Le capitalisme à la source des problèmes socaiux et environnementaux

Les questions environnementales, l' écologie traversent aujourd'hui l'ensemble de l'échiquier politique, y compris à droite: un exemple, le Grenelle de l'environnement de Sarkozy. On a vu avec la création de Génération Ecologie, une volonté de dépolitiser le problème, de faire croire à un possible consensus sur la question avec des personnalités comme Corinne Lepage et d'autres auparavant emblématiques de la gauche comme DCB ou José Bové et qui glissent de plus en plus vers le centre, éludant le question du changement social, des rapports de production, du rôle des institutions financières internationales.

Parallèlement on voit apparaître un éco-business, des produits dits verts ou des bio-carburants ... tandis que certains voient en l'écologie une sortie de crise possible pour le système capitaliste, et que les spéculateurs ont découvert un nouveau moyen de s'enrichir: transformer les denrées alimentaires de première nécessité en produits financiers. Ce faisant, d'une part ils gagnent de l'argent en affamant les autres, d'autre part ils poussent à la surproduction, au stockage des ressources naturelles au delà des besoins alimentaires.

Pour les militants du FG, ces questions sont essentielles à une réflexion sérieuse sur l'environnement; c'est ce qui justement nous distingue des Verts, de GE: nous lions la question écologique à une problématique sociale , économique ainsi que politique. Notre objectif au cours de nos interventions sur le sujet: montrer qu'une politique donnant priorité à l'homme et à l'environnement entre forcément en contradiction avec le capitalisme, avec un soi-disant monde moderne que l'on se doit de dépasser.

En cela, le FG est porteur d'une démarche nouvelle dans son approche de la question écologique, il se doit de ne pas laisser les sociaux-libéraux occuper seuls ce terrain en éludant les questions qui dérangent; Il revient donc à la gauche digne de ce nom de les poser et d'y apporter ses réponses.

Pour commencer, un petit flash-back pour se rafraîchir la mémoire.

 

1) Historique, mise en contexte

La notion d'écologie apparaît dans le débat politique au milieu des années 70; après un premier choc pétrolier, l'énergie nucléaire est présentée comme la meilleure solution, sinon la seule à l'indépendance énergétique du pays, car à cette époque, on reste encore dans un cadre national. Sur le plan social, le chômage de masse se pose en problème majeur et côté politique, le Programme Commun offre un espoir de changement.

L'écologie n'est pas alors perçue comme une question essentielle, mais au contraire comme une division alors qu'on a d'une part de sérieuses chances de faire basculer le pays à gauche, d'autre part la conviction qu'un vrai changement social est possible, qu'il est tout simplement à la portée des urnes même si survient vite le désenchantement.

Contexte dans lequel la consommation se développe, notamment dans les milieux populaires -> vouloir consommer moins apparaît comme une régression à ceux qui ont toujours eu moins et commencent seulement à vivre mieux en consommant plus.

Après Tchernobyl, le tout nucléaire cesse d'apparaitre comme une solution, les dangers de cette énergie éclatent au grand jour. Le lien entre le changement climatique et la multiplication des catastrophes prétendues naturelles apparaît désormais clairement dans les esprits. On assiste à une forte progression électorale des partis dits écologistes au détriment de la gauche traditionnelle, dont une partie glisse de plus en plus vers le centre, renonce à ses fondamentaux sous prétexte de s'adapter au monde moderne, se résigne à la mondialisation.

 

2)L'écologie selon le modèle libéral

Le modèle libéral limite l'écologie à une somme de comportements individuels, à des habitudes de consommation, comme si les petits gestes de chacun, même s'ils sont nécessaires, pouvaient suffire à résoudre un problème vaste, complexe, touchant le fonctionnement d'une économie mondialisée et posant un problème éminemment politique, celui des prises de décision et de la démocratie dans les divers organismes internationaux.

Les campagnes pour l'environnement visent un citoyen surtout compris comme un consommateur incité à changer sa voiture, son système de chauffage, à entreprendre des travaux d'isolation; pour ce faire, le marché agite ses principaux colifichets: le crédit et les abattements fiscaux, générant plus d'endettement pour les ménages et des baisses de recettes pour l'état. Juste un rappel: pour consommer « vert », encore faut-il aussi en avoir les moyens; mais cette approche privilégie avant tout le marché sans se préoccuper de social.

Ajoutons que les victimes d'un environnement professionnel insalubre, ou de catastrophes dites naturelles au cours desquelles les victimes perdent tout ne font jamais partie des milieux aisés qui vivent loin des endroits exposés ou des zones classées Sowezo, des quartiers construits en zone inondable; pour être crédible auprès des principaux intéressés, aucune politique environnementale sérieuse ne peut éluder la question sociale, ni se dispenser d'appuyer là où ça fait mal: les plus riches, les plus puissants peuvent fermer des usines, prendre des décisions qui provoquent des désastres écologiques; tout va bien, pas de problème les conséquences ( maladie grave liée au travail, habitation détruite) sont pour les plus pauvres alors pourquoi se gêner au royaume du cynisme?

