’ai bien fait de m’intéresser au sujet des Dominants Prédateurs il y a 10 ans de cela, car si j’avais démarré aujourd’hui, l’énormité des possessions entassées par ces affairistes, comme leurs exactions, m’aurait échappés !

Qu’en dis-tu Mediapart ? Rien ? Reconnais malgré tout que la ficelle est grosse : s’attarder sur Trump-Zemmour et garder sous silence les horreurs commises par ceux qui mènent notre monde, ont mis à bas nos caricaturales « démocraties ».

Car, dans les coulisses, la pièce est jouée. Là, je dégaine à nouveau ma Shoshana Zuboff « L’âge du capitalisme de surveillance » (Zulma Essais). Et je confirme son diagnostic sur la violation par les GAFAM du RGPD, le Règlement Général sur la Protection des Données personnelles. A la lumière d’éléments glanés sur « Flash Investigation », d’Elise Lucet, j’ai effectué des requêtes sur quatre sites qu’elle avait mentionnés. Data brokers, Deconnect, IVQUIA, coldRCM : amusez-vous à des requêtes sur ces libellés de sites.

Vous serez édifiés d’apprendre comment, en violation de la loi sur le RGPD, existent au moins ces 4 violations qui pompent de quoi établir le profil des clients payant par carte, des surfeurs Internet, des visiteurs de Doctissime, de l’achat de médicaments avec sa carte vitale, des sites gratuits (obéissant à la formule « « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ». Le marché du trafic de données personnelles est estimé à 600 milliards d’euros pour la seule Europe. Alors, pour le monde ? L’anonymat ? Demandez à un chercheur de Londres : pour une base anonymisée portant sur 66 millions de Français, il lui suffit de 6 éléments pour obtenir une identité individuelle. Les algorithmes, c’est pas un jouet pour jeux vidéo…

Et, direz-vous, quelle finalité pour ce collectage ? Le pognon, bien sûr, les GAFAM n’ont rien à voir avec des démocrates ni des humanistes.

A l’aide de ces données, par leurs algorithmes, ils « personnalisent » leurs serveurs, ciblent les réponses à vos questions et requêtes, vous orientent vers des sociétés pour vos achats, vous dirigent vers des choses qui vous séduisent ; et sont rémunérés par les boites à qui ils font gagner des fortunes. Re-bonjour, les milliardaires.

POINT 2 : Brièvement, de même que les polémistes mensongers sont à recadrer par rapport aux horreurs que nous subissons sans nous en douter de la part de transnationales possédées par à peine 2 500 milliardaires, de même ce qui relève du présent doit se resituer dans la durée.

Là, tant pis pour vous, une pause métaphysique, indispensable pour ne plus amalgamer le temps à la temporalité. Celle-ci se limite à la seule dimension de la succession, la trilogie ordonnée passé-présent-avenir. A noter que nous sommes dedans, qu’elle n’est pas un fleuve qui s’écoulerait devant nous, postés sur la berge. Donc, le passé est l’aval de ce fleuve métaphorique, l’avenir étant figuré par l’eau qui provient de la source. Etonnant, non ?

Mes amis Kant et Bergson m’ont instruit sur les 3 dimensions du temps. Il est essentiellement mémoire, c’est-à-dire mental, spirituel. Non pas une « histoire » linéaire irréversible, mais présence dans le présent de toutes les périodes, grâce à la simultanéité et à la durée. Promenez-vous dans les rues : plaques de noms, monuments, attestent la permanence d’humains et d’artisans bâtisseurs dont les œuvres sont aussi présentes que le modernisme. Films, documentaires, fouilles, que sais-je ?, traduisent notre soif de réactualiser hommes et évènements disparus. On ne supporte pas la mort, nos cimetières sont fleuris, sacrés…

Bref, avoir présent à l’esprit que ce qui secoue notre présent renvoie à une actualité qui vient de loin, que comprendre des passions politiques, des haines, exige de sonder un passif accumulé. L’Islam, ça a à voir avec les Croisades. Le populisme démagogue, ça fait ressurgir Maurras, Drumont, les Croix de Feu. Et Céline, mais lui, ce qui le sauve de sa haine aveugle c’est sa création littéraire. Il imagine et met en scène un monde, en proie au malheur, où des miséreux se débattent. Idem pour Baudelaire, qui ne serait qu’un Zemmour borné si on n’avait reçu de lui que sa « Pauvre Belgique » où il agonise ce pays d’injures folles.

