Jean-Claude Leroy
Abonné·e de Mediapart

313 Billets

1 Éditions

Billet de blog 30 août 2021

Patrick Laupin signe « Mon livre »

J’aime un silence qui donne rendez-vous. / Pourquoi écrivez-vous ? Pourquoi pas ?

Jean-Claude Leroy
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’aime que les mots soient ceux de quelqu’un
qui prononce l’éternel mystère
J’aime un silence qui donne rendez-vous.
Pourquoi écrivez-vous ? Pourquoi pas ? 1

Pour que le livre d’un auteur devienne celui du lecteur il ne faut surtout pas qu’il se sépare de lui-même. Plus il est personnel plus il touchera celui qu’il doit toucher, à condition que le hasard ou son reflet s’en mêle. Le texte prend son autonomie d’autant mieux qu’il est assumé, signé des deux mains, cœur compris.

C’est un livre de ce genre que propose Patrick Laupin, poète-écrivain chevronné quoique trop peu public. Un livre qui déroule dans une forme linéaire et ramassée la geste d’un homme débitée en vers arbitraires et réguliers, faite d’essentiels rapports débarrassés de fioritures. « On ne peut expliquer ça à personne. Mort et fou par / procuration c’est la solitude de la faille inspiration. » 2

« ...Et puis il y a cette prière obscure du sens de la vie
Le vif argent des ormeaux et le blanc torrent des remords » 3

Ce que Patrick Laupin nous offre, c’est le livre d’un poète existentiel, qui se frotte chair contre chair à ce qui se présente : passé, présent, infini. C’est un retour contre soi (rappel d’un titre d’Yves Martin) que cette série de textes-miroirs, l’auteur s’y confie en confiant sa vision-parlée, mais la voix est ici pourtant riche de beaucoup d’autres. C’est lui qui se fait parole, mais parfois avec la bouche d’un vis-à-vis, et aussi bien, selon le jour et l’endroit, évoquant le philosophe Adorno que jactant la langue manouche, même si la plupart d’entre nous autres n’en pannent fifre 4. Des fragments de mémoire, bien sûr, des lambeaux bien vivants et déroulés d’un trait continu, comme dans un récit surgissant. Aucun hermétisme dans la forme, il faut tout attraper, ce sont toujours les facettes d’un même. Quelqu’un s’adresse à nous à voix haute, familièrement, comme à la veillée, et le propos nous emmène à travers – j’insiste trop, peut-être – de multiples personnes, on ne sait trop si c’est un je qui s’exprime ou si c’est un autre à travers lui ; raccordant les divers singuliers, car la poésie se fait volontiers reliance.

« Je me sens païen, agnostique, encore qu’enfant je songeais
longuement à l’échec de Jésus. Mais je penche pour un
athéisme logique de la pluie. Si je crois en Dieu ? Je ne sais pas
Mais quand j’écris je ressens physiquement qu’en dessous du
verbe il y a autre chose. Un sacré, du divin peut-être, en tous
les cas, qui m’ont maintes fois prouvé la fêlure et la faille des
chimères sociales, et des ordonnances de l’incroyance. Entre
l’autorité de l’hésitation et l’autorité de la fulgurance, j’écris
sous dictée. […] » 5

Que des textes apparaissent ça et là, c’est un épiphénomène, la vraie question serait de savoir pourquoi des gens ont besoin d’écrire, en quoi vivre ne suffit pas. Pour Patrick Laupin : « le mystère n’est pas dans la littérature, il est dans celles / et ceux qui écrivent. » 6

Bloc astral la poésie ce devrait être de grands hymnes
de vers réguliers qui tombent chapelles ou calvaires sous la
pluie. Ce que devrait être la poésie si elle était digne de ce
qu’elle doit être. Ou sinon rien du tout. 7

Faut-il appeler démocratique une telle écriture ? Sans doute. D’autant plus si l’on sait combien Patrick Laupin a porté les mots indépendamment de son propre langage, partageant sa force de dire, l’inspirant et la répercutant. On se souvient ainsi de son Alphabet des oubliés (voir l’article de Patrice Beray). En cela poète dans la cité, dans la communauté humaine, il est acteur et actif au sein des images et des questions qu’il communique.

