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Billet de blog 20 juillet 2015

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Strasbourg: une teuf municipale pour dépolitiser

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Les Arts de la rue présentent des spectacles de qualité. Nous avons rendu compte de celui des Clandestines, qui racontent en paroles, chants et musique l’immigration italienne vers l’Amérique au début du siècle dernier. Un spectacle émouvant et politique à la fois.

Ce dimanche, il nous a été donné de suivre deux autres spectacles.

D’abord, sur la place de la cathédrale, devant la Poste, le GIGN.
Des clowns mimant les opérations très médiatisées de ces gendarmes d’élite qui ont cette année pour la première fois, défilé en même temps que le RAID, en tête des troupes le 14 juillet sur les Champs-Elysées.

On rit beaucoup au faux GIGN qui descend maladroitement des fenêtres supérieures de la Poste, et mime la discipline militaire de manière désopilante. Ils finissent par sauver un ourson coincé dans une fenêtre, après avoir bu comme des gamins de cour d’école des boissons en carton.

Cependant un doute nous a empêché de nous laisser aller complètement. Car, au moment où ils se moquent des gendarmes, ne renforcent-ils pas en même temps leur image de super héros surentraînés qu’on a vu à l’oeuvre dans de récentes interventions relayés en direct par des télés? Sans parler de leur concurrents et collègues du RAID qui on fait à Marseille une expédition nocturne brutale chez notre camarade Pierre Stamboul de l’UJFP  et ont mis 7 heures (de garde à vue) pour comprendre leur erreur.

Quant à l’autre attraction, en fin d’après midi, de la place Corbeau à la place Kléber, suivie par des milliers de personnes sur les trottoirs et aux basques des musiciens et comédiens-danseurs, elle nous a littéralement dégoûté.

Qu’on en juge. En tête, devançant de quelques mètres, les gros amplis tirés à la force humaine, le grand ordonnateur de ces festivités offertes gratuitement aux Strasbourgeois et aux touristes, Mathieu Cahn himself.

Puis, derrière les boites à gros son, un flûtiste habillé de blanc, à l’indienne. Un flûtiste? Tiens, tiens! Comme si Le joueur de flûte de Hamelin soi-même était redevenu des nôtres. D’ailleurs, suivant la petite troupe de danseurs-comédiens, venait une foule énorme de jeunes, remuant en rythme, un peu comme à la gay-pride.

Un ordonnateur un flûtiste, des jeunes… Certes ils n’allaient être noyés, sauf de décibels, car leur marche tournait le dos à l’Ill et au Pont-Corbeau, où jadis on torturait les condamnés.

Mais le plus écœurant était que, parmi les danseurs, de Corbeau à Gutenberg, on pouvait voir, entre autres, une jeune femme habillée en Tzigane et qui, avec un réalisme parfait, mimait devant les spectateurs sur les trottoirs le geste de la mendicité, la paume tendue et le visage douloureux.

Ce geste que les Strasbourgeois aperçoivent à nos carrefours et places dans l’hyper-centre. sauf que, dans ce cas, il s’agit, non de spectacle, mais de la dure réalité des familles de Roms venues de Roumanie, espérant une misère moins totale chez nous et la scolarisation de leur progéniture. [ http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-claude-meyer/110715/chaque-matin-apres-cinq-heures-des-roms-dont-un-enfant-de-9-ans-sont-chasses-par-la-police-st ]

Quand on sait comment la Ville de Strasbourg traite ces populations, des citoyens de l’Union européenne, soit, il y a peu, dans des campements-bidonvilles, soit dans des camps gérés par la municipalité où sous prétexte d’insertion, ils sont stockés selon un critère ethnique, à l’Espace Hoche, à l’Espace 16, à l’Écluse. Sans parler du sort encore plus misérable de ceux-celles, enfants compris, qui sont  chassés régulièrement par la police municipale du côté de la rue des Remparts, sur l’arrière de la Gare centrale.

Qui a donc l’esprit assez tordu ou le cynisme sans limite pour faire de la cruauté de la vie des Roms un spectacle?

Les Romains offraient “panem et circenses“, du pain et des jeux, aux populations qu’ils achetaient ainsi. Dans les municipalités du sud-est, tenues il y a des années par le Front national, on pouvait aussi observer cette dépolitisation volontaire, venue d’en haut, à coup de fleurissement de rues par des bacs bétonnés et autres fêtes folkloriques provençales – ici la ville offre à la jeunesse des musiques plus modernes qu’elle aime- laissant aux Vitrines de Strasbourg de M. Bardet les gilets rouges des orchestres brassicoles.

Une fois arrivé sur la place Kléber, tout ce monde, saupoudré de couleurs pétantes, continua à se bouger au rythme des danseurs-ses, cette fois vêtus de blancs comme dans certaines fêtes en Inde.

Dans un coin, les Témoins de Jéhovah prêchaient leurs paroles doucereuses à tous les angoissés et malheureux produits en série par la brutalité de la politique néo-libérale suivie par de prétendus “socialistes“.

Le grand-ordonnateur, content de lui, prenait quelques photos, planqué derrière la statue du général Kléber. Il pouvait se frotter les mains. Pendant que le peuple grec est littéralement étranglé, avec la complicité de la France, par la finance et les eurocrates, malgré son vote à plus de 60 % contre cette politique, alors que les mesures du libéralisme thatchérien le plus sauvage se suivent en France, l’entreprise de dépolitisation tourne à plein régime.

Merci les socialistes! Comme toujours, le capital vous sonne quand la droite n’arrive pas à ses fins. Vous avez l’art de tromper le peuple, lui promettant ceci, pour faire cela., comme votre président, et son probable successeur avec qui on ne Vallsera jamais.

Et vous, citoyens, citoyennes,  chantez, dansez, riez, embrassez qui vous voulez, ON s’occupe de vous au 9ème. Votez comme bon vous semble, de toute façon, ON ne tiendra pas compte de vos voix.

J C Meyer

http://la-feuille-de-chou.fr/archives/83660

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