 

3) Le cercle vicieux du libéralisme

Voyons d'abord comment le libéralisme génère à la fois pauvreté et pollution.

Délocalisations, la double peine

Depuis bientôt trente ans, l'ouverture des marchés, les déréglementations décidées au nom de la libre concurrence permettent aux grandes entreprises de délocaliser leur production vers des pays à bas coût de main d'oeuvre. Cette pratique génère un chômage de masse, de la précarité tandis qu'on observe parallèlement une énorme augmentation des profits et des revenus non salariaux dont la part régresse dans le PIB. Cette injustice est à l'origine d'une revendication largement partagée dans l'opinion, celle de l'interdiction des licenciements boursiers.

L' aberration de cette injustice sociale, le cynisme affiché, décomplexé de ses bénéficiaires fait qu'on oublie souvent qu'elle provoque aussi des dégâts environnementaux: en effet, délocaliser revient aussi à importer, le plus souvent par la route, ce qui auparavant était produit localement; l'environnement se détériore donc à mesure que croit l'injustice sociale.

Prenons un exemple local, celui de Levi's à La Bassée: ces jeans autrefois produits localement parcourent aujourd'hui des milliers de kilomètres avant d'arriver dans les magasins; sont-ils meilleur marché pour autant?

 

L'Union Européenne doublement responsable

Faciliter la circulation des marchandises et des capitaux: telle est la fonction première de l'Union Européenne et de ses traités que nous combattons pour les ravages sociaux qu'ils permettent. Mais puisque délocaliser suppose de transporter les marchandises, un programme auto-routier a été nécessaire, de sorte à faciliter et à accélérer la circulation des camions; Jacques Delors en est à l'origine, les sociaux-libéraux nagent en pleine contradiction lorsqu'ils se posent en défenseurs de l'environnement.

 

Pollueurs, casseurs d'avenir et d'éducation

Exemple plus récent, les suppressions de postes dans l'éducation: beaucoup de LP sont touchés et certains établissements sont amenés à fermer leur filière maintenance faute de débouché professionnel pour les élèves; on a vu le cas dans le Pas de Calais l'an dernier. En effet le consommateur est de plus en plus incité à changer un appareil en panne plutôt qu'à le faire réparer; le résultat? Sur le plan social: plus de salariés au chômage, des dépenses évitables pour le consommateur, un avenir encore plus sombre pour les jeunes qui trouvaient une formation qualifiante et un avenir professionnel dans ces filières; sur le plan environnemental plus de déchets polluants, plus de transport routier et aussi plus d'épuisement des matières premières, bravo « la concurrence libre et non faussée »

 

 

Les salariés précaires pris au piège

 

N'oublions pas non plus que le travail précaire est aussi une source de pollution accrue. A ce propos, la lecture du livre de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham est édifiante: un salarié précaire doit être disponible en permanence, ce qui rend la possession d'un véhicule indispensable; comment se rendre à son lieu de travail s'il est d'une part mal desservi par les transports en commun, d'autre part si les horaires sont atypiques? La crainte de se voir rayé des listes de Pôle Emploi oblige aussi à accepter toutes les missions, y compris celles qui sont éloignées du domicile. Gagner moins que le SMIC ne permet pas de changer son véhicule pour un autre moins polluant, on le fait durer autant que possible, même si la note à la pompe est élevée.

Une démarche inverse, prenant comme priorité la sortie de précarité permettrait à ces salariés de se loger à proximité de leur lieu de travail, pour peu qu'un vrai gouvernement de gauche ose entreprendre une politique offensive en terme d'emploi et de logement en les libérant de la logique du marché.

 

Casser la facture énergétique des plus démunis

On se loge et on se chauffe aussi selon ses moyens d'où l'injustice d'une mesure comme la taxe carbone, qui frappe les plus démunis. Les mesures incitatives à l'isolation du domicile relèvent d'une démarche individuelle et ne sont pas à la portée de tous; elles relèvent d'une logique libérale. Une authentique politique de gauche consisterait par exemple à mettre aux normes les logements sociaux et à financer les travaux en fonction du revenu des occupants; à Lambersart le seul représentant de la liste Vraiment à Gauche au conseil municipal y a fait une intervention dans ce sens. Même si le rapport de forces n'a pas permis la mise en pratique, elle montre quand même aux milieux populaires dont étaient principalement venus nos suffrages que notre approche de l'écologie leur apporterait un plus (confort, facture moins élevée) et sans frais.