La poésie d’aujourd’hui est d’une diversité incroyable, les caporaux sectaires des avant-gardes auto-proclamées, confites d’originaux convaincus et de penseurs circonstanciels, paraissent fatigués d’eux-mêmes, ou est-ce qu’on les oublie tout simplement ? Au contraire, nombre de livres surgissent qui ne craignent pas de s’adresser aux autres. Patrick Laupin en est parfois l’auteur, un de ceux qui fraternisent, et avec quelle exigence ! J’aimerais l’entendre lire les vers libres et rythmés qu’il pose sur la page, comme dans une improvisation inlassable et inspirée.

« […]
Je quitte un nord. Je pars vers un sud. J’écris je lis toute une
nuit, précaire abri. Je veux de l’amour et je n’en veux pas
Je sais mal qui me suis à la trace. […] (p. 22)

notes :
1) p. 87.
2) p. 22.
3) p. 89.
4) n’y comprennent rien.
5) p. 96.
6) p. 23.
7) p. 60.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Un passeur algérien raconte son « business » florissant
En 2021, de nombreuses personnes ont tenté de quitter l’Algérie et rejoindre l’Europe par la mer, débarquant à Almeria, Carthagène ou aux Baléares. Dans le sud de l’Espagne, Mediapart s’est s’entretenu longuement avec un de ces « guides » qui déposent les « harraga » (exilés) en un aller-retour. 
par Nejma Brahim
Journal — Logement
À Lyon, une école occupée pour aider une famille sans logement
Le collectif citoyen « Jamais sans toit » a commencé l’occupation de l’école Michel-Servet, dans le 1er arrondissement, pour témoigner son soutien à deux enfants scolarisés ici sans logement avec leurs parents. À l’heure actuelle, dans la métropole lyonnaise,  110 enfants et leurs familles sont à la rue.
par Faïza Zerouala
Journal — Services publics
« Tout meurt à petit feu ici » : à Saint-Cyprien village, La Poste est fermée depuis un an
Le bureau de poste de cette localité des Pyrénées-Orientales a baissé le rideau en février 2021. Les habitant·es de la commune côtière doivent désormais se rendre au guichet situé à la plage, à plus de 3 km de là. Or, pour les plus âgés, la disparition de ce service au cœur du village est un abandon de plus.
par Khedidja Zerouali
Journal
Au Sénat, la ministre des sports défend les contestées interdictions administratives de stade
Présente dans le cadre de l’examen de la proposition de loi pour démocratiser le sport, Roxana Maracineanu s’est opposée aux amendements encadrant les interdictions administratives de stade, dont les dérives ont été largement documentées. Un positionnement que regrette l’Association nationale de supporters.
par Clément Le Foll

La sélection du Club

Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener
Billet de blog
Une constituante sinon rien
A l’approche de la présidentielle, retour sur la question de la constituante. La constituante, c’est la seule question qui vaille, le seul objet politique qui pourrait mobiliser largement : les organisations politiques, le milieu associatif, les activistes, les citoyens de tous les horizons. Car sans cette réécriture des règles du jeu, nous savons que tout changera pour que rien ne change.
par Victoria Klotz
Billet de blog
Le convivialisme, une force méta-politique
Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.
par Les convivialistes
Billet de blog
Présidentielle : ouvrir la voie à une refondation de la République
La revendication d’une réforme institutionnelle s’est installée, de la droite à la gauche. Celle d’une 6° République est devenue un totem de presque toutes les formations de gauche à l’exception du PS. Ce qu’en a dit samedi Arnaud Montebourg rebat les cartes.
par Paul Alliès