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Billet de blog 12 juin 2017

Françoise Clédat, « a ore, Oradour », pour prévenir encore

Description clinique. Soulignement de ce qu’il faut dire. Précision de chirurgie aussi bien dans le récit que dans le bilan, chacun demeure interdit, trop tard. Il y a quelque chose du même ordre dans ces poèmes qui n’en font qu’un, une précision sur les faits, un refus de pleurer à l’injustice…

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Je ne l’avais pas lue avant cette plaquette proposée par le phare du cousseix ; Françoise Clédat a publié de nombreux recueils, notamment aux éditions Tarabuste. J’imagine qu’elle a visité Oradour sur Glane, ce qu’on en voit aujourd’hui, ce « centre de mémoire », qui rappelle le massacre de sa population par une division SS le 10 juin 1944. Elle a décidé d’écrire à ce propos. Sans plainte, en décrivant, en remarquant, en questionnant peut-être. C’est l’objet de ce livre : A ore, Oradour.

Une première page écrite pour dire l’origine des termes choisis pour le titre et l’ensemble. On apprend qu’Orador est descendant occitan de oratoire, où se font les oraisons pour les morts. A ore, à cette heure. Proxémie des termes dans l’histoire des mots, proxémie des corps vivants et morts dans le souvenir où reviendraient l’endroit des faits et l’emplacement des uns ou des autres, comme pour mieux comprendre ce quelque chose qui s’est produit.

O de Œil (phénicien ayin)
               la forme de la lettre convient à l’esprit
                                 de quel esprit à leurs yeux
                                visible fumée)
               cercle d’
Origine
               la pupille
               n’être plus qu’initiale qui fut
Organe
               au noir de chaque œil fœtus effaré

Ce qui arrive, ce qui est arrivé, tout est perdu après qu’il a eu lieu. Comme cela est-il possible ? Plutôt qu’à ceux traitant de la période nazie, j’ai pensé aux livres de Jean Hatzfeld sur le Rwanda de 1994. Description clinique, soulignement de ce qu’il faut dire. Précision de chirurgie aussi bien dans le récit que dans le bilan, et chacun demeure interdit, trop tard.

                              Fusil sabre hache machette
                              Explosion
                              Fumée noire

Il y a quelque chose du même ordre dans ces poèmes qui n’en font qu’un, une précision sur les faits, un refus de pleurer à l’injustice – y aurait-il d’ailleurs des crimes justes ? –, et un questionnement qui, même si des réponses existent, restera suspendu à jamais. Et soi-même qui écrit, de la place où l’on peut encore voir, encore entendre, quand ce qui est entendu n’est pas supportable, ne devrait pas. Avoir eu lieu.

Les soldats furent enfants avant d’être soldats
Obéissance forcée ou volontaire c’est
un enfant toujours qui devient un soldat 

L’enfant que chaque soldat fut pour sa mère
La mère de l’enfant soldat qui éventra la mère
La mère de l’enfant soldat qui brûla vif l’enfant
La mère de l’enfant brûlé vif

[…]

Qu‘est donc l’expérience d’un seul qui n’est pas encore l’expérience des autres, ou encore l’expérience de tous ? Celui-ci plutôt que celui-là… Ne pas saisir les événements, les accidents de la raison et de ses gestes qu’un décor de guerre a rendu possible. Nous voici débiteurs d’une lecture, témoignage lointain qui fond sur nous comme pour prévenir encore, d’on ne sait quoi qui apparaîtra autrement tout en étant inexorablement le même.

                   L’innocence de tout mot
                   devenue
Offense aux

Offensés

 *

Sur le site des éditions le phare du cousseix : ici 

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