"concertation" retraites

A partir des communications gouvernementales, une critique de la transformation des retraites.

Atelier retraite :

Dans les prémisses de votre texte, vous considérez qu’il faut créer un système universel de retraite, alors que toutes les personnes ayant effectué un travail salarié et déclaré bénéficient, en France, au titre de leur activité salariée, d’une retraite obligatoire, de régime général, mais aussi de retraites complémentaires, variables selon leurs employeurs. Vous faites comme si ce système n’existait pas avec la formulation « le gouvernement vise à créer un système universel de retraite » : Vous vous engagez d’ans une manipulation massive en amalgament le changement que vous voulez mettre en œuvre à la création d’un système de retraite universel.

Vous faites état d’une concertation, alors que dans la pratique vous imposez un débat biaisé, restreint, n’autorisant les participants à ces séances qu’à répondre aux propositions balisées que vous imposez. Ainsi, dans l’atelier auquel j’ai participé à Strasbourg, l’animateur de la table ignorait systématiquement les positions exprimées à sa table, et notamment les oppositions, pour ne prendre note que des retours sur les thèmes qu’il imposait au forceps. Et lorsqu’une question qui ne rentrait pas dans vos schémas, vous a été posée vous l’ignoriez cyniquement

Il en va de même de votre site « participatif », dans lequel aucune place n’est laissée aux commentaires et aux remarques autres que celles que vous prescrivez.

Vous ne pouvez pas parler de concertation lorsque votre seul projet est de faire passer à force de « pédagogie », ou plutôt de manipulation, vos vues et votre position.

Les critiques de la disparité et de la complexité de la multiplicité des régimes de retraites sont recevables, mais ne justifient aucunement qu’il faille bouleverser son mode de fonctionnement et de calcul actuels.

Le principe de base que vous énoncez est de considérer que toutes les activités professionnelles ont un impact neutre sur la santé et la longévité des travailleurs. Les données réelles en termes d’inégalité de longévité et de  durée de vie en bonne santé contredisent ce parti pris de nivellement.

Dans la disparité des régimes, il convient de différencier  ce qui relève du rétablissement, par le régime de retraite, d’une égalité d’assurance de revenu en bonne santé après les années de travail et ce qui relève d’avantages liés à la position stratégique de certaines entreprises, et de la capacité de pression de leurs  salariés de ce fait.

Ainsi, des secteurs monopolistiques ayant une capacité immédiate de perturber la vie économique auront-elles  des capacités à revendiquer que n’auront pas d’autres secteurs moins névralgiques. Ces disparités fondées sur des rapports de force sont escamotées, pour ne pas amener à un alignement sur le mieux disant.

Si les droits à la retraite doivent être comparés, s’il s’agit bien de le faire, c’est en fonction de droits équivalents à bénéficier d’une retraite pour tous, quelle que soit l’activité professionnelle passée, en tenant compte de ses risques pour la santé et la longévité des travailleurs. A partir de cette comparaison, il sera possible de procéder à des améliorations, mais en gardant un certain nombre de règles de base, et en considérant la protection sociale comme un ensemble, et non comme un amalgame de prestations dispersées.

Ainsi, les prestations de chômage liées aux ruptures conventionnelles permettant à des salariés de quitter leur emploi 3 ans avant la date de prise de retraite, tout en validant leurs trimestres et en bénéficiant de la non imposabilité de leur prime de rupture, reportent les rémunérations autrement supportées par le régime de retraite sur l’assurance chômage. Il en va de même des arrêts maladie des salariés en fin de carrière, liés à l’usure professionnelle, et qui représentent près de la moitié des dépenses de ce secteur de la solidarité.

En outre, au regard du nombre non extensible d’emplois, chaque personne maintenue au travail après l’âge raisonnable de départ à la retraite occupe un poste qui ne sera pas disponible pour l’entrée en emploi d’un plus jeune.

La sectorisation, le morcellement de la protection sociale et de sa conception visent à démanteler cet ensemble par pièce, alors que sa cohésion et sa cohérence sont une garantie de son bon fonctionnement et de la  validité de la protection sociale dans son ensemble.

Vous prétendez que votre projet est d’assurer le respect des grands équilibres financiers. Lorsque vous dites cela, vous oubliez d’ajouter que cela se place dans les perspectives prescrites par l’union européenne, à savoir assurer aux retraité une part du PIB de l’ordre de 13%, et non de maintenir leur rémunération sur les bases de leur activité salariée passée. En effet, inscrire une part fixe de cotisations proportionnelle au PIB implique que cette somme fixe sera répartie entre les ayant-droits en fonction de leur nombre et des ressources  conjoncturellement disponibles, et non en fonction d’une base stable déterminée au moment du départ à la retraite. C’est d’ailleurs à ce stade que l’on peut le mieux constater l’arnaque : en fixant d’emblée, avant même les discussions et les arbitrages un taux de cotisation à 28%, vous figez la possibilité de faire évaluer la retraite en fonction des effectifs de retraités et de leur situation de revenu au moment de leur activité. La répartition se fera en fonction de la conjoncture et du nombre de personnes concernées, avec une imprévisibilité chronique.

Bien entendu, vous affirmez en conclusion de votre pensum que ce ne seront pas les actifs actuels qui pâtiront de la transformation du système, mais ceux qui viendront plus tard. A ce titre, vous préparez discrètement les générations montantes en leur fixant leurs droits à ce jour, sans les informer des bouleversements que vous prévoyez. Vous poursuivez ainsi les pratiques de tous ceux qui ont réduit précédemment les droits à retraite sous prétexte d’ « équilibrer les comptes », en épargnant provisoirement les salariés en poste pour frapper en toute opacité les nouveaux entrants!

Vous partez de constats d’inégalités pour prescrire une purge, au lieu de vouloir, à partir des systèmes existants, comparer leur bien fondé, leurs avantages et leurs inconvénients pour proposer des convergences progressive vers une amélioration et une cohérence globale.

Vous espérez profiter, pour cela, de la division syndicale et de l’absence (provisoire) d’une force d’opposition qui puisse empêcher la manœuvre à court terme.

Pour ma part, je m’emploierai à dénoncer autant que je peux ce forfait.

Avec l’expression de mon absence totale de considération.

Jean-Claude Moog

 

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