Jean-Claude ICHAI
Abonné·e de Mediapart

12 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 janv. 2022

Jean-Claude ICHAI
Abonné·e de Mediapart

Étoile Jaune

Pas celle du shérif, l'autre...quoique

Jean-Claude ICHAI
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À un contributeur qui en malmenait un autre en ironisant sur son extermination à venir, pour avoir osé, sur ce fil de commentaires récent, comme d'autres avant lui, illustrer sa protestation contre les mesures gouvernementales et l'ambiance délétère qu'elles induisent par le rappel mémoriel du port de l'étoile jaune, j'ai répondu ceci,

Même remarque que pour Aliosha plus haut, la folie n'est pas ici à l'acclamation de ce qui est dénoncé, mais à l'ironie pseudo compassionnelle,  avec en prime jeu de mot stupide sur le nom de l'interlocuteur.

L'étoile jaune, la mémoire qui ne s'embarrasse pas du devoir, est une illustration pertinente de ce qui se joue, se trame. À l'heure où l'Italie instaure l'obligation vaccinale, je demande ce qu'auraient décidé ceux des juifs pieux de 40 que la peur n'habitait pas si on leur avait promis la vie sociale normale et la vie sauve en échange de l'abjuration de leur foi. Ceux là auraient-ils préféré se débarrasser de leur étoile jaune pour circuler librement sans stigmatisation sociale ou auraient-ils refusé de porter en eux-mêmes les stigmates de leur propre corruption ?

Nous arrivons à une croisée des chemins tout à fait cruciale, où vivre avec ou sans peur est un enjeu clairement posé.

(...)

Autre remarque d'importance à mes yeux, je ne ferai pas l'injure, pour ma part, aux malheureux qui sont partis dans les camps d'extermination, de penser qu'ils auraient accepté de porter l'étoile jaune si, au moment où on le leur a imposé ils avaient su qu'ils allaient être assassinés par la suite...

On pourrait se demander, à juste titre, si le port de l'étoile jaune, au fond, concerne plutôt les détenteurs ou les dépourvus du pass vaccinal, les deux groupes étant, bien que différemment, également misérables. Mais puisqu'il s'agit d'une mesure discriminatoire orchestrée par le pouvoir pour stigmatiser ("emmerder" pour respecter la parole présidentielle) un groupe par rapport à l'autre, il me semble que la tristement célèbre étoile jaune illustre mieux la situation des damnés par décret que sont ceux qui ne se plient pas aux ordres non compris et non admis. Et que, tandis que s'organise la mise à mort sociale de ceux qui refusent de se soumettre, leur mise à mort biologique implicite n'est plus si improbable, avec ou sans covid.

Si l'on rejette sincèrement la corruption de l'esprit et qu'on n'est pas étreint par la peur de perdre, il devient rigoureusement impossible d'accepter de rentrer dans le rang et  ruiner par là, en soi-même, toute cohérence et tout sérieux. Voilà comment je vois les choses : accepter de se faire vacciner, dans cette ambiance de frénésie autoritaire, serait la validation implicite  d'une vie réifiée, d'une vie de merde par la suite. Pour moi c'est non, définitivement. J'insiste ici, l'abjuration destructrice de la foi, de l'orientation intérieure profonde, est le coeur du sujet en débat, pour moi. La mienne étant cette tranquille certitude de n'être aucunement voué au soutien actif de la violence instituée du monde (où "les gens se suicident, MERDE !" dixit à si juste titre Franck Lepage). Or c'est exactement ce que cette soumission imbécile à des ordres déments ignoblement parés d'altruisme frelaté impliquerait.

Je vous le dis tranquillement, m'adressant particulièrement aux inadaptés magnifiques, aux incorruptibles par vocation qu'on croise parfois en ces lieux, mieux vaut se tenir prêt à ce que la vie soit pour nous écourtée, si la santé nous importe réellement, si elle nous importe infiniment plus que sa conservation -source de tous les maux-. Les forces qui jouent sur la peur, la durée, le devenir, sont extrêmement puissantes mais reposent exclusivement sur notre adhésion à la peur de perdre. Si celle-ci n'opère plus, elles sont réduites à néant. Vivre sans peur est la seule planche de salut. Une absence de peur qui n'a que faire du courage ou de la résistance, non plus.

