«Rroms en France: pourquoi ne seraient-ils pas intégrables?»

La sénatrice du Val-de-Marne, Esther Benbassa organisait au Sénat, le 22 mars 2017, un après-midi de débat avec projection d’un film sur les Rroms de Strasbourg et interventions de divers "spécialistes" du sujet.

rroms-en-france-programme-benbassa-f2c

La sénatrice du Val-de-Marne, Esther Benbassa organisait au Sénat, le 22 mars 2017, un après-midi de débat avec projection d’un film sur les Rroms de Strasbourg et interventions de divers “spécialistes” du sujet.

120 personnes, dont de nombreux représentants d’associations et des intervenants auprès des populations de Rroms de toute la France, ainsi que plusieurs Rroms y ont participé de 15 à 18 h.

Après une présentation par la sénatrice, et l’introduction par son réalisateur d’un film tourné avec des Rroms de Strasbourg, ce qui expliquait la présence de l’adjointe aux Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé, flanqué du chef de la “mission rom”, Jean-Claude Bournez (lequel a perdu le procès en diffamation  intenté contre le directeur de la publication de la Feuille de chou), on visionna le documentaire, et s’en suivirent les interventions de la tribune.

Puis le débat commença, parfois un peu moins consensuel. Un des objectifs était de présenter l’expérience de Strasbourg comme un paradigme reproduisible dans d’autres villes de France, dont Paris, et sa grande région, où existent encore des bidonvilles et où les expulsions se suivent hiver comme été. Comme cela a été dit, le “modèle” strasbourgeois d’intégration des Rroms a même été présenté pour l’export, en Ukraine, sous l’égide du Conseil de l’Europe.

On pourra se faire une idée à travers les diverses interventions captées lors de cet après-midi. On peut en tout cas remercier l’organisatrice, Esther Benbassa, ainsi que Jean-Christophe Attias, et tous les participants, de la tribune comme de la salle, pour leur contribution au débat sur une réalité qui, rappelons-le, ne concerne que moins de 20 000 personnes, roumaines, bulgares ou d’autres pays de l’ex-Est, dans le pays et fait couler tant d’encre et sucite tant de haine et de rejet, mais aussi, heureusement, de solidarités.

Rroms en France
Quelques débats à prolonger

Au cours du débat entre la salle et la tribune, plusieurs points importants ont été évoqués sans pouvoir faire l’objet de développements à cause du temps restreint qu’on pouvait y consacrer. Aussi nous souhaitons les rappeler afin qu’ils puissent être repris et amplifiés par les uns et les autres plus tard.

Une distinction doit être posée entre les Rroms dont il était question ce jour, originaires de Roumanie, Bulgarie, Hongrie et d’autres pays de l’ex Est et les populations françaises d’origine rrom, appelées administrativement « gens du voyage » qui sont plusieurs centaines de milliers en France.Les uns et les autres se différencient eux-mêmes d’ailleurs. Les problématiques ne sont pas identiques en particulier pour l’habitat avec sédentarisation de familles conservant une mobilité dans l’année, la question du carnet anthropomorphique modifié mais pas encore abandonné à signer dans les gendarmeries, et d’autres questions encore.

La question se pose de savoir s’il faut distinguer parmi les populations pauvres les divers groupes, Rroms, migrants, réfugiés, immigrés et autochtones pauvres. On peut remarquer que c’est l’État et les collectivités territoriales qui établissent des groupes différents. Ce qui explique sans justifier l’existence à Strasbourg d’une Mission rom, alors que l’adjointe a aussi sous sa responsabilité d’autres pauvres. Dans les bidonvilles il y a principalement des Rroms mais pas que. Les « espaces d’insertion provisoire » leur sont réservés, et on assiste à une concentration ethnique sur les aires ouvertes et gérées par Strasbourg.

Les Rroms ne servent-ils pas de boucs émissaires, si on considère leur petit nombre comparé au torrent d’articles des médias et aux mesures spécifiques qui leur sont réservées.

On peut s’étonner que des citoyens européens soient traités autrement que des Belges, des Italiens ou tout autre pays.

Il faudrait s’interroger sur le sens qu’on donne au concept d’intégration. Il a été dit au débat qu’il ne s’agissait pas d’assimilation, mais encore ? Une personne est intervenue pour affirmer paradoxalement que les Rroms étaient les populations qui étaient les plus intégrées, car s’adaptant selon leur pays de résidence autre que le pays d’origine, aux us et coutumes et à la langue de ces pays, la scolarisation des enfants n’y étant pas pour rien.

Une seule intervention xénophobe a été entendue lors du débat, à propos des femmes opérant près de la Tour Eiffel, à partir de quoi, une généralisation abusive pouvait être faite. Une femme rrom a rappelé que si dans un panier il y a une pomme pourrie, cela n’entraîne pas que toutes les pommes le sont. Et après tout, en ce moment on entend beaucoup parler de gadjés voleurs de plus grosses sommes que des tireuses de porte-monnaie…L’un d’eux prétend même être président de la République..

On a aussi évoqué le vieux problème de l’opposition entre nomades et sédentaires. Quand la ville de Strasbourg met des sédentaires dans des caravanes, en refusant par exemple la perspective d’auto-construction présentée, elle brouille les perceptions.

La question de la scolarisation a été évoquée. On constate que les parents ne mettent pas les enfants à l’école maternelle. Et que souvent il y a évaporation après le collège. Il y a là probablement de acquis culturels différents qui gagneraient à être pris en compte.

De façon générale on devrait tenir compte de la culture de ces populations et ne pas les considérer comme des sauvages à qui il faudrait tout apprendre comme les colons prétendaient le faire aux colonisés. Il est facile mais pas fréquent de remarquer que nous aussi pourrions apprendre d’eux.

On peut aussi discuter des moyens de subsistance traditionnels et des expédients comme la manche, ou le guidage dans les parkings pour les hommes. La récupération et revente de ferraille étant un métier traditionnel comme la musique.

Des participants dont des Rroms ont dénoncé le mythe du vol d’enfants. Une affaire de ce genre avait défrayé la chronique du fait qu’un enfant à la peau blanche (albinos) avait été pris à tort pour un enfant enlevé !

On peut reconnaître que les Rroms comme toute autre population ont leur lot de maffieux qui les exploitent eux-mêmes, par exemple en louant des caravanes. Ce qui ne justifie pas que tous passent pour en être.

Les préjugés et la haine anti-Rrom ne cessent hélas pas. On l’a vu tout récemment en France où un membre du F Haine proposait de prélever les dents en or pour que les Rroms financent eux-mêmes les dépenses qu’ils causent ! Cela rappelle furieusement le fait que la ReischBahn faisait payer aux Juifs leur transport dans les camps de la mort, avec demi-tarif pour les enfants…

Toutes les vidéos, photographies

http://la-feuille-de-chou.fr/archives/95490

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.