Nouvelle Donne, autoritarisme et manipulations.
La brève histoire de Nouvelle Donne ne mérite pas forcément que l’on s’y attarde. Toutefois, je vais rapidement l’évoquer pour éviter à ceux qui ne l’ont pas vécue de s’y perdre.
Cette histoire a commencé par la création d’un parti politique, prétendument en novembre 2013.
Celui-ci reprenait des thématiques du courant 4 du PS, comme les idées de séparation des activités bancaires, la taxation des transactions financières, le partage du travail, l’économie d’énergie notamment. Il appuyait ce projet politique sur des énoncés de principes de respect démocratique des minorités, de non cumul de mandat, d’honnêteté politique.
Ce projet a rapidement mobilisé près d’une centaine de personnes dans le Bas-Rhin, une cinquantaine dans le Haut-Rhin. Personnes qui ont réfléchi collectivement au début de projet politique, pour le préciser et l’intégrer. Des groupes de travail thématiques et des assemblées plénières ont pu proposer des textes.
Ensuite, l’action s’est focalisée sur les élections européennes.
Je donne mon point de vue de participant actif à la préparation de campagne avant fin mars, puis de spectateur éloigné de l’action pour des raisons personnelles.
Lors des premières réunions de janvier, j’avais proposé un groupe « organisation ». Celui-ci, composé de 6 personnes au départ, n’a été réuni que deux fois, puis a été suspendu par sa coordinatrice, qui fin janvier considérait qu’il n’y avait « rien à faire ». Ces réunions ont été organisées sans que l’ensemble de ses membres ne soient consultés quant à la date. De fait je n’ai pu y participer pour indiquer tout ce qu’il y aurait eu à faire… organisation de réunions publiques, animées par les groupes de travail thématiques, tractages, recherche de débats publics, toutes choses qui se prévoient largement en avance… Une occasion de structurer la campagne ratée.
Le staff parisien a brillé par son incapacité et son indétermination: pas de budget prévisionnel, pas de budget de campagne, il a fallu passer une semaine d’échanges méls avec notre correspondant en espérant corriger ses erreurs à répétition, pour finalement sortir un projet de tract que j’avais préparé, pas de local de campagne, merdouillage complet sur des outils web, j’en passe… Du grand n’importe quoi auquel nous étions déjà confronté au collectif Roosevelt, avec les mêmes salariés.
La question des critères de choix des candidats reste entière … S’agissait-il d’avoir des candidats sans culture ni expérience, « comme tout le monde » ou des personnes à même d’intervenir dans un débat politique en ayant une argumentation pertinente ? La première solution a été retenue, sélectionnant des candidat(e)s ignorant(e)s de nombre de sujets, et se cantonnant à des généralités.
Après la conférence de presse et une première apparition publique, aucun article, aucun suivi médiatique n’est plus apparu. Il n’y a guère eu de participation aux débats publics locaux ; il n’y a pas eu de diffusion mél locale organisée, mais une avalanche de messages d’opinions sans réel contenu informatif avec quelques dérapages comme un mél de d’une candidate à toute la liste de diffusion Alsace, critiquant les affiches électorales : peut-on faire mieux ?
Lorsque j’ai posé ces questions de structuration et d’organisation, il n’y a pas eu de réponse. Peut-être cette absence de réponse était-elle liée à l’absence de réflexion et d’organisation de la campagne.L’absence de communication des actions prévues, d’un quelconque plan de campagne ne permettait pas à des personnes ne pratiquant pas les réunions de se joindre à des actions ponctuelles. La faiblesse du groupe de campagne montre bien l’absence de dynamique et le peu de compétence du directeur de campagne à fédérer et à dynamiser une équipe.
Le résultat est à la mesure de ces difficultés (30% de moins que dans les autres régions). Et loin de l’objectif qu’affichait Pierre Larrouturou en début de campagne, à savoir battre le PS !
Ce premier ratage s’est accompagné de la mise en place d’un processus de rédaction initié par un certain Patrick Beauvillard, soi-disant coprésident de Nouvelle Donne.
Partant d’une théorie appelée « sociocratie », il a mis en place un processus de rédaction des statuts centralisé et opaque.
Pour faire court, un petit groupe coopté par le bureau national a centralisé et sélectionné des idées issues des comités locaux, les a transformés en deux questionnaires fleuves successifs. Plus de 3000 personnes ont participé au premier questionnaire, répondant seulement à moitié aux questions. La moitié seulement a participé à la seconde consultation, avec des résultats à certaines questions à 50.5/49.5%. De cette seconde consultation inexploitable sont sortis des statuts ne garantissant aucune représentativité des comités locaux ou régionaux, ni aucune expression de tendances ou de courants organisés.
Cette manœuvre a surtout eu pour résultat de mettre en place des statuts permettant toutes les manipulations du parti par ses créateurs.
Ces statuts ont été approuvé par près de 1000 personnes, alors que dans ses interviews, Pierre Larrouturou revendique 12000 adhérents ! Cherchez l’erreur.
Pendant ce temps, un groupe local qui proposait un mode de gouvernement statutaire alternatif a été « mis sous tutelle », c’est à dire empêché de fonctionner par le bureau national.
Là encore, pour faire court, le staff parisien a mis en place une procédure confidentielle de résolution du conflit, baptisée conciliation, qui s’est soldée par le départ de l’intégralité du groupe désigné en juillet dernier pour conduire le collectif local !
Pour ma part, pendant cette année d’observation de Nouvelle Donne, j’ai surtout constaté
Une restriction paranoïaque de la diffusion des listes d’adhérents aux Comité locaux, qui ne pouvaient pas savoir qui était adhérent,
L’opacité et l’approximation financière, tant pour les élections européennes que pour le budget national, ou le projet sur la lutte contre le chômage.
Le mépris des Comités Locaux, tenus à l’écart des instances de décisions, sans représentants pouvant se réunir nationalement, mépris concrétisé par l’aumône concédée au titre de leur fonctionnement
Le refus permanent et délibéré d’associer des représentants des CL à la direction du mouvement
La communication nationale du type pravda, dont certains étaient exclus par « accident »
L’incapacité d’analyse politique du résultat des européennes
Le détournement et stérilisation du processus d’élaboration démocratique des statuts
L’absence de prise en compte des alertes sur ces sujets
La manipulation des statuts pour empêcher les débats d’orientation politique
Le projet de nouvelle donne a su mobiliser des énergies et des personnalités dynamiques.
La force du message de nouvelle donne a été la formulation d’objectifs politiques et d’actions claires, lisibles et pertinentes. Son atout a été de formuler des principes d’actions basés sur l’honnêteté du discours et la conformité du dire au faire.
Mais le grand écart entre les pratiques et le fonctionnement, et les intentions affichées au départ discrédite le mouvement, et son projet.
Le nouveau parti n’a ni réussi à agréger les « fondeurs du PS », ni suscité suffisamment d’adhésion pour avoir un score notable aux européennes, ni su garder l’engouement de départ de quelques personnalités médiatiques, qui ont rapidement fait défection. De plus, son mode de structuration le renferme sur un fonctionnement centralisé et fermé.
L’amateurisme de sa direction, les décisions précipitées et les sanctions prises à l’encontre de militants ou de comités locaux referment son fonctionnement dans des pratiques anciennes largement critiquées.
Pour ma part, je passe à autre chose…
Jean-Claude Moog