Le petit poisson, le petit oiseau pourraient-ils encore s’aimer d’amour tendre ?

Jusqu'où utilisera-t-on le COVID 19 pour restreindre nos libertés? Pourquoi au contraire ne pas saisir cette occasion pour en obtenir de nouvelles, repenser la démocratie et le travail?

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Une réflexion m’est venue en regardant l’hommage à l’immense artiste qu’était Juliette Gréco. Le mouvement existentialiste aurait-il vu le jour (ou plutôt la nuit) si Le Flore s’était vu contraint de fermer à vingt-deux heures ? Quant à imaginer un événement tel que le festival de Woodstock vingt-cinq années plus tard, quelle gageure ! Aujourd’hui plus question de boire une Despé en terrasse lorsqu’il y a du Corona dans l’air …

Il ne s’agit pas de prendre le risque à la légère, de faire comme si de rien n’était ; mais de là à prendre au premier degré la boutade de Nicolas Bedos et de s’en offusquer, ayons au contraire l’intelligence d’élever le débat au-dessus du consentement pétochard aux injonctions gouvernementales ou à leur refus. Qu’il y ait ou non pandémie, pas question Monsieur Macron de marcher au pas, les doigts sur la couture du pantalon, « Sir, Yes, Sir » comme des GIs. Cessons de pointer du doigt ceux et celles qui font un autre choix : celui de vivre, faire du sport, d’aller dîner dans un restaurant et après cela jouer les oiseaux de nuit. Je ne puis résister à l’envie de citer Jean-Louis Aubert : « Faire la fête est un délit d’opinion »1. Prudence, précautions OUI, encasernement NON ! Car on sent bien une odeur de coup d’état, on entend déjà un sourd bruit de bottes dans le ton des consignes réitérées depuis maintenant plus de trois mois.

L’Utopie plus que jamais urgente ! Ne nous laissons pas infantiliser !

Uniquement dans notre intérêt ? Strictement provisoire la restriction des libertés ? Plus le droit de se rassembler, de crier sa colère, de manifeste ; une précaution peut-être, mais encore plus une aubaine car la crise sanitaire comporte son pendant social, aggrave une situation déjà très préoccupante : licenciements, pertes sur les salaires, faillite de petits commerces, exposition au virus pour les premiers de corvée.

ÇA SUFFIT !

Soyons lucides et non plus effrayés : le COVID ne se résumera pas à une parenthèse ; il constitue le premier épisode parmi dans une longue série à venir. La fonte du permafrost libère des bactéries, microbes et virus inconnus, des gaz toxiques, sans oublier les pollutions dues aux incendies de forêts ou aux crues. Nous n’en avons pas fini avec les états d’urgence : continuons de vivre sous la crainte de nos dirigeants et l’encasernement se poursuivra, se durcira encore plus pour notre bien cela va de soi, confinés que nous serons, nous et nos cerveaux, dans notre rôle d’enfants.

L’année 2020 marquera l’histoire par une raréfaction des ressources accélérée, le dérèglement climatique et une pandémie inédite par son ampleur ; or tous ces problèmes prennent leur source dans un capitalisme mondialisé qui refuse toute limite, impose ses dictats aux états, faisant fi du vote des peuples2. Alors que sous couvert de risque sanitaire le champ de nos libertés s’amenuise, n’est-il pas temps de réagir, d’en exiger et d’en inventer de nouvelles ?

 

Les systèmes de santé en danger, stop BIG PHARMA !

L’accès aux soins est un droit menacé non par les évolutions démographiques comme les soi-disant experts se complaisent à nous répéter, mais avant tout par l’appétit insatiable de puissantes multinationales pharmaceutiques pour qui l’apparition de nouvelles pathologies offre l’opportunité de réaliser de substantiels bénéfices, à la grande satisfaction de leurs principaux actionnaires. L’heure est donc venue de s’en approprier les commandes, de les placer sous contrôle citoyen. Comment y parvenir ? Voici un premier sujet requérant l’organisation d’une réflexion collective approfondie.

Autre débat, autre bataille : la culture, le sport

Devra-t-on encore longtemps se passer d’événements qui attirent les foules, de vacances, de sorties diurnes ou nocturnes pour freiner la propagation d’un virus aujourd’hui, d’une pollution demain ? … Là encore, demandons des comptes au big business car les cinémas multiplex, les salles de concerts gigantesques et bondées pourraient être remplacés par des lieux à taille humaine, plus intimes qui garantiraient une proximité entre les artistes et leur public : ceci suppose bien sûr la rupture avec ce que l’on nomme communément l’industrie du loisir et pour ce faire la confrontation à de puissants lobbies réduisant la création artistique au rang de produit, de marchandise. De sympathiques discussions entre spectateurs et intermittents du spectacle émergent parfois à l’occasion d’une rencontre après le spectacle ou d’une manif de soutien mais comment faire vivre, comment s’approprier la culture lorsque son droit à l’expression dépend d’un arrêté préfectoral ? Bien entendu celui-ci aura été publié dans un pur souci de l’intérêt général ; quelle insolence qu’oser en douter ! La réponse réside peut-être dans l’invention de nouvelles formes d’expression artistique ; s’il faut pour que vive la création faire appel à de nouvelles technologies encore inexistantes à ce jour, celles-ci devront respecter l’environnement et la santé de tous, garder intacte l’émotion, ne plus réduire la place du public à celle d’un consommateur passif tout en libérant l’artiste du carcan des exigences commerciales. Bien entendu, aucun GPS, aucune carte ne nous indiquera le chemin vers une culture émancipatrice ; à nous de le chercher ensemble, d’en discuter.

