Comment passe-t-on de la mémoire différenciée, qu’on est de fait, à une identité nationale, religieuse, politique, faite sienne, autrement dit extérieure à soi (ce qui est à moi -ma judéité, ma nationalité,…- ne peut être moi). Ce qu’on possède, par définition, on ne l’est pas, on ne peut pas l’être.
« Ma vie », « ma volonté de vivre », comme l’invitation la plus retorse et la plus inepte à s’éviter l’existence telle qu’elle se présente et opter, contre elle, pour un renforcement de la croyance.
Ou comment la perspective de la disparition, lot ordinaire de tout ce qui est vu comme durable, de toute chose identifiée, de tout homme, de toute l’humanité, de tout dinosaure, suscite une résistance aussi désespérée que forcenée, aussi absurde que féroce, pour tenter d’éviter l’inévitable défaite de l’avoir sur l’être.
Comment l’image du judaïsme, celle de gardien des lois divines, conservateur par excellence, ne s’accorderait-elle pas avec celle de l’enkystement idéologique, la perduration chère au sionisme, et par extension, la dérive autoritaire si caractéristique du totalitarisme fasciste ?
Le grand remplacement (qu’on se le dise ou pas, on le sait) est le programme, et le rouleau compresseur, que l’existence réserve à ses ineptes contestataires.
Comment passe-t-on de la foi, de l’intime et invulnérable conviction, à son implicite reniement, sa proclamation et sa défense apeurées ?
Comment, faisant du besoin un droit, d’un désir moteur une volonté séparatrice, de l’être un avoir, de la diversité une altérité, comment, façonnant ainsi de l’homme, du français, du juif, est-il possible de ne pas, par la même occasion, engager la haine envers tout ce qui menace cette homéostasie paranoïaque, envers toute influence cosmopolite, envers tout ce qu’on identifierait, envers toute chose dont soi-même ?