Balance ton port (par Gérard Lancien)

À propos de Brétignoles-sur-mer et de la « Zad de la dune ». Article paru dans CQFD N° 181 (novembre 2019)

photo1
Depuis début octobre, une tour en bois de palettes, dans le plus pur style zadiste, surplombe la plage de la Normandelière à Brétignolles sur mer, et c’est la panique chez les édiles, à commencer par le maire de cette commune vendéenne de 4 000 habitants qui s’est, constate un observateur : « tiré une balle dans le pied » en envoyant ses bulldozers saccager la dune d’un site classé pour engager les travaux de son projet de port de plaisance. Ce que 17 années d’opposition légale n’avaient pas réussi, la « Zad de la dune » l’a obtenu en quelques jours : emballement médiatique, large soutien de la population (2 500 personnes au rassemblement du 6 octobre), bulldozers arrêtés. Favorisée par cet effet Zad, l’opposition « historique » à ce projet aberrant, principalement rassemblée dans l’association La vigie, a gagné une visibilité nationale qui lui faisait défaut et, conséquemment, un soutien croissant à son combat.

Pourtant, le maire et ses compères de la Communauté de Communes qu’il préside pouvaient, quelques jours plus tôt, se sentir triomphants. Après les sept avis défavorables de la commission d’enquête publique de 2011 ; après les avis négatifs de plusieurs préfets successifs, le nouveau préfet avait décidé de trouver ce projet « d’intérêt public » et d’autoriser les travaux. L’objectif d’éventrer la côte, de détruire une dune classée, une zone humide classée, une zone verte naturelle agricole, pour creuser 40 hectares d’un port de 900 anneaux, ce rêve pharaonique, allait pouvoir se réaliser. Les partisans de ce port, se comptant surtout parmi les estivants domiciliés sur la  commune mais n’y venant que quelques semaines par an, allaient pouvoir rejoindre ces plaisanciers dont les statistiques nationales notent qu’ils sortent en moyenne 3 jours par an leurs bateaux, qui servent surtout à y prendre l’apéritif en docksides. Et on allait pouvoir, cerise sur le gâteau vicié, détruire une réserve d’eau douce de 340 000 m3 en l’utilisant comme emplacement de dépôt des matériaux d’extraction, dans une région placée tout l’été en « alerte rouge sécheresse ». Tout cela pour un « investissement » d’argent public estimé à 43 millions d’euros.

img-0028-3-4458901
Mais c’était sans compter avec une poignée de jeunes du coin, fortement soutenus par de nombreux habitants et vieux paysans, qui se proclamant « gardiens de la dune » s’installèrent  sur  un terrain privé au cœur de la zone dont la mairie n’avait pas réussi à circonvenir les propriétaires, ajoutant leur stratégie « désobéissante » (mais non violente) à celle plus classique des opposants « historiques » lancés dans de nombreux recours administratifs. La machinerie du saccage est donc, pour le moment, enrayée. Le projet de «  Port Brétignolles » a désormais du plomb dans les voiles.

Gérard Lancien
CQFD N° 181, Novembre 2019

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.