Rennes, une vingtaine de chaises attaquent le métro : mise au point nécessaire !

Une action menée le mardi 29 mars dernier dans le cadre du mouvement contre la loi sur le travail aussitôt requalifiée en acte de vandalisme par une presse locale toujours à la remorque des villipendeurs publics, préfet et maire en l’occurrence ! Quatre lycéens arrêtés mercredi et placés en garde-à-vue. Des acteurs locaux jetant de l’huile sur le feu !

La tentative d’écrasement par la presse du mouvement contre la loi sur le travail Valls/El-Khomri se poursuit de plus belle. Minimiser le nombre de manifestants n’est qu’un geste minimal dans l’arsenal langagier dont disposent les journaux disciplinés. À Rennes, c’est le quotidien Ouest-France (700 000 exemplaires vendus chaque matin) qui donne le la. Il y a aussi le gratuit 20 minutes, très réactif en ligne, journal dont le groupe Sipa-Ouest-France est au demeurant un gros actionnaire. Ce jetable se montre tout aussi compétent dans l’intoxication informative.

Depuis quelque temps il y a un refrain que tout le monde connaîtra bientôt à Rennes : la ville serait infestée de vilains casseurs qui dégradent le centre historique de la cité à chaque occasion ! Quand on y regarde de près, le gros mot de dégradation correspond en fait le plus souvent à des graffitis ajoutés aux murs ou à des jets de peinture sur la façade de la mairie. *  Mais il s'agit faire peur. Désigner de «véritables groupuscules d'extrême-gauche » (in Ouest-France du 7 février dernier) qui justifieraient donc la terreur policière à l'œuvre. Laquelle s’applique sans vergogne à chaque fois qu’elle en reçoit l’ordre ou en prend l’initiative, comme dans le quartier de Maurepas quand des agents de la BAC ont assassiné il y a quatre mois un jeune homme de 27 ans de 5 balles de la peau parce que, pris d’une crise d’angoisse, il tenait à la main un couteau de cuisine avec lequel il venait de se taillader le bras [cf ici]. Madame Appéré, députée-maire socialiste de la ville n’avait pas trouvé le temps de s’émouvoir d’un tel crime perpétré sur sa commune. Elle s’émeut au contraire dès qu’un mouvement contestataire lui demande sa position sur la loi El-Khomri, par exemple.

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À propos de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sujet ô combien sensible, elle s’est cependant exprimée, réclamant sans détour le début des travaux. Mais sa position n’est certes pas facile, à Rennes la pression est forte pour la faire changer d’avis, une bonne partie de son conseil municipal est de couleur verte et de nombreux Rennais font savoir leur soutien à la Zad et aux Zadistes. Pas facile d’autant qu’elle est sans doute un peu l’otage de la société Vinci (à qui la concession de l’aéroport fictif a été accordée), laquelle société Vinci construit à Rennes (en partenariat avec Spie) le tunnel qui accueillera la deuxième ligne de métro, soit un contrat de 320 millions d’euros. Laquelle société construit aussi, via une filiale, un pharaonique Centre de Congrès, emblème à 100 millions d’euros environ de la reconquête du centre historique par la bourgeoisie et le monde des affaires ; le petit peuple et les étudiants qui aujourd’hui l’habitent et l’animent étant priés à terme de s’installer ailleurs. **

Le mardi 29 mars, une action menée dans le cadre du mouvement contre la loi sur le travail s’est vue diffamée, sans surprise, par les médias locaux repris par certains médias nationaux. Ce que disent ces médias, c’est que des jeunes gens ont jeté des chaises sur la voie et qu’une rame les a percutées, provoquant un freinage d’urgence et un blocage de la ligne durant trois heures environ. 20 minutes évoque une initiative « particulièrement dangereuse ».Un passager interrogé déclare en toute méconnaissance de cause : « on aurait pu dérailler. » Voilà qui fera pourtant une phrase choc, en gras dans le papier d’Ouest-France. Un autre précisera que le choc n’a pas été violent et que personne n’est tombé. Les jeunes militants seront toutefois présentés comme des irresponsables.

La maire en profite alors pour réitérer l’interdiction de manifester en centre ville. Le préfet émet des menaces à l’encontre des éventuels contrevenants. Faire peur !

