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Billet de blog 27 juin 2014

L’écrivain Jean-Pierre H. Tétart nous a quittés, en « l’absence de personne »

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J-P H. Tétart - DR © 

« Le temps ressemble au sable et le sable au sein d’une femme,

dit Serge, on devine un poids qu’on ne peut pas peser réellement. »

J-P H. Tétart, La patience des rochers, éditions Cénomane, 2006.

Saluer en ce début d’été ensoleillé un homme qui a aimé la lumière de Bretagne, la lumière du Midi, la lumière de la mer, la lumière des humains. Jean-Pierre H. Tétard vient de s’éteindre, à 75 ans, au Mans, au terme de plusieurs mois d’un injuste silence d’hôpital. Une mauvaise chute, bientôt un accident vasculaire cérébral, l’impuissance du corps médical, le désarroi de tous ; rien n’y a fait, il est parti quand même.

Chroniqueur sentimental d’existences peu spectaculaires mais ô combien vibrantes d’humanité, celles de naufragés en mal de tendresse, il a écrit dans un style vif et précis des nouvelles et des romans publiés, les premiers, aux éditions Le temps qu’il fait, les suivants, aux éditions Cénomane. La Nouvelle Revue Française et la revue Théodore Balmoral accueillirent régulièrement ses textes. Il fut aussi dramaturge, souvent joué, sa pièce Malpaire ou la mémoire impossible *, dans laquelle il donne la voix au monde ouvrier d’une usine d’armement, connaîtra un beau succès.

Avec le photographe Georges Quaglia, dont le travail, dans son humanité, allait si bien avec le sien, il a fait deux beaux livres bellement édités par Alain Mala, voisin-complice des éditions Cénomane.

J-P H Tétart & G. Quaglia - © J-C Leroy, 2011 © 

L’absence de personne, je lui ai dit alors combien je jalousais ce si beau titre (que je galvaude en mal le reprenant ici), celui de son dernier livre publié, qui souligne également si bien ce défaut qui n’en est pas un, ce défaut de n’être quelqu’un d’assez fort pour être un appui aux autres qui vacillent comme nous-mêmes. Cet humain que nous aurions pu être, nous ne l’avons pas été non plus. En tout cas, pas assez. Jean-Pierre portait cette conscience fragile qui le rendait soit bougon d’être insatisfait, soit joyeux d’être heureux, et ses yeux alors pétillaient comme ceux d’un enfant.

« Ce n’est pas le surréel qui illumine l’écriture mais le quotidien, de son étrange familiarité. », confiant cela dans L’absence de personne, il livre peut-être une clef de sa vision littéraire, de son écriture. Car de son style on retient un don des dialogues et de l’échange, du trait d’esprit ordinaire, une manière de faire parler les gens simples amoureux de la vie et dépourvus de méchanceté – le commun des mortels, somme toute. Difficile de dire si, comme l’a écrit Jacques Réda à son propos, « ces personnages – dont la présence est héroïque – doivent à la Bretagne plutôt qu’à la vérité intime de l’écrivain. Mais cette vérité, on sent qu’elle s’exerce, qu’elle s’effectue en eux, plutôt que le transfert classique, une permanente transfusion d’amitié. » Il ajoutait : « Le fond de sa manière tient dans son tempo qui culbute, comme il convient pour ces vigoureuses partitions du destin. » **

Et aussi dans son œuvre, présent, un érotisme chaleureux, parfois douloureux et plein de pitié. Je pense à une nouvelle intitulée La dernière nuit, in La Renverse (éditions Le temps qu’il fait, 1993), en fait une pièce en un acte où Jean-Pierre H. Tétart montre une impossibilité pour les deux amants de vivre en même temps la joie de l’amour, et pourtant il y a bien joie, mais le partage ne semble possible qu’en différé, sans communication, sublime et tragique à la fois.

Dans un texte inédit qui fait le point sur son rapport à la lecture et à l’écriture, Jean-Pierre écrit que « la nostalgie est sa maladie préférée ». Ajoutant : « c’est moins une question d’étymologie que d’étiologie : le bonheur vit dans le passé même si le passé n’est qu’un songe… » Dans cette même confession, qui a pour titre La forme du vide : « J’ai grandi au milieu des livres ; je n’en étais pourtant pas l’héritier légitime : chez moi, on quittait tôt l’école pour l’usine, comme mes aïeux, jadis, l’avaient abandonnée pour les champs ou les filatures de lin du pays picard suivant qu’ils étaient garçons ou filles. Heureusement (« malheureusement » ne pourrait ici introduire les privilèges dont j’eus ensuite l’égrène), je tombai malade, et si gravement que l’usine me fut interdite. Désormais reclus, je m’en remis aux livres, mes geôliers bienveillants. » 

© 

Des geôliers paginés qui furent surtout des interlocuteurs, et il leur tint une belle réplique. Pairs s’appelant aussi bien Alexandre Dumas que Louis Guilloux, Henri Calet ou Georges Poulot dit Perros. Fidèle à ceux-là qui ne frimaient pas, Jean-Pierre H. Tétart a cultivé aussi bien sa distance humaine que son angoisse parfois espiègle, entre grommellements fatigués et soudains désirs d’instants. Gardons de lui cette fragile amertume masquant une humilité de cœur qui le personnalisait. Dans ses textes, quelles qu’étaient les peines, les rancœurs, les désirs refoulés, c’était toujours une douceur âpre qui emportait la mise, avec ses gnons, ses poussées de feu, ses beautés de cœur, ses caresses… Une forme de mélancolie, décidément, épousant la forme d’un trop grand vide.

J’ai vu mon père mourir et il continuait de s’intéresser aux petites choses qui ponctuaient ses journées. Il avait encore cette force d’âme native – ce goût de vivre – qui permet de penser à demain même si durant la nuit qui mène à demain on cherche un reste de souffle (ce sont les nuits qui sont monstrueuses). Pas plus que moi il ne se faisait à l’idée de partir. Les enfants des grands vieillards essuient des larmes et soupirent : « C’est pas une vie »… Bien sûr que si : c’est toujours une vie. ***   

* Éditions Cénomane, 1999.

** Préface à L’Eden et les cendres, éditions Le Temps qu’il fait, 1990.

*** Jean-Pierre H. Tétart, Ce vieux printemps, Cénomane, 2005.

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