 

 

 

Autre facteur de pollution: la spéculation immobilière

Les particuliers

Le coût de l'immobilier conduit à s'éloigner des centres villes, d'où une augmentation de la distance domicile-travail, ce que montrait un document du conseil régional. A mesure que la SNCF ferme ses lignes considérées comme non rentables, l'usage d'un ou plusieurs véhicules par famille devient nécessaire. Il faut impérativement soustraire les transports à la concurrence pour qu'ils retournent à leur vocation première de service public. Rappelons que cette idée se heurte à la philosophie générale des différents traités européens, pourtant tous défendus par les Verts et les sociaux-libéraux.

 

Les entreprises

On a pu voir en réfléchissant à la réforme des collectivités locales que les métropoles désormais en concurrence cherchent à attirer les capitaux de grosses entreprises multinationales, une façon aussi de compenser un manque à gagner: la dette de l'état à leur égard. Elles leurs offrent le foncier à prix cassé tandis que les employés de ces mêmes entreprises doivent s'éloigner de leur lieu de travail pour trouver un logement décent à prix abordable. En bref, des prix avantageux pour les multinationales, dissuasifs pour les salariés. On pourrait aussi ajouter un développement sur la grande distribution, l'implantation des hypers loins des agglomérations. Penser les villes, les régions en termes d'intérêt général (emploi, logement, transports et services publics) peut améliorer la qualité de vie tout en réduisant les dépenses énergétiques à condition de sortir d'une logique de marché: et si on remettait les choses à l'endroit? Il semble y avoir urgence ...

 

La spéculation sur le vivant

Un nouveau pas en avant a été franchi avec la spéculation sur les matières premières, les céréales. La question sera abordée en trois points: d'abord en France, au niveau national; puis européen et enfin mondial, sans perdre de vue le rôle de la France et des banques françaises dans l'organisation du problème; les aléas climatiques ne doivent pas faire oubliér une stratégie économique pensée.

Un exemple français, l'Office National des Forêts

Nous avons évoqué plus haut la disparition de certaines formations professionnelles et les fermetures de classes qu'elles entraînent dans l'éducation en même temps qu'un gâchis de ressources naturelles.

Dans un article publié dans Politis le 17 février 2011, Jean Gadrey montre comment la privatisation de l'ONF aboutit à une politique de déforestation allant complètement à l'encontre des objectifs annoncés: écologie, développement durable. Il nous met également en garde contre l'usage de termes employés à des fins de communication et de marketing; en effet, si on observe la démarche économique sous-jacente, on comprend comment ils sont souvent détournés.

Dans le cadre d'une privatisation rampante de cet organisme, la recherche principale de ressources devient la vente d'un matériau certes écologique, le bois, mais dont la production intensive épuise les forêts. Aujourd'hui l'ONF vit surtout de leur vente qui constitue 40% du bois vendu en France. Côté gestion des personnels, presque 6000 postes ont été supprimés en 20 ans, et les syndicats dénoncent une politique proche de celle de France Télécom, qui a causé 17 suicides durant les cinq dernières années, les personnels ne reconnaissent plus le sens de leur métier. En fait de développement durable, on assiste plutôt à ce que l'auteur nomme une « marchandisation productive ». Il termine son article en appelant à une gestion publique et coopérative, indispensable pour protéger un bien commun comme les forêts de l'appétit des actionnaires.

 

En Europe; abandon de la Politique Agricole Commune

La répétition de crises financières, l'apparition de soi-disants bio-carburants accroit la tentation de transformer les produits alimentaires en produits de spéculation. Dans L'Humanité des Débats du 5 février 2011, Aurélie Trouvé explique comment les hedge funds jouent un rôle croissant dans le prix des denrées alimentaires dont le stockage sert de moins en moins à répondre aux besoins car pour spéculer sur une marchandise, il faut d'abord la détenir, l'immobiliser pour créer son équivalent en actions et les vendre à des clients, à des fonds de pension. La PAC permettait une relative stabilité des prix, un équilibre pour le producteur comme pour le consommateur; or en dépit du discours affiché, la Commission Européenne détruit les dispositifs qui la rendaient effcace tandis qu'au G20, Sarkozy a dénoncé cette pratique tout en concluant qu'il n'est pas « un obsédé de la réglementation »

 

 

Si aujourd'hui éclate au grand jour l'échec patent du capitalisme financier, il est également évident que le modèle productiviste a vécu, qu'une politique de relance ne peut ignorer la question environnementale. Certains propose la décroissance comme solution; mais pour tous ceux et celles qui veulent allier sortie du libéralisme et protection de la planète, il s'agit prioritairement de faire décroître le chômage, la misère, les inégalités.

Il ne peut y avoir de débat sérieux sur l'écologie, sur un autre modèle de développement, sauf si on l'inscrit dans le cadre d'une réflexion sur la répartition des richesses, le contrôle des marchés, et d'une politique de services publics.

C'est un problème économique, social écologique et politique: dépasser le capitalisme.

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