À Rennes, facteurs contre «méridienne» et «tournée sacoche» = 4 mois de grève

La « méridienne » serait la pause obligatoire que cherche à instituer la direction, qui induit une deuxième séquence de travail en après-midi, soit un rallongement important du temps passé sous la bannière de la Poste. Rappelons que le mot « méridienne » ne désigne, en pays chaud, rien moins qu’une sieste. Quel message est censé apporter l’usage d’un tel mot à cet endroit ?

À Rennes, les cheminots, les étudiants, l’assemblée générale interprofessionnelle soutiennent activement les postiers en grève depuis quatre mois, la Plateforme Industrielle du Courrier, alimentant la Bretagne et la Mayenne, soit chaque jour 2,5 millions de plis en transit, a été bloquée lundi dernier. C’est 250 préposés de tout le département d’Ille et Vilaine qui, l’après-midi même, avaient tenu un meeting en ville ; le mouvement de refus est né dans certains bureaux de Rennes en janvier dernier, il rassemble aujourd’hui des salariés de plusieurs dizaines de bureaux de la région, car cette réorganisation que cherche à imposer la direction ne vise pas moins qu’à briser une profession déjà mal en point.

La méridienne serait la pause obligatoire que cherche à instituer la direction, qui induit une deuxième séquence de travail en après-midi, soit un rallongement important du temps passé sous la bannière de la Poste. Rappelons que le mot méridienne ne désigne, en pays chaud, rien moins qu’une sieste. Quel message est censé apporter l’usage d’un tel mot à cet endroit ? Les facteurs sont-ils désignés comme des paresseux, à qui l’on offrirait une sieste en prime ? Emmanuel Macron est spécialiste des messages subliminaux, méprisants, il semble qu’il ait trouvé à la direction de la Poste des épigones de premier ordre. Matinal et mal payé, sept heures journaliers six jours sur sept, le métier de facteur a toujours présenté comme intérêt de libérer relativement tôt dans la journée ceux qui l’ont choisi. Or il est question ici d’en faire un métier de type industriel, à horaires « souples », comme il en existe déjà trop.

Ordinairement, le facteur commence sa journée dans un local où il prépare lui-même sa tournée en présence de ses collègues. La tournée sacoche, c’est au contraire une tournée organisée à l’avance par d’autres et dans laquelle le facteur, à qui l’on remet à un point donné la sacoche, est réduit à l’état de manutentionnaire porteur de plis. Une découpe des tâches propre à l’industrie qui déshumanise la tâche, isole le travailleur, et lui demande toujours plus de rendement en toujours moins de temps (15 % des tournées ayant été supprimées).

Tandis que l’évolution des centres de tri, qui a nié aussi bien tout souci de logique dans la distribution du courrier que d’ergonomie dans la disposition des tâches, sans parler de l’obsessionnelle obsession du rendement, voit le nombre d’accidents du travail atteindre des sommets, la direction multiplie les postes de cadres et régale les chefs à coups de salaires confortables (en 15 ans la différence entre les plus bas salaires, ceux des facteurs, et les plus hauts salaires a été multipliée par 5). Outre le refus de cette réorganisation, le syndicat SUD, qui mène le combat, dénonce « le recours abusif aux contrats précaires et à des prestataires est de plus en plus systématique à La Poste. Les CDD font de nombreuses heures supplémentaires non rémunérées et sont lâchés en tournée sans être correctement formés. Il n’y a qu’à voir le nombre ahurissant de démissions en période d'essai pour avoir une idée des conditions de travail. Tous les précaires qui le veulent devraient être CDIsés. »

Plutôt que d’entendre et négocier, la direction de la Poste a organisé un cassage de la grève en faisant effectuer à des cadres et à des volontaires les tâches des grévistes. Cependant, aujourd’hui une certaine convergence des luttes veut prendre corps, les cheminots sont avec les postiers et les étudiants (Les occupants de Rennes 2 ont été expulsés par la police lundi matin, pour autant le mouvement ne faiblit pas, Sciences Po est aussi sur le front, et les examens seront au moins boycottés), sans compter ceux de l'AGI (assemblée générale interprofessionnelle) et les inorganisés de tout poil. On a pu s'amuser aussi que des employés de la direction des finances publiques, également en lutte, voulant mardi matin bloquer le camion de livraison qui apportait les chèques à encaisser, ne l'ont pas vu arriver. « Ce dernier était... déjà bloqué par les facteurs grévistes à la plateforme industrielle du courrier Armorique... » [in Ouest-France, voir ici]

Hier, ce même mardi, soit moins de 24h après le début du blocage, les forces dites de l'ordre venaient mettre fin à l'action. Comme le dit SUD PTT dans un communiqué : « Très prompte à employer la force, la direction de La Poste est très lente pour prendre langue avec les facteurs en grève depuis 126 jours. » [voir ici]

La semaine passée, alors que la Poste a fermé et continue à en fermer un grand nombre partout sur le territoire, des postiers rennais installaient un bureau à la ZAD (en danger !) de Notre-Dame-des-Landes. Les luttes se rencontrent volontiers, leurs forces s’additionnent, on le vérifie. Pour peu que les gens s’organisent entre eux, le grand et paresseux pouvoir prend peur, il est nu. Il ne tient – ne l’aviez-vous pas remarqué ? – que par sa propagande (élections comprises) et sa police.

Soutenez le collectif des facteurs en grève (et donc sans salaire) depuis le 9 janvier 2018.

https://www.lepotcommun.fr/pot/arfm3vfn

 

Conférence de presse : Les postier.e.s sur la Zad de Notre Dame des Landes © Christian VIALARET

 

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