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Billet de blog 8 nov. 2021

COVID 19 : "PROBABILITÉ D'UN ACCIDENT DE LABO A WUHAN :70 À 75%"

Pour le statisticien Gilles Demaneuf, l’hypothèse de la fuite accidentelle du coronavirus responsable du Covid-19 d’un laboratoire de Wuhan en Chine est aujourd’hui la plus plausible. Article du 07/11/2021 de "La Dépêche.fr" signé Pierre Challier.

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Publié le 07/11/2021 à 06:31 , mis à jour à 20:32

Spécialiste des données - data scientist - Gilles Demaneuf fait partie de DRASTIC, collectif pluridisciplinaire d’experts qui mène des recherches indépendantes sur les origines de l’épidémie de Covid-19.

Début 2020, vous commencez vos recherches sur l’origine de la pandémie. Pourquoi ?

Je suis ingénieur, diplômé de l’école Centrale Paris et une partie essentielle de notre formation consiste à prévenir les accidents industriels et les défauts de conception, que ce soit dans l’industrie nucléaire ou automobile par exemple. Ma formation me permet aussi de manier les outils probabilistes qui permettent d’évaluer ces risques, ou, tout du moins, de les encadrer. Concernant cette pandémie de Covid-19, la première chose qui m’a frappé a donc été la façon dont l’hypothèse d’un accident de recherche - soit dans un laboratoire, soit lors d’un échantillonnage sur site - a immédiatement été balayée sous le tapis. Ce qui a fait naître le doute en moi, c’est le communiqué du 9 février 2020, signé par 27 scientifiques, publié par The Lancet, revue médicale de référence. Il réfutait non seulement l’hypothèse d’un accident de recherches mais en plus, il assimilait d’emblée l’évocation de cette possibilité à de la désinformation et, pire, à du complotisme, présentant comme une certitude la zoonose, la contamination d’origine animale. 

Et c’était étayé ?

Non, justement. Cette affirmation n’était accompagnée d’aucune donnée : elle reposait sur des sophismes, des raisonnements d’apparence logique mais biaisés, en fait, pour sauter directement à la conclusion. On était dans l’argument d’autorité, pas dans la science qui exige d’étudier toutes les hypothèses de façon contradictoire. Cela m’a mis la puce à l’oreille. J’ai échangé avec André Goffinet, professeur à l’Institut de Neuroscience de Louvain (Belgique), pour qui la fuite était plausible. Il m’a orienté vers DRASTIC. J’ai fait un état des lieux avec Billy Bostinkson. Zoonose ? Accident ? Que savions-nous ? Avec DRASTIC, nous avons découvert énormément de données qui étaient dans le domaine public, en source ouverte, mais pas relayées. Ma partie étant avant tout l’analyse des données et les risques, j’ai commencé à travailler avec Rodolphe de Maistre, un ingénieur spécialiste des labos ayant une bonne expérience de la Chine, pour d’abord tenter de dresser un véritable état des lieux probabiliste afin de voir si, effectivement, l’hypothèse d’un accident était viable.

À quelle conclusion arrivez-vous ?

Concernant Wuhan, la première chose à constater, c’est d’abord que cette mégalopole de 11 millions d’habitants est aussi le premier centre mondial de recherche sur les coronavirus. Concrètement, les premières chauves-souris sont à 40 km, non porteuses d’un proche de ce coronavirus, tandis que le premier facteur de risque, à Wuhan, ce sont les laboratoires et les mouvements de chercheurs qui reviennent de voyage d’échantillonnage. Et qu’il y ait des marchés d’animaux et des connexions de transport modernes à Wuhan ne change en fait rien à l’équation. En chiffres, on arrive tout de suite sur 50 % de probabilité d’accident sans forcer. Cela est donc très différent d’une ville moyenne du sud de la Chine où le premier facteur de risque essentiel est probablement la zoonose.

Dans le nucléaire, on fait une analyse technique de la centrale et on évalue les risques en fonction des événements potentiels. Pour les labos de Wuhan, que peut-on faire ?

Peu après cette étude probabiliste, j’ai enchaîné avec Rodolphe de Maistre et Billy Bostinkson sur une étude détaillée des rapports techniques et de la maintenance des principaux laboratoires de Wuhan. Nous avons relevé des exemples d’une certaine « légèreté » comparée aux normes européennes en ce qui concerne les audits techniques, les validations de sécurité, et, par exemple, les problèmes d’évacuation des eaux usées. Avec les contrats de maintenance du WIV (Wuhan institute of virology), on a aussi pu voir que les Chinois avaient beaucoup « retouché » la technologie fournie par la France. On s’est également aperçu qu’ils sont totalement conscients d’avoir des problèmes de coordination et de supervision des règles et normes applicables mais qu’ils avaient aussi des problèmes de budget et de formation des personnels experts, laquelle prend beaucoup de temps. C’est un constat qui malheureusement est commun pour une bonne proportion de ces nouveaux laboratoires qu’ils ont construits rapidement et continuent à construire avec enthousiasme.

En conclusion ?

Tout cela reste compatible avec d’autres possibilités qui ne sont pas non plus à exclure, mais aujourd’hui nos travaux montrent qu’un accident de recherche est tout simplement le scénario dominant, à mon sens à 70-75 %.

Pourquoi un tel déni alors ?

Dans un régime totalitaire, l’état et son chef se doivent d’être infaillibles. L’erreur ne peut y être acceptée : la remise en cause de l’infaillibilité du pouvoir devient pour lui un problème existentiel, il la perçoit comme une menace pour sa survie.

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