Cahier de « doléances ».

Alors que le président en "exercice" prétend mettre en place un grand débat, il s'agit d'affirmer quelques préalables, quelques exigences pour que ce débat soit effectif;

Monsieur le maire de Benfeld

Dans votre lettre d’information électronique du 11 janvier, vous notifiez qu’un « cahier de doléances » destiné au « grand débat national » est disponible jusqu’au 15 janvier.

Vous publiez une information confidentielle pour préciser que la participation citoyenne est ouverte pendant deux ou trois jours ouvrés dans votre mairie…

Je préfère ne pas commenter la réactivité et les modalités d’informations, pour pouvoir rester civil.

A ce jour, je ne souhaite pas exprimer de doléances aux tenants du pouvoir, car nous ne sommes pas des sujets exprimant des requêtes mais faire part d’exigences citoyennes.

L’ensemble de la représentation citoyenne se réclamant de la structure politique en dite « en marche » a promulgué des décisions contraires à la devise de la république, à savoir « liberté-égalité-fraternité ». A ce titre, ces délibérations sont refusées par une grande majorité de citoyens qui manifeste sa sympathie avec les revendications du mouvement dit « des gilets jaunes », qui exprime fermement ce rejet.

La vitalité de ce mouvement a mené le pouvoir en place à une répression massive de ses manifestations, à mettre en œuvre un arsenal répressif inégalé pour un régime qui se prétend démocratique.

La première exigence, pour apaiser la tension, est de mettre en place une commission d’enquête sous la responsabilité du défenseur des droits, faisant la lumière sur les limitations du droit à manifester, les violences policières et des personnes présentes sur les lieux de manifestation.

La seconde exigence est de prohiber tout usage de matériel d’agression par les forces de police, matériel qui ont blessé ou mutilé plus de 2000 personnes depuis décembre, et  de prohiber toute pratique visant à limiter l’accès des lieux de manifestations.

Le pouvoir en place s’est profondément discrédité par son refus d’entendre la révolte que suscitent ses mesures. Cette cécité l’empêche de comprendre le bien-fondé de ce mouvement, et partant d’être en position de mettre en place un débat de fond. Il a par ailleurs vidé ce débat de toute perspective, en affirmant vouloir continuer les politiques de régressions sociales qui ont soulevé une grande partie de la population contre elles.

A ce jour, nous avons pu expérimenter la concertation mise en place pour transformer les régimes de retraites : celle-ci était organisée et pilotée de manière à ignorer l’expression des refus de la transformation visée, et à faire passer le message gouvernemental.

L’exigence à opposer à cette démarche pilotée par le pouvoir en place est de donner les moyens matériels et logistiques à la population, sans restriction et sans limite, afin qu’elle puisse proposer, dans la plus large autonomie, des réflexions et des solutions répondant à ses besoins effectifs. 

Ce travail de longue haleine ne peut être improvisé pour répondre aux révoltes immédiates.

L’annonce d’un arrêt des transformations sociales, la remise en œuvre des soutiens et des aides, même modestes, qui ont été supprimées, la suppression des prélèvements abusifs à l’encontre de la grande majorité de la population permettra de prendre en considération la volonté de débat à laquelle prétend le pouvoir en place.

Cette concession permettra de considérer que le débat peut être suivi d’effets, et favorisera les réflexions politiques permettant de sortir de la logique de moins disant social à l’œuvre aujourd’hui.

Ce travail de réflexion collectif est en cours de manière autonome et dispersée, il convient de rechercher les moyens d’unifier et de coordonner ces réflexions, plutôt que d’engager une consultation dirigée par un gouvernement discrédité, sans garantie sur son impartialité.

Pour moi, les exigences pour qu’un débat soit une réalité et non un faire-valoir et une imposture sont les suivantes:

  • L’affirmation de la prise en compte des réflexions et des propositions qui seront issues du débat, et non l’affirmation à priori de la poursuite des mesures de régression sociale mises en œuvre depuis une décennie.
  • L’arrêt des politiques d’austérité sociale et salariale, la remise en place des droits sociaux minorés depuis 18 mois jusqu’à ce que de nouveaux axes politiques soient validés par l’expression populaire.
  • La mise en place d’une commission d’enquête sur les violences lors des manifestations, notamment des violences policières, et la diffusion de ses conclusions. Celles-ci devront notamment mettre en lumière les conditions de mise sous tension des manifestations. Cette commission d’enquête devra aussi faire la lumière sur les pratiques d’infiltration policière des manifestations. Les conclusions de cette commission indépendante devront largement être rendues publiques.

Fait à Benfeld le 14 janvier 2019                                                            

Jean-Claude Moog

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