Rennes, la préfecture fait évacuer un campement de 25 Géorgiens - Occupation du CRIJ

À Rennes, le Préfet a ordonné hier soir vers 20 h et à la surprise générale l'évacuation rapide d'un campement de 25 géorgien-ne-s à la rue (dont 6 enfants) qui occupaient, en totale auto-organisation et depuis deux semaines, le parc Saint-Cyr à Rennes.

Communiqué du collectif de soutien aux personnes sans-papiers (Rennes), le 13 septembre 2018

L'occupation du CRIJ continue et les pouvoirs publics commencent à nous approcher en douceur. La nuit s'est bien passée, notamment grâce à 40 lits fournis par la croix rouge en fin de soirée. Des bruits circulent sur des initiatives à venir de la mairie et/ou de la préfecture mais rien de concret pour l'instant. Venez en AG ce soir à 19 h au CRIJ pour être au top de l'actualité et faites caca sur facebook...

Bonjour,

hier jeudi 12 septembre, le Collectif de soutien aux personnes sans-papiers a lancé une occupation du Centre Régional Information Jeunesse de Rennes (CRIJ, place du général De Gaulle) avec trois familles à la rue d'Azebaïdjan, de Tchétchénie et de Géorgie. Nombre de militant-e-s de l'association Un Toit c'est Un Droit ont aussi rejoint l'occupation.

Avec un accueil très bienveillant et très compréhensif des salarié-e-s du CRIJ, l'occupation a été lancée pour une vingtaine de personnes qui devaient investir le seul troisième étage mais, en quelques heures, c'est tout le bâtiment du CRIJ qu'il a fallu investir. En effet, le Préfet a ordonné hier soir vers 20 h et à la surprise générale l'évacuation rapide d'un campement de 25 géorgien-ne-s à la rue (dont 6 enfants) qui occupaient, en totale auto-organisation et depuis deux semaines, le parc Saint-Cyr à Rennes. Cette évacuation a été vécue comme une provocation par le secteur associatif et, de manière consensuelle, il a été décidé d'accueillir dans le CRIJ les expulsé-e-s, donc d'occuper tout le bâtiment. Ce sont donc près de 60 personnes – dont 20 enfants, plusieurs étant scolarisé-e-s – qui ont dormi la nuit dernière et dormiront sans doute la nuit prochaine si aucune solution publique n'est trouvée. Ces personnes ont des statuts divers : demandeuses d'asile politique pour la quasi-totalité, certaines sont "dublinées", c'est-à-dire privées de leur droit de demander l'asile parce qu'elles sont traitées comme des “patates chaudes” entre les États européens. Une assemblée générale ouverte à tous et à toutes aura lieu ce soir à 19 h dans les locaux du CRIJ. D'autres actions devraient être décidées : pour les occupant-e-s actuel-le-s et pour les autres personnes à la rue car le ras-le-bol du secteur associatif a atteint des sommets...

Compte tenu de l'existence de plusieurs squats, la ville de Rennes continue donc de renforcer le concert des villes (Paris, Nantes, etc.) qui sont obligées de recourir à des actions "illégales“ et ”perturbatrices" pour faire ce que les pouvoirs publics refusent de faire : permettre l'accès à un logement à tous et toutes, avec ou sans-papiers ou, à défaut, assurer l'hébergement de toute personne à la rue, comme le stipule la loi. L'incapacité croissante du 115 – numéro d'urgence sous tutelle de l'Etat - à gérer la situation n'est plus à démontrer tant elle a fait l'objet de dénonciations publiques et médiatiques répétées mais sans lendemain.

Le jour où le plan "pauvreté" est présenté par le Président de la République, l'évacuation d'hier et la mise à la rue continue d'êtres humains, quel que soit leur âge et quelle que soit leur situation juridique, constituent sans nul doute la première preuve de l'incapacité future de la sixième puissance économique du monde à organiser une autre répartition des richesses favorable aux plus pauvres. Malgré nos moyens dérisoires, nous espérons que les “exclu-e-s”, avec l'appui du secteur associatif, trouveront la force et la détermination de changer le cours ordinaire des choses.

 

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