retraite et chômage

Cet extrait de mon essai montre la relation directe entre l'allongement de l'activité et le chômage de masse.

L’argumentation du gouvernement pour la remise en cause des retraites s’appuie sur des données économiques et démographiques largement diffusées.

J’analyse, dans mon essai « pour travailler tous demain matin », (éditions Les 3 Colonnes) un certain nombre de ces évolutions.

Dans un premier temps, je constate la stabilité du nombre d’emplois (pages 10 à 35). Je constate aussi le transfert des richesses vers les nantis (pages 81 à 87).

Dans ce contexte, je reviens sur les évolutions de l’activité par tranches d’âges (pages 57 à 80).

Je vous livre ci-dessous l’analyse de l’évolution des 50 à 64 ans, tant du point de vue de la démographie que de l’activité.

 

La population de 50 à 64 ans

L’évolution de la population des 50-65 ans est à l’opposé de celle de la classe d’âge des 15-24 ans. En effet, son augmentation est constante, depuis 1968. Elle passe de 7,5 millions de personnes à 12,7 millions, avec des variations selon les quintiles. Ainsi, les enfants nés entre 1921 et 1924, ayant subi la deuxième guerre mondiale à l’âge d’être militaires sont-ils remarquablement peu nombreux (1,7 million) à avoir atteint la soixantaine en 1975, alors que les « baby-boomers » sont pratiquement deux fois plus nombreux à y arriver en 2009 et 2014.

démographie de la tranche d'âges de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog démographie de la tranche d'âges de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog
En 75 les effectifs des 50 à 64 ans sont inférieurs de 41 % à ceux de 2014. Cette année-là, les 55 à 59 ans ne représentaient que 41 % des effectifs de la même tranche d’âge en 2014. Cette tendance est rendue plus perceptible par le calcul des évolutions cumulées des effectifs : à chaque recensement, j’ai ajouté la différence de population par rapport au recensement précèdent.

évolution de la population de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog évolution de la population de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog
L’effectif de cette tranche d’âge augmente de 5,1 millions de personnes entre 1968 et 2014. Cette évolution est quasiment identique pour tous les quintiles, en dehors du décrochage de la tranche 55 à 59 pour le recensement de 1975.

Cette évolution de la population est liée à l’accroissement de la longévité et de l’espérance de vie en bonne santé de l’ensemble de la population, ainsi qu’au nombre de « baby-boomers » atteignant progressivement cette tranche d’âge.

La courbe de la population active de la tranche d’âge augmente entre 1975 et 1982, passant de 4,3 millions de personnes à 4,6 millions, pour ensuite décroitre dès 1983 de 149 000 personnes, allant jusqu’à une baisse cumulée de 714 000 personnes en 1993.

Elle remonte ensuite progressivement et dépasse le niveau de 1983 à partir de 1999.

L’emploi des 50-64 a donc diminué pendant 16 ans, pour ensuite augmenter  rapidement. Globalement cette population active est passée de moins de 4 millions en 1975 à plus de 7,5 millions en 2013, puis 8,2 millions en 2016.

évolution de la population active de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog évolution de la population active de 50 à 64 ans © Jean-Claude Moog
Comme pour l’ensemble de la population, cette évolution est liée au rattrapage de la participation à l’activité salariée par les femmes, entre 1975 et 1993. Mais pour la tranche d’âge, l’activité est restée en deçà de la moyenne du taux d’activité globale du pays, avec au mieux du décrochage, dans les années 90, une sortie de 2 millions de personnes de l’activité. Au regard des effectifs de population d’une année, la diminution correspondant aux années de retraites anticipées acquises par le passage du départ à la retraite de 65 à 60 ans.

