"J'ai été surpris qu'ils gardent la séquence. C'était ridicule, grossier, même pour eux, ce sont eux qui se dévalorisent. Ce sont eux qui n'arrivent pas à gérer, il y a un malaise. Je ne comprends pas le calcul, et la démarche de garder la séquence. Est-ce que c'est pour montrer qu'ils se foutent de moi? Est-ce qu'ils se foutent vraiment de ce qu'on représente, de l'idée de la contestation de la société, de l'interdiction des licenciements, de l'ouverture des frontières?

De toute façon, Laurent Ruquier, juste avant le fou rire, il dit 'vous êtes invité parce qu'on est obligé'. C'est fort, ça commence déjà bien. C'est comme s'ils voulaient montrer que j'étais là parce qu'ils n'avaient pas le choix. Bien sûr qu'il y a une dévalorisation de ce qu'on représente. Dans ces émissions, ils sont tellement obsédés par eux-mêmes, tellement nombrilistes, ça fait les malins à tout comprendre, à tout savoir, à analyser n'importe quoi. Là, ils sont dans un rapport où je n'ai rien à vendre, ils n'ont pas bien géré ma présence, ils ne sont pas dans un rapport d'interview classique.

Ne pas être pris au sérieux, ce n'est pas un scoop. J'ai vu les réactions sur l'émission, ça a été vu comme du mépris social et de la condescendance, ce qui est vrai, mais ça semble avoir frappé beaucoup plus les gens que moi.

Moi je suis dans le truc, je m'attends tellement à ce que ça ne soit pas cool, que quand je suis dedans, mon problème, c'est de dire les choses et c'est d'autant plus compliqué dans des émissions comme celle-là. Je savais que ça n'allait pas être sympa. Après mon problème, ce n'est pas tellement comment je suis perçu ou comment ça se passe mais comment ne pas gaspiller l'espace que j'ai.

On voit bien qu'il y a un problème plus profond de désintérêt complet de ce que l'on peut défendre, l'idée de la contestation d'un système.

J'ai fait plus de médias il y a 5 ans en étant le nouveau pas connu, qu'aujourd'hui où on n'a quasiment pas eu d'espace médiatique. Quand je compare avec 2012, on est sous médiatisé, bien plus que d'habitude. Moins on est médiatisé, plus on perd en crédit. Le crédit politique est lié à notre capacité à intervenir dans les médias et là, ça nous complique la tâche pour les parrainages. Si les élus ne nous voient pas, ils ne pensent pas à nous ou alors ils se disent que ce n'est pas la peine de nous soutenir.

Mais on est motivés, on représente quelque chose, on a envie de faire entendre cette colère, cette révolte, donc ça nous donne l'énergie pour le faire, mais ça ne garantit pas qu'on soit présent à l'élection.

On se dit qu'avec le visage que montre le monde politique, on a encore plus de raisons d'être. Ce n'est pas qu'on veut capter tout le mécontentement mais qu'on peut faire de la politique différemment."

Pour mettre à égalité tout le monde il faudrait faire parler tout le monde. Les gens vont moins facilement voter pour nous si on n'a pas l'occasion de défendre notre programme et d'expliquer pourquoi on est là".

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"Quand je compare avec 2012, on est sous médiatisé, bien plus que d'habitude." Le problème est très grave. Selon le principe démocratique qu'un citoyen ne peut se déterminer clairement et lucidement que s'il a connaissance de tous les programmes de tous les candidats, il est évident que les citoyens français ne peuvent le faire. Même le CSA est complice qui ne réagit pas aux manquements du partage des passages dans les médias officiels. Un candidat comme François Asselineau a eu 0 heure, 0 minute et 0 seconde de temps de passage dans un quelconque média reconnu par le CSA ! Même dans Mediapart : pas une ligne !  La démocratie est tombée bien bas dans notre pôvre France.

Et si Poutou ne réussit pas à obtenir ses 500 parrainages, ce sera la preuve que le "système" mis en place par les principaux partis politiques français  est un échec pour le respect et l'expression d'une véritable démocratie. Mais cela, on s'en doutait bien depuis le référendum de 2005...