recul du chômage, vraiment?

Avec une baisse de la population en emploi, des radiations innombrables, une baisse de la productivité, on nous annonce une baisse du nombre de demandeurs d’emploi.Je détaille le contexte économique et démographique de cette baisse, pour montrer combien cette annonce de baisse est surfaite.

Baisse du chômage, pour de vrai ?

En pleine lutte contre les reculs de l’âge de la retraite, et contre la diminution des prestations individuelles, l’annonce d’une « baisse du nombre des demandeurs d’emploi grâce aux efforts du gouvernement» mérite une analyse détaillée.

Un premier élément d’explication est donné dans une émission de France Culture qui détaille les motifs de sortie du chômage : les reprises d’emplois déclarées s’élèvent à 21%, la cessation d’inscription  « pour défaut d’actualisation » à 44%, les radiations à 8,6%, soit plus de 80 000 sur le trimestre...  (https://www.franceculture.fr/emissions/la-bulle-economique/ne-plus-demander-du-travail-est-ce-en-avoir-trouve-un-pas-vraiment .)

Les radiations des demandeurs d’emploi ont connu une croissance sans précédent, de l’ordre de 300 000 selon diverses sources, qui restent à confirmer. Ce chiffre de 80 000 personnes cessant d’être inscrites chaque trimestre vient étayer cette croissance des radiations. Cette violence de l’exclusion du chômage, et les restrictions à l’inscription doivent être prises en compte pour expliquer cette baisse du chômage. Malheureusement je n’ai pas trouvé de donnée statistique qui vienne étayer ce constat.

Les données démographiques :

En analysant les évolutions de la population active et en emploi, nous constatons une baisse simultanée en 2019, après une lente progression liée au recul constant de l’âge de départ à la retraite (cf. mon article précédent sur mon blog de médiapart).

 

les populations actives et en emploi entre 2016 et 2019 © JC Moog les populations actives et en emploi entre 2016 et 2019 © JC Moog
évolution des populations actives et en emploi © JC Moog évolution des populations actives et en emploi © JC Moog

 

 

 

 

 

 

 

 

La baisse  des actifs et des occupés est à mon sens lié aux menaces sur l’âge de départ à la retraite. D’après un certain nombre de témoignages, ces menaces ont incité des personnes dans l’expectative à prendre la décision de bénéficier d’une retraite « normale » au plus vite. En effet, seules les personnes en emploi peuvent opter pour le départ à la retraite, les autres sont liées aux évolutions des règles s’imposant à elles, qui ne cessent de reculer l’âge de départ à taux plein. Ils seront placés d’office en situation de retraite dès leur que leur situation administrative le permettra.

Au regard des menaces qui planent sur les régimes de retraites, et les informations déstabilisantes à leur sujet, il semble évident que nombre de personnes concernées par un départ à la retraite préfèrent un tient à deux tu l’auras (peut-être).

La population active décroit moins vite que la population occupée, mais le mouvement de baisse chez les « occupés » est supérieur à la baisse du chômage claironnée par les médias.

En faisant un minimum de comparaisons, il n’y a pas lieu de claironner sur l’effectivité de la baisse du chômage.

PIB et productivité

Le second constat reste l’influence des facteurs économiques sur l’évolution de l’emploi. En calculant une évolution proportionnelle au PIB du nombre de personnes occupées, je constate que l’évolution du PIB aurait dû générer une croissance mécanique de plus d’1,5 millions d’emplois, en cumulant les évolutions répercutées sur le graphique ci-dessous :

évolution du PIB © JC Moog évolution du PIB © JC Moog

  

l'effet calculé du PIB sur l'emploi © JC Moog l'effet calculé du PIB sur l'emploi © JC Moog

 

 

 

 

 

 

 

 

La productivité produit un effet mécanique inverse, visible sur les graphiques suivants. Nous constatons toutefois la faiblesse de son évolution, passant d’une moyenne voisine de 2% aux indices répertoriés ci-dessous, soit  une moyenne de 0.56% entre 2016 et 2019, impliquant une baisse du besoin d’emploi de -613 656 ETP, alors que sur la période, la hausse moyenne de la productivité des années précédentes aurait généré une baisse de -2 159 000 emplois. Ce sont dons 1,5 millions de chômeurs qui ont été évités du fait de cette baisse de productivité !

 

l'impact de la productivité en emploi © JC Moog l'impact de la productivité en emploi © JC Moog
évolutions de la productivité © JC Moog évolutions de la productivité © JC Moog

Lorsque j’ai évoqué la problématique de la productivité dans mon essai (Pour travailler tous demain matin), j’avais noté la corrélation entre la hausse de la productivité et les avancées sociales du type augmentation de la durée des congés annuels, baisse du temps de travail, de l’âge de départ à la retraite notamment.