Un Renaud Camus, inspirateur des racismes, qui exhorte à dépeupler la France de ses « étrangers », s’est cru subtil en transposant le « Chant des Partisans » en « Chant des Remplacés ». Opposons-lui Aragon et son « Affiche Rouge », celle des résistants Arméniens fusillés.

Et à propos de durée, rappelons à ces anti-islamistes adeptes d’une « Manif pour tous » pur jus catho, que le Fils de Dieu était de Judée. Des nazis hurlant « Got mit Uns » ont gazé des Juifs frères de Jésus, en voilà une logique tordue, non ?... On la touche du doigt, la durée, avec la messe catholique : chaque dimanche, des croyants se recueillent pour écouter un prêtre lire une parabole, un message qui date de 2 000 ans, et qui prêche l’amour fraternel en émouvant aussi fort aujourd’hui qu’aux siècles antérieurs..

POINT 3 : Le distinction entre temps et temporalité conduit à soulever un enjeu délicat. La réduction à la succession appartient au type de pensée qu’est le cliché. Or, comment lutter contre des clichés racistes par des clichés ?? Ainsi, à la thèse insensée de la « remigration », on objectera que ce n’est pas des « étrangers » qu’on refuse, ni même des « émigrés ». En effet, Italiens, Espagnols, Polonais, et Russes après 1917 se sont réfugiés en France et, à la suite de tensions houleuses, ont fini par s’intégrer – tout comme, d’ailleurs Algériens, Africains. Les guerres de religion au 17° siècle qui ont vidé le Massif Central des Protestants, sont bien loin désormais…

L’enjeu, avec ces passions, se tient dans la diffusion d’une instruction que ni l’école, ni les médias, encore moins Internet, ne dispensent. Plongés dans une modernité qui nous envahit de technologies qui nous aveuglent de leurs performances mirifiques, nos usages conformistes conditionnent nos pensées. Qui s’instruit sur les sciences ? Elon Musk fait le guignol avec sa conquête de l’espace, mais soumettons-le à un quiz sur l’astrophysique, le temps de Planck, et les espaces de Hilbert à n dimensions, alors qu’on n’en perçoit que trois, le ridiculiserait, on prend le pari…

Pourquoi appeler à confronter perceptions et conceptions scientifiques à conquérir en masse ? En raison d’une valeur léguée par les Lumières, l’universalité à acquérir et à pratiquer. Bien que problématique, parce que problématique, ce qui exige de la soumettre à une critique formelle et factuelle pour décider si nos énoncés sont fondés, elle est désormais en butte à cette redoutable drogue que sont les réseaux sociaux. En effet, ils cultivent essentiellement, par leurs « like » moutonniers, des corporatismes et des communautarismes, autrement dit des groupements d’opinions « fans », abréviation de fanatisées -oh, sans violence, mais tenaces, ancrées, imposant un besoin d’identité. Que seraient nos populistes sans les réseaux sociaux ??

C’est pourquoi j’ai prospecté systématiquement, pour étoffer ma quête sur l’économie solidaire, à côté des coopératives modestes, le JO sur les déclarations associatives.

Un boulot de bénédictin fou, mais qui,30 ans plus tard, me fournit autour de 4 millions de références, sur 5 millions de déclarations en ligne plus et 5 autres millions déjà engrangés que le JO ne publie plus. De cette étude, j’ai différencié 13 THEMES, qui manifestent des corporatismes (parents d’élèves, anciens combattants, sports, professions de santé, etc.) de 12 Gisements de richesses qui font découvrir des acteurs citoyens, écologistes, solidaires avec les pays pauvres, les chômeurs.

Ces groupements d’associations conviennent à la décroissance, aux circuits courts, à l’agriculture bio, aux artisanats d’art, aux activités culturelles et artistiques, à l’insertion et intégration de personnes en difficulté, aux sports de plein air et aux pratiques de bien-être, à la protection animale. Est à voir en ligne sur www.cheminements-solidaires.com un échantillon de « carte interactive » sur 3 000 Gisements de l’Orne.

Quatre millions d’associations, à raison de sept adhérents en moyenne chacune (estimation basse, si on pense aux Conseils d’Administrations, mais certaines anciennes sont en demi-sommeil, ce qui est le cas de Cheminements, réduit depuis quelques années à son Bureau de 3 membres actifs), eh bien ça totalise quand même 28 millions de Français. De plus, je suis en train d’inspecter l’associatif présent dans le monde sur tous les continents !

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