Bascule

La pandémie permet au pouvoir en place de de délier de la démocratie pour décider, sans contrôle, et malgré son inconséquence.

Bascule ?

Depuis quelques jours, depuis la décision de confinement édictée par le président de république, nous sommes entrés dans une nouvelle ère politique.

L’ensemble des modalités de fonctionnement démocratique est suspendu aux décisions du pouvoir exécutif.

Les décisions de confinement, les sanctions et leur application sont appliquées sur l’ordre d’un seul, sans débat, à l’abri de la démocratie, après que le même ait écarté ce débat en minimisant le risque depuis son émergence.

Il est vrai qu’auparavant, celui-ci ne s’en embarrassait guère, de ce fonctionnement démocratique, puisque toutes ses décisions étaient enregistrées par le parlement avec ou sans 49.3. Nous voyons encore combien ce pouvoir est déséquilibré, à la botte du président.

Ainsi, le premier ministre annonce vouloir modifier la durée légale du travail ou les règles du droit de retrait ou de grève en raison de la pandémie, subrepticement, par décret ou par des ordonnances qu’aucun parlement ne pourra discuter ou voter du fait du confinement. Ainsi, ils annoncent profiter de l’état d’urgence sanitaire pour aller encore plus loin dans la régression sociale, soit disant de manière temporaire.

Nous avons vu avec l’état d’urgence décrété en 2015 comment le droit d’exception devenait le droit commun avec le président Macron…

Actuellement, en Alsace, avec le système de soin public débordé par la pandémie, d’autres éventualités se font jour : il est question de choisir, parmi les malades gravement atteints par le Covid.19, les bénéficiaires des respirateurs et de ne les affecter qu’au moins de 65 ans.

Comme je ne suis plus dans cette tranche d’âge, j’ai espoir que mon affection soit assez bénigne pour ne pas avoir besoin de ces équipements.

Bien sûr, ce doit être une fake news, puisqu’il s’agit d’une discussion informelle, rapportée par un parent proche, qui l’a entendu dans le cadre de son travail de soin.

Ou peut-être pas, car les hôpitaux alsaciens sont saturés et, avec l’essaimage des parisiens fuyant cette zone rouge vers toutes les autres régions de France, l’essaimage du virus est en bonne voie dans tout le pays.

Bien sûr, les responsables de la misère hospitalière sont connus: ils s’appellent Sarkosy, Bachelot, Hollande, Macron, ministres de la santé ou responsables politiques depuis 2001.

Il est important de les nommer, et de juger leurs actes à l’aune du nombre de futures victimes.

Sur le long terme, tous les « décideurs » qui ont maintenu un numérus clausus ne permettant pas la relève médicale ou soignante ont participé de travail de sape.

Aujourd’hui, avec la crise sanitaire, les calculs mesquins et leurs conséquences apparaissent dans toute leur cruauté, criminels.

Et les annonces de déblocage de fonds vont vers le soutien au système économique, alors même que les personnels de santé et les services publics sont à la peine et assument les impérities et les incuries des gouvernements successifs.

Divers témoignages de cette impéritie circulent sur les réseaux sociaux.

Une question cruciale reste celle de la confiance possible, de la parole crédible. Après les dénis sur l’importance de la crise sanitaire, le refus de mettre en place des modalités de circulation restrictives de personnes potentiellement contaminées, les pouvoirs en place ont mis en œuvre un couvre-feu généralisé sans aucun contrôle juridique ou démocratique possible, en raison même des caractéristiques de la pandémie, et de la réponse, le confinement, qu’ils y apportent. Aucune parole structurée n’est aujourd’hui en mesure de discuter ce coup de force, quels que soient ses justifications et/ou ses bien-fondés officiels.

De même, les réponses envisagées le sont en dehors de tout débat démocratique, de toute réflexion collective sur leur opportunité. Les milliards pleuvent pour garantir l’activité économique, mais ne sont pas annoncés pour soutenir le système de santé publique, par exemple. De même, « l’orthodoxie budgétaire » défendue mordicus par la droite allemande, au prix des souffrances des peuples du sud de l’Europe, est-elle jetée aux orties par celle-là même qui a décidé d’affamer le peuple grec, dans un élan d’égoïsme rarement égalé.

Ces décisions sont annoncées comme émanant de quelques personnes sans légitimité, sans crédibilité, et dont l’honnêteté est loin d’être la qualité première.

La question de savoir qui reste audible, crédible dans ce contexte est entière, première. Il s’agit d’avoir une base solide pour répondre aux pratiques du pouvoir, pour avoir des fondements, des fondamentaux indiscutables.

Mais aujourd’hui, cette base n’est pas incarnée, ou plutôt est inaudible, rendue muette par les manœuvres politico médiatiques et judiciaires au pouvoir.

Et rendue inaudible par l’omniprésence du discours sur la crise sanitaire, qui asphyxie toute parole différente, et toute information n’entrant pas dans le cadre de cette paranoïa collective.

Non pas que la crise sanitaire ne soit pas d’importance. Mais il n’est pas possible de penser la réalité de l’importance de la pandémie, tant les nouvelles et les informations au jour le jour, contradictoires et incohérentes, obnubilent les esprits. Toute les lumières sont braquées sur l’affirmation de la pandémie. Rien d’autre n’existe plus que ce qui est sous la lumière des projecteurs.

Nous pleurerons des morts, si ce n’est pas sur nous que l’on pleurera, mais qui aura l’ensemble des données pour en tirer des leçons ?

Et quels vont être les victimes oubliées, ou cachées hors de la lumière des projecteurs ?

Combien de noyés en Méditerranée ces jours ci, combien de syriens bombardés, de kurdes exécutés ? Aujourd’hui, il n’y a plus personne pour en témoigner.

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