J'en entends qui,  dûment autorisés et parlant au nom des non vaccinés, croient bon d'expliquer par la peur leur refus de se plier à des injonctions dont le sens est obscur. Alors que l'obligation inscrite dans la loi du port de la ceinture de sécurité, par exemple, paraît parfaitement justifiée (et quand bien même elle ne le paraîtrait pas il suffirait de ne plus utiliser le transport automobile pour s'y soustraire), alors que le soleil de l'été fait rechercher l'ombre sans contestation comme une évidence vitale et sans que la peur soit convoquée, obéir aux ordres pour obéir, sans en avoir compris ni admis la justesse ne relève que de la peur de perdre. La peur, n'en doutons pas, est évidemment du côté de qui a à perdre, du côté du donneur d'ordre et de ses relais actifs.

En vérité je ne sais plus très bien de quel groupe humain le port de l'étoile jaune est le signe possiblement distinctif, la fraternité d'infortune est si manifeste... Combien de prosélytes, combien de résignés chez tous ces QR-encodés ? Combien de martyrs, combien d'insoumis tranquilles, chez les parias ?

Étoile terne à 6 branches cousue ou dorée à 5 branches épinglée, au fond, est-ce si différent ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Congrès EELV : Marine Tondelier en passe de prendre « la suite »
L’élue municipale à Hénin-Beaumont et cadre dirigeante de longue date est arrivée largement en tête du premier tour du congrès d’Europe Écologie-Les Verts. Mélissa Camara, candidate proche de Sandrine Rousseau, arrive troisième derrière la proche de Yannick Jadot, Sophie Bussière. 
par Mathieu Dejean
Journal — Police
À Bure, les liens financiers entre gendarmes et nucléaire mélangent intérêts publics et privés
En vigueur depuis 2018, une convention entre la gendarmerie nationale et l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs permet la facturation de missions de service public. Mais alors, dans l’intérêt de qui la police agit-elle ? Mediapart publie le document obtenu grâce à une saisine de la Cada.  
par Jade Lindgaard
Journal — Asie et Océanie
La Chine fait face à une vague de protestations inédites contre les mesures anti-Covid
Dans tout le pays, des manifestations ont eu lieu pour réclamer la fin des mesures de confinement à la suite d’un incendie mortel à Urumqi jeudi soir, dans la capitale du Xinjiang. Les protestataires, au premier rang desquels des étudiantes et étudiants, jugent qu’elles ont retardé les secours.
par François Bougon
Journal
Le président turc menace les Kurdes syriens d’une offensive militaire 
À six mois d’une élection présidentielle cruciale, un attentat non revendiqué à Istanbul sert de prétexte au président turc pour lancer une campagne de bombardements dans le nord de la Syrie.
par Zafer Sivrikaya

La sélection du Club

Billet de blog
Acte 2 d’une démission : la métamorphose, pas le greenwashing !
Presque trois mois après ma démission des cours liés à une faculté d’enseignement de la gestion en Belgique et la publication d’une lettre ouverte qui a déjà reçu un large écho médiatique, je reviens vers vous pour faire le point.
par Laurent Lievens
Billet de blog
Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique
Attac publie ce jour une note intitulée « Reprendre la main pour financer la bifurcation sociale et écologique ». Avec pour objectif principal de mettre en débat des pistes de réflexion et des propositions pour assurer, d’une part, une véritable justice fiscale, sociale et écologique et, d’autre part, une réorientation du système financier.
par Attac
Billet de blog
À la ferme, tu t’emmerdes pas trop intellectuellement ?
Au cours d'un dîner, cette question lourde de sens et d'enjeux sociétaux m'a conduite à écrire cet article. Pourquoi je me suis éloignée de ma carrière d'ingénieure pour devenir paysanne ? Quelle vision de nombreux citadins ont encore de la paysannerie et de la ruralité ?
par Nina Malignier
Billet d’édition
Bifurquer : le design au service du vivant
15 ans d'évolution pour dériver les principes du design graphique vers une activité pleine de sens en faveur du vivant. La condition : aligner son activité professionnelle avec ses convictions, l'orchestrer au croisement des chemins entre nécessité économique et actions bénévoles : une alchimie alliant pour ma part, l'art, le végétal, le design graphique et l'ingénierie pédagogique.
par kascroot