Jean-Claude DIEBOLT
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Billet de blog 9 oct. 2021

Immersion en apnée sous des médias captives, face aux ressources alternatives

La presse a été qualifiée de « 4° pouvoir » des démocraties. Soit, peut-être même son impact est-il devenu supérieur à ce rang. Or, la déontologie journalistique est incertaine (écoles de formation, accès à la « carte de presse » à partir de « piges »). Le flou persiste entre presse d’opinion et journaux d’investigation. Parmi les canaux médiatiques à confronter retenons ici la presse écrite.

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Si l’on s’arrête sur la question des pouvoirs intervenant dans nos démocraties, en prenant le risque de les ordonner par degrés d’efficacité, le trio de pouvoirs présenté par Montesquieu dans « L’esprit des lois » a pris bien des rides depuis que ce régime a pu se mettre en place !...

L’exécutif a désormais fort à faire pour gouverner selon ses critères, recevant plutôt ses consignes d’une économie mondialisée de transnationales qui exercent leurs chantages à l’aide de leur poids financier et de leurs masses d’emplois. Le judiciaire ? Bien délicat d’en tirer un bilan ou un pronostic. Il détient un potentiel punitif à l’égard de crimes et délits commis, demeure menaçant pour des coupables se pensant protégés par leur notoriété, leur statut coutumier de VIP, mais toujours susceptibles de se voir poursuivis au gré des parquets, de procureurs trop zélés.

Il faut appliquer ici l’analyse que fait Lévi-Brühl dans le « Traité de sociologie » coordonné par Gurvitch, à savoir que le droit n’est pas la loi, mais un composé de quatre éléments, le légal étant complété par la coutume, la jurisprudence et la doctrine. Ils varient dans leurs impacts respectifs selon les époques et les régimes spécifiques qui les traversent. En conséquence, le pouvoir législatif serait censé commander le judiciaire (l’exécutif, s’il acquiert l’initiative dans le dépôt de projets de lois surplombant alors le trio des pouvoirs).

Autonome ou subordonné à l’exécutif, le législatif détient potentiellement un poids décisif, s’imposant au judiciaire comme à l’exécutif, en ce qu’il détermine ce qui est permis ou interdit, que « nul n’est censé ignorer », règles auxquelles chacun est tenu d’obéir. Toutefois, Lévi-Brühl demeure en lice avec la coutume, en ce qu’elle est largement véhiculée par le « 4° pouvoir » de la presse. Or, l’influence des médias sur les opinions populaires est telle qu’un « cinquième pouvoir », économique celui-là, et même spécifiquement vecteur de sa dimension financière, a tenu à s’emparer des leviers médiatiques en vue de faire valoir ses intérêts.

« Presse », « médias », ces termes sont trop flous pour autoriser des raisonnements pertinents. Ils sont à resituer dans les « moyens de communication » : journaux, radios, télés et, désormais, « réseaux sociaux » informatiques. Nous ne considèrerons dans ce billet que la presse écrite. Bien sûr, les poids du sonore et bien plus encore de l’audio-visuel sont plus conséquents, mais leur limite est celle de la volatilité, puisque « les paroles, comme les images, passent, s’envolent, tandis que les écrits restent. ».

Invoquons le recours au couple Acrimed et « Le Monde Diplo », qui ont publié en 2016 une éloquente « Carte des médias français ». Elle livre l’identité des propriétaires de journaux et de magazines, se répartissant en 15 milliardaires français, 3 autres étrangers (dont le Tchécoslovaque anti-GAFAM et néanmoins pratiquant l’évasion fiscale), plus 14 autres, soit détenteurs ou actionnaires de PQR (la Presse Quotidienne Régionale) soit gérants-Mercenaires de gros groupes, où figurent un réseau catho ouvert international, des familles mêlant postes politiques et communication…

Une image de synthèse « parlant » mieux qu’un discours, renvoyons au lien : http://www.acrimed.org/Presse-francaise-qui-possede-quoi

N’est rendue visible par cette cartographie que la surface visible de notre océan médiatique national. Il reste maintenant à le confronter avec des organes d’information qui se veulent éthiques et citoyens, non gouvernés par des intérêts financiers qui biaisent nécessairement leurs contenus. Déplorons en premier lieu la disparition d’un pôle Internet, « Le Petit Gavroche », qui recensait les coordonnées d’une « Alterpresse » très fournie, et qui se borne désormais à renseigner par un « Guide alternatif pour femmes », à l’intitulé trompeur puisque les « alternatives » se réduisent à des articles uniquement centrées sur un consommation féminine !

Heureusement, subsistent dans mes archives des fichiers sur une « autre presse », militante celle-ci, soucieuse d’informer des citoyens se voulant politiquement responsables, soit hors partis, soit optant pour un anarchisme non sectaire. Nous en donnons la liste des titres, sachant que nous avons réparti leurs ressources selon 5 thématiques : refonder la politique ; informer sur l’invention d’issues à des blocages ; diffusion de données peu disponibles ; diagnostics sur le mode de gestion de villes, leur gouvernance et leurs engagements écologiques ; leurs ouvertures et échanges par réseaux

« Fakir », « Reporterre », « Le Ravi – Enquête et satire en PACA » ; « Bastamag » ; « Les Mutins de Pangée » (éditant films et vidéos) ; « Lutopik » ; « La Canarde Sauvage » ; « Regard actu » ; « Les mots ont un sens » ; « Pierrick Tillet, le Yéti » ; « Les Jours » : voilà les onze titres qui constituent notre réserve d’une presse « souterraine » dispensatrice d’investigations rares. Les citer sous-entend de faire circuler parmi les blogs Mediapart des réactions et commentaires (selon notre Appel à un « fonds commun » à mettre en place. Qui les connaît ? Qu4en pensent et disent ceux qui en ont lu des articles ?

En particulier, qu’en pense notre contact « Emancipation ! » et sa revue de presse ?

Des milliers de petits poissons équivalent-ils à une baleine ? La question concerne autant les radios libres, les télés locales indépendantes (de mémoire, on pense à « Demain » de Cyril Dion, au plateau des Millevaches, à la Drôme, si fournie en pionniers… Que deviennent-ils ? Serait-ce l’objet d’un billet prolongeant celui-ci ? Il demande soit bien du temps pour documentation, soit du partenariat pour écriture collective… A PLUS…

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