L’hypothèse que la baisse de la productivité puisse être corrélée à la dégradation du climat social et la dégradation des conditions de travail me semble pertinente. Je ne pense pas utile de revenir sur l’état de conflictualité que nous vivons aujourd’hui.

Mais un autre facteur de dégradation des conditions de travail me semble devoir être rappelé : la plupart des structures productives subissent des regroupements, des concentrations ou des mises sous tutelle qui écartent des décisions quotidiennes des agents et des personnes en charge des tâches, déshumanisant les activités et concentrant les prises de décisions. Ce mode de gestion concentrant les pouvoirs génère le retrait et l’absence d’engagement, tout en complexifiant l’exécution des tâches. Je considère qu’il s’agit d’un facteur de baisse de la productivité sur lequel je pense revenir dans un prochain ouvrage.

Ainsi, par un curieux effet de corrélation, la dégradation du climat social aiderait à ne pas augmenter le chômage.

Le cumul des effets de la productivité et du PIB indique le besoin d’emplois calculés. En effet, nous pouvons constater que ce selon ce cumul, le besoin d’emploi  aurait dû se monter à plus de 958 000 emplois. En réalité, ceux-ci ne sont pas au rendez-vous.

l'es effets cumulés du pib et de la productivité sur l'emploi © JC Moog l'es effets cumulés du pib et de la productivité sur l'emploi © JC Moog

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore faut-il expliquer ce déficit de 539 000 créations d’emplois, à savoir la différence entre l’augmentation de la population occupée (+419 000 sur la période) et le besoin théorique d’emploi.

Pendant les « 40 souffreteuses » qui ont suivi les 30 glorieuses, les réductions du temps de travail et le l’âge de départ à la retraite ont permis de contrebalancer le chômage induit par la hausse de la population active et la baisse du besoin d’emplois. (cf. « pour travailler tous demain matin »)

L’exemple des 4 dernières années relève d’une structure différente : la population est stabilisée et les pertes d’emploi liées à l’augmentation de la productivité régressent, dans le cadre d’un produit intérieur brut qui continue à croitre (pour mémoire, notre croissance dépasse l’intégralité du PIB de nombre de pays). Cette croissance devrait générer de l’emploi, qui, comme constaté plus haut, n’est pas au rendez-vous.

En analysant les politiques publiques et les services mis en place, je constate une régression des services publics mis à disposition de la population et plus particulièrement des plus démunis. Ainsi, toutes les mesures visant à dématérialiser les relations entre les citoyens et les services publics détruisent de l’emploi salarié, tout en excluant une grande part de la population de toute possibilité de résolution de difficultés, et en complexifiant sa vie quotidienne.

Toute la politique de réduction du service public liée à la dette générée par la crise bancaire de 2008 amplifie cette mise à l’écart du service du au public, qu’il s’agisse d’enseignement, de formation, de soins, de transports publics notamment.

Alors que la croissance de ces services devrait à minima être identique à celle de la population globale, les politiques mises en place visent à  réduire et  déstabiliser ces services. Les données statistiques que j’ai pu consulter s’arrêtent en 2016, mais les annonces et les projets gouvernementaux, avec le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux notamment, correspondent à des pertes d’emplois massives : quel plan social est mis en place pour la suppression annoncée de 120 000 emplois par an du fait du prince?  

Et « En même temps » la politique d’emploi dans cette même fonction publique amplifie la contractualisation, tout en réduisant considérablement l’attractivité des postes et les possibilités de recrutement au sein des fonctions publiques.

La durée du travail (et sa réduction) ont eu un effet important entre 1975 et 2015. Par contre les dernières évolutions ont un effet marginal, en termes d’emplois, et s’accompagnent d’un accroissement sensible de la proportion de travailleurs à temps partiel, et partant, de la précarisation.

  

l'évolution du temps de tragvail en ETP © JC Moog l'évolution du temps de tragvail en ETP © JC Moog
les évolutions du temps de travail © JC Moog les évolutions du temps de travail © JC Moog

L’évolution de l’ensemble des facteurs correspond à une hausse des besoins d’emplois, comblée par  une prolongation de la durée d’activité professionnelle, au détriment d’une répartition du travail disponible équitable et pérenne.

effet cumulé de l'ensemble des facteurs © JC Moog effet cumulé de l'ensemble des facteurs © JC Moog

A Benfeld, le 1° février 2020,

Jean-Claude Moog

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