Dans un communiqué du 29 mars, des élus rennais du parti de gauche dénoncent «les provocations policières et aux manœuvres visant à déconsidérer la juste mobilisation de la jeunesse et des syndicats ». [Elles] ne suffiront pas à stopper le rejet massif qui s’exprime. »***

Alors qu’un blocage de la fac allait être voté peu après, une mise au point quant à cette action de la veille a été faite à travers un communiqué adopté mercredi 30 mars à l’assemblée générale qui se tenait à l’université Rennes 2, rassemblant plusieurs centaines de personnes (étudiants, travailleurs, chômeurs, etc.). Une chronologie précise des faits est exposée, ainsi qu’une réponse aux calomnies qui courent depuis 24 heures :

«[…] Pendant que certains vont actionner les alarmes du métro pour qu’ils s’arrêtent de fonctionner, d’autres vont chercher des chaises pour les mettre sur les rails.

Les alarmes sont actionnées, une agente d’entretien appelle le PC pour prévenir du blocage, les chaises sont jetées sur la voie alors que les métros ne circulent plus, mais… tout d’un coup un bruit métallique se fait entendre. Il semblerait que la STAR (service des transports en commun de l'agglomération rennaise) n’ait pris au sérieux ni les alarmes tirées, ni l’appel de la femme de ménage, ni la présence des chaises sur les rails, et qu’elle ait remis en marche le métro. »

Pour répondre à tous ceux qui ont pris un malin plaisir à raconter des conneries sur ce qui s’est passé ce matin, nous rappelons qu’il s’agissait d’un blocage dans le cadre du mouvement contre la loi travail où, depuis trois semaines, des dizaines de milliers personnes sortent dans la rue, s’organisent en AG, occupent des facs, des mairies, attaquent des locaux du PS, du MEDEF, se font massacrer par la police, mépriser par la presse, abandonner par l’ancienne génération.

L’indifférence de la STAR à l’avertissement de sécurité préalable, l’image de cette rame qui continue son chemin malgré les obstacles sur la voie ainsi que la stupidité des journalistes toujours enclins à relayer le pouvoir, nous a saisis avec le même effroi que l’on a en regardant le monde qui s’évertue à vouloir « fonctionner » dans l’indifférence de son propre effondrement.

Aussi, nous demandons à la STAR de bien vouloir s’excuser publiquement pour ce qui s’est passé mardi matin. » [le communiqué ici]

En fin de journée, mercredi, on apprenait que quatre lycéens âgés de quinze à dix-sept ans, avaient été appréhendés, placés en garde à vue. Ils auraient été «reconnus » d’après des images enregistrées par les caméras de surveillance de la station de métro. Une enquête est ouverte pour « mise en danger de la vie d’autrui, dégradations volontaires en réunion de biens destinés à l’utilité publique, entrave à la circulation ferroviaire […] ».

Qu’un pouvoir criminogène s’applique à criminaliser toute critique sociale, n’est-ce pas là le signe de son imposture ? Pour l’heure, son bilan étant assez parlant, c’est évidemment de la police qu’il faut tout craindre quand on exprime ses opinions autrement que par le biais du bavardage. La police tue, mutile, matraque, insulte. Elle obéit ainsi aux ordres. À chaque fois qu’elle intervient on a motif, mais là pour de vrai, à porter plainte pour… mise en danger de la vie d’autrui !

Les décisions de blocage économiques décidées en assemblées sont et seront les seuls moyens restant à disposition d’un mouvement nié, terrorisé par la police et le pouvoir. C’est la peur au ventre que vont désormais manifester les jeunes gens conscients de l’enjeu de leur lutte (qui va bien au-delà du retrait de la loi sur le travail), une peur délibérément distillée par un gouvernement qui n’a su inventer qu’un vide politique, un désert où le pire prend place quand le meilleur continue d’y être assassiné.

Les déclarations officielles s’évertuant à diviser le mouvement (avec malheureusement le secours de quelques syndicalistes bureaucrates en mal de reconnaissance) entre bons et mauvais manifestants finissent par fatiguer les protagonistes d’un mouvement large et unanime dans son rejet de la politique hollandiste. À travers l’adoption d’une banderole reprenant ce cri du cœur ironique, la même assemblée générale du 30 mars déclarait : nous sommes tous.tes des casseurs !

 

 

photo empruntée à Mariefab (cf. son blog sur Mediapart itou) © mariefab photo empruntée à Mariefab (cf. son blog sur Mediapart itou) © mariefab
*  Toutefois, lors de la manifestation du 24 mars, des jeunes gens masqués ont dévalisé un magasin Lacoste.

** Le collectif Place à défendre, mobilisé contre cette politique, souligne pour sa part « la proximité qui existe entre les décideurs publics et les dirigeants d’entreprises, et plus encore quand elle “conduit au passage de hauts fonctionnaires vers le secteur privé “ si dépendant des commandes publiques. »  http://place-a-defendre.blogspot.fr/

*** cf. http://elus-frontdegauche-rennes.com/

Voir aussi la prise de position d'un élu rennais vert et atypique : ici

Voir le blog de Mariefab ici

 

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