évolutions des populations 50 64 ans actives et en emploi © Jean-Claude Moog évolutions des populations 50 64 ans actives et en emploi © Jean-Claude Moog
Ces évolutions ont ensuite été contrecarrées par les différentes mesures de prolongement de l’activité mises en œuvre à partir de 1993, par les différents gouvernements de droite. Il s’est agi dans un premier temps de réduire les différentes modalités de départ anticipés et de préretraites, puis de prolonger l’activité salariée au-delà des 60 ans.

La prolongation de la durée de cotisation pour atteindre la retraite à taux plein est passée de 37.5 ans de travail à 42 ans. Cette tendance se manifeste par le décrochage des courbes de population active et en emploi à partir de 2009. À partir de cette date, les procédures de rupture conventionnelle ont permis de substituer le chômage en fin de carrière à l’accès à la retraite.

La population active de cette tranche d’âge passe de 3,9 millions de personnes en 1993 à 8,1 millions en 2015, soit plus du double. La population en emploi passe de 3,9 millions à 7,5 millions, soit une augmentation identique.

La population totale de cette tranche d’âge passe de 7,5 millions à 12,8 millions. L’augmentation en effectif de la population totale (4,3 millions) et de la population active (4,2 millions) est similaire.

L’augmentation de la population en emploi est de 2,6 millions. Ainsi, l’augmentation de la population active excède de 1,6 millions celle de la population en emploi. L’augmentation de la population totale n’est que de 45 %, loin du doublement des personnes en emploi ou actives.

Si le taux d’activité des 50-64 ans était resté identique à celui de 1993, la population active de la tranche d’âge serait de 5,7 millions au lieu de 8,1 millions.

Ce sont près de 2,4 millions de personnes qui restent en activité au lieu de bénéficier de la retraite. Cette augmentation est due à l’abandon des mesures de retrait anticipé de l’emploi et à l’abandon de la retraite à 60 ans après 37,5 annuités.

 

Étude des évolutions des 60 à 64 ans :

La population de 60 à 64 ans passe de 2,6 à 4 millions entre 1975 et 2014, son taux d’emploi passe de 38,4% en 1975 à 25,1% en 2014, avec un minimum de 10% en 2001, qui correspond à l’effectif minimum en emploi. Le taux d’emploi masculin était de 51% en 1975, taux qui me permet d’estimer l’effectif maximum en emploi, rapporté à la tranche d’âge. Toutefois, cet effectif est loin de celui que nous pourrions envisager avec un taux d’activité équivalent à celui de la tranche d’âge des 25-49 ans, qui est de 88,9%.

simulation des variations des 60 à 64 ans en fonction des taux d'emploi © Jean-Claude Moog simulation des variations des 60 à 64 ans en fonction des taux d'emploi © Jean-Claude Moog
En reprenant l’évolution démographique, la population active, en 2014 aurait été de 3,5 millions de personnes avec le taux d’activité des 25-49 ans, soit +2,5 millions de personnes par rapport à l’emploi effectif, de 2 millions avec le taux d’emploi masculin des années 1975, soit +1 millions de personnes, et de 0,4 millions avec le taux d’emploi minimal pour la tranche d’âge, soit -0,6 millions de personnes. Ces projections permettent des comparer l’impact des politiques de recul de l’âge de la retraite sur l’emploi, et partant, d’évaluer le chômage induit par ces mesures.

Retraites et emplois :

Cette analyse permet de constater l’effet direct des politiques de régulation de la retraite et leur impact sur le chômage : l’effet de l’abaissement de l’âge de la retraite a permis de faciliter l’accès à l’emploi des plus jeunes en libérant des postes.

Le recul des âges de départ a eu l’effet inverse, que j’ai quantifié ce dessus.

Le chômage de masse précarise les salariés, et permet une pression sur les conditions d’emplois et de rémunérations.

Au regard de ces constats, le projet gouvernemental amplifie et pérennise cet effet de précarisation en remettant en cause une conquête sociale, et en amputant les retraites individuelles, tout en prétextant maintenir leur niveau global.

Jean-Claude Moog

 

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