Leurre de vérité

Ici reproduit, un papier de Gédicus à propos de Notre-Dame-des-Landes, d'un projet d'aéroport, de la Zad : C’est bien de choix de société qu’il s’agit ici. Un des plus chauds partisans de l’aéroport, l’a reconnu lui-même : il s’agit d’un conflit entre deux conceptions de la société…

« Qu’un Premier Sinistre usant du flash-ball 49,3 pour imposer ses lois à ses sujets qui n’en veulent pas invoque le respect du « verdict des urnes » et la « démocratie » pour aller taper sur la ZAD de Notre Dame des Landes, cela aurait de quoi faire rire copieusement si ne se profilait derrière cette pose de prétorien la menace de la destruction de cette communauté et de ce qui s’y vit d’original, de riche et d’heureux.

Certains ont remarqué avec lucidité que cette « consultation » est « Le prolongement direct des offensives policières contre les occupants de la ZAD ».* Et les résistants sur place ont raison de parler de « mascarade » et « d’enfumage ». Les démagogues politicards savent depuis longtemps comment organiser l’approbation « démocratique » de ce qu’ils veulent (et quand ça ne marche pas, malgré tous leurs efforts, ils savent aussi ignorer ce démenti de leurs magouilles, comme lors du référendum sur la constitution européenne). Leur « consultation » taillée sur mesure ne fait que le confirmer. Elle n’est que l’habillage leur permettant de se parer de cette « démocratie » qu’ils bafouent tous les jours pour mieux rattraper le fiasco de leur Opération César engluée dans la boue du bocage.

Le simple fait qu’une « majorité » de 268 000 votants puisse décider du sort qui sera infligé, non seulement à une « minorité » presque aussi importante (218 000 votants) mais aussi à toute la population du département (1 328 620 personnes – soit presque six fois plus), sans parler de tous ceux qui seront « impactés » de diverses manières dans un secteur bien plus large, devrait suffire à discréditer de telles procédures si la perversion de l’idéal « démocrate » par de telles méthodes n’était pas la règle. Et les Zadistes ont raison de s’en moquer. Quand il s’agit de choix de société, ce n’est pas la loi du nombre qui doit compter mais le sens de ce qui est fait, ce que l’on veut construire ou détruire. La prise de la Bastille n’a pas été décidée par référendum.**

Et c’est bien de choix de société qu’il s’agit ici. Un des plus chauds partisans de l’aéroport, l’a reconnu lui-même : il s’agit d’un conflit entre deux conceptions de la société. Mais les engagements en présence ne sont pas ceux que décrit son imagerie : les partisans du progrès contre des « décroissants » rétrogrades. Ce « progrès » magnifié n’est que celui de la dévastation de la planète et de la casse de l’humanité par les multinationales prédatrices et leurs valets politicards. C’est le même « progrès » qui détruit les quelques « droits » sociaux conquis de haute lutte par nos ancêtres, à coups de lois belle connerie et autres Tafta non soumis à référendum. Ce combat c’est celui entre un « ordre » social à la botte de ces vampires et ceux qui essaient de s’en sortir en créant d’autres rapports sociaux.

Les Zadistes ne sont pas des destructeurs, contrairement à ce que veut faire gober la propagande les présentant comme « hyper-violents » mais des constructeurs. Les destructeurs sont ceux qui veulent bétonner des centaines d’hectares d’une zone humide remarquable, casser les maisons des paysans qui l’habitent et y cultivent, ruiner des vies, pour le seul profit d’une poignée de « gagneurs ».

Les Zadistes sont des  bâtisseurs. Ils bâtissent des maisons, des boulangeries, des bibliothèques, des lieux de vie douce et paisible. Ils cultivent des champs laissés en friche, élèvent du bétail, cuisinent et distribuent généreusement des repas.*** Et, surtout, ils bâtissent d’autres formes de relations sociales que celles fondées sur l’argent et la guerre de tous contre tous. Ils développent l’entraide, la solidarité, la gratuité, la générosité. Ils s’efforcent de créer les conditions d’un bien vivre ensemble sortant des rapports marchands et de l’égoïsme ravageur que ceux-ci produisent. Ils n’agressent personne, mais se défendent quand ils sont agressés. Les Zadistes  font chaque jour la preuve qu’un autre monde est possible.

C’est pour cela que se dresse contre eux la haine féroce de tous les souteneurs de la société dominante, de tous les technocrates et commerciaux du capitalisme prédateur. Les Zadistes, par leur simple existence, nuisent à leurs affaires. Ils nuisent au discours idéologique qui est la charpente de leur pouvoir et qui assure qu’il n’y a pas d’autre société possible que la leur. C’est pourquoi ils mettent tout en œuvre pour les abattre, y compris des simagrées « démocrates » pouvant leur servir d’alibi. Ils sont aux abois. Mais la caravane passera tout de même. A Notre Dame des Landes et ailleurs, l’adhésion à leur règne est fissurée. Aucun bétonnage ne pourra empêcher cette fissure de s’élargir. »

Gédicus (http://gedicus.ouvaton.org),
Les éditions du bras d’honneur.
1er juillet 2016.

* Nantes Révoltée, 27 juin 2016.

** Au fait, qui a dit que la majorité a toujours raison ? Hitler quand il a été élu ? Pétain quand une écrasante majorité des députés lui a donné les pleins pouvoirs ? Staline ou les rois des républiques bananières élus et réélus avec 110% des suffrages ?

*** Voir sur ce site : « Casser l’Utopie » 1er novembre 2012.

 

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