qui parle de solidarité?

Au moment de débattre des moyens économiques de la crise, l'Allemagne se retranche derrière une soi-disant vertu financière. Pourtant, celle ci ne repose que sur l'escamotage de ses dettes successives. Il faut le rappeler sans cesse aux représentants politiques de l'Allemagne.

Vous avez parlé de solidarité ?

En raison de l’épidémie virale actuelle du covid 19 et du confinement imposé pour répondre à la pandémie, l’économie mondiale est très largement freinée, avec des conséquences potentielles massives sur l’emploi pour la suite.

Une des réponses envisagée est de créer un emprunt européen dont la charge serait répartie sur l’ensemble de l’Union Européenne. Cette idée se heurte au rejet allemand de « payer pour les autres ».

Peut-être convient-il de rafraîchir la mémoire aux allemands.

La dette allemande :

Elle a résulté en 1919 des pénalités imposées à l’issue de la première guerre mondiale. Celles-ci sont une réponse aux pénalités payées à l’Allemagne par la France, après la guerre de 1870, à la suite de laquelle l’Alsace et la Moselle ont été incluses à l’Allemagne.

En 1923, l’Allemagne fait défaut et baisse des annuités, en 1930, nouveau défaut allemand et nouveau rééchelonnement sur 59 ans. En 1933, les nazis arrêtent les paiements, en 1953, il y a  annulation des 2/3 de la dette des réparations de la première guerre mondiale, de 22.6 à 7.5 Mds de marks, avec engagement à régler le solde lors de la réunification. Cet engagement est bafoué depuis par Helmut Kohl, puis Angela Merkel qui a pris sa suite.

C’est cette annulation de la dette allemande qui a permis la construction de l’Union Européenne, en sortant du cycle infernal réparation-revanche instauré en 1870 par Bismarck.

Puis la réunification allemande a couté 100 milliards à la France dans les années 90, du fait de son augmentation unilatérale des taux d’intérêt et du siphonage financier qui en a résulté. Ces manœuvres ont permis la mainmise de l’Allemagne sur les entreprises des anciens pays de l’Est. Cette mainmise permet de comprendre les évolutions nationalistes de ces pays.

Aucun pays n’a réellement présenté à l’Allemagne la facture de ses dommages après la seconde guerre mondiale. A titre d’exemple, le montant de l’emprunt forcé et des dommages de guerre causés à la Grèce par l’Allemagne nazie est de 272 Mds d’€uros. Je n’ai pas connaissance d’un chiffrage similaire pour les autres pays européens, mais si on compare leur poids économique à celui de la Grèce, nous pourrions multiplier cette somme par 60 ou 70, soit entre 19 000 Mds et 21 000 Mds d’€uros (en lettre dix-neuf mille milliards d’euros et vingt et un mille milliards d’euros).

L’Allemagne a payé 115 millions de marks au royaume de Grèce en 1960, au titre des préjudices subis par les victimes du nazisme, ce qui ne concerne ni le « prêt forcé » lors de la seconde mondiale, ni les dédommagements au titre des crimes de guerre ou des destructions infligés pendant cette période.

En résumé :

Les politiciens allemands se sont défaussés des dettes antérieures, des réparations des crimes commis par l’Allemagne nazie. Ces dettes et ces crimes sont incalculables, inexcusables et inoubliables. Leur puissance financière est générée par l’escamotage de ces dettes et de ces crimes, les financements du plan Marshall et le siphonnage des finances européennes depuis 1990.

Mais ils réclament à la Grèce les sommes dues aux titres de créances privées causée par les manœuvres spéculatives de leurs banquiers.

Alors que leur prospérité repose sur l’escamotage ou le non-paiement de leur dette, après un pillage par la force de l’Europe, ils récusent toute solidarité financière aujourd’hui. Cherchez l’erreur !!!

Et après ?

Pour le moins faudrait-il rappeler à toute occasion aux représentants de l’Allemagne sur quoi repose leur prospérité pour contrebattre leur propension à diriger l’Europe. Et pour sortir de cette situation de permanence d’une culpabilité collective de l’Allemagne, permettre à chacun des « Länder » d’y renoncer en demandant à s’extraire des résidus des différents « Reich » allemands.

Jean-Claude Moog

(Sources, Okeanews, interview Arte de T. Piketti, discours d’A. Tsipras., Sirisa, Médiapart, « Le Hareng de Bismark »)

 

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