 

Cesser d’assimiler « travail » et « vie active »

Là aussi, la situation nous amène à débattre, à réfléchir à la question : et si le travail tel que nous le connaissons encore de nos jours vivait ses derniers moments ? Les dirigeants des grosses entreprises invoquent son coût excessif pour délocaliser leurs unités de production vers des pays à bas salaires, aux normes sociales et environnementales peu contraignantes ; de ce fait, des régions entières se retrouvent sinistrées tandis que leurs populations se sentent abandonnées, sans avenir et désespèrent des politiques.

Ce désir d’augmenter sans cesse production et profits (tant pis pour les hommes, la planète, la biodiversité et le climat) conduit également à la robotisation, au recours à des machines capables de réaliser des tâches de plus en plus complexes, tout comme ces algorithmes qui désormais décident de l’orientation universitaire des lycéens, influencent les choix des clients des supermarchés ou du commerce en ligne grâce aux neurosciences. Ouvriers, agents de caisse, conducteurs de métro n’ont plus leur place à leur ancien poste ; bientôt viendra le tour des enseignants, de certaines catégories de soignants. Paradoxalement les salariés sont appelés à travailler plus et plus longtemps ; l’incohérence de ce choix politique pose question.

Nous arrivons en effet au seuil d’une nouvelle ère qui engendrera probablement une misère comparable à celle des ouvriers lors de la révolution industrielle, sauf si les populations concernées prennent directement cette mutation en charge. Inutile pour ce faire d’envisager des élections ou des référendums, surtout si ces derniers émanent d’une décision gouvernementale. L’abstention est devenue majoritaire à toutes consultations électorales et pas seulement en France. D’autres formes démocratiques existent où règles et lois sont élaborées par les citoyens eux-mêmes ; le tirage au sort s’est souvent avéré efficace et plus représentatif (citons par exemple la loi sur l’avortement en Irlande) car les participants aux débats proviennent de tous les milieux sociaux à l’inverse des scrutins traditionnels dans lesquels les candidats sont tous issus du même moule. Une fois élus ils prennent des décisions dont ils ignorent les conséquences pour les couches populaires.

Au lieu d’augmenter le temps de travail, le réduire radicalement donnerait à chacun la possibilité de conserver son emploi principal et de se former à tous les sujets concernant la vie de la cité. On pourrait ainsi établir une authentique démocratie : tous y participeraient sans plus se contenter de glisser un bulletin dans une urne avant de rentrer chez soi et laisser le quotidien reprendre son cours, ceci quel que soit le résultat annoncé aux éditions spéciales de 20 heures.

Se consacrer bénévolement aux autres, mutualiser les savoir-faire, mais aussi participer à la vie culturelle et sportive de sa cité, à son embellissement, son animation, à l’aménagement des espaces communs requiert disponibilité, investissement personnel et énergie. Passer moins de temps au service de son employeur apporterait donc plus de vie sociale, de partage et de bien-être, de présence aux autres. N’est ce pas suffisant pour justifier un revenu, même si ce qu’on appellera commodément l’activité ne correspond pas à la définition du mot « travail » en tant que tel ? Au lieu de subir obligation d’objectifs, bilans, injonctions permanentes dans un atmosphère anxiogène, chacun deviendrait actif et impliqué dans la vie citoyenne : cela s’appellerait la liberté.

Pour conclure

La restriction des libertés publiques pour raison exclusivement sanitaire devient de moins en moins crédible à mesure que le gouvernement durcit cette politique ; les chiffres communiqués, l’information telle qu’elle nous est communiquée ou plutôt mise en scène font certes part d’un lourd bilan en matière de décès et de dépenses de santé ; mais chose étrange, les pathologies liées à ces facteurs d’angoisse (dépressions nerveuses, violences conjugales, suicides) sont beaucoup moins évoquées. Le confinement a pour autre conséquence des fermetures d’entreprises auxquelles s’ensuivent des licenciements en nombre. Si l’on ajoute le changement climatique, nous pouvons en toute logique nous attendre à des épisodes semblables dans un avenir proche. Il est par conséquent à craindre de voir cet état d’exception devenir la norme, imprégner les esprits et faire à plus ou moins long terme ressurgir « la bête immonde ». La sortie de cette crise ne se trouve donc pas dans la limitation mais dans l’extension des libertés publiques pour qu’ensemble les citoyens s’approprient et accompagnent cette transition qui sera non seulement sociale mais aussi civilisationnelle.

1 Extrait de la chanson «  Alta Gracia »

2 Le Traité de Lisbonne fut adopté en dépit de la victoire du NON au référendum de 2005 en France

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