On Débutait Tous

Présentation d'un livre narrant la vie des habitants d'un quartier populaire à Tourcoing

“On débutait tous”, c’est le titre d'un ouvrage collectif édité par l'association Étouchane de Roubaix. Benoît Prin, Leila Habchi et Olivier Dérousseau[1], les concepteurs de ce « roman photo » ou plus précisément d’une narration sur la vie au “Pont-Rompu” à Tourcoing entre 1961 et 2009.

C’était un quartier populaire, coincé comme beaucoup d’autres entre un supermarché Auchan et le Boulevard Industriel. Leur intention ? Retrouver ses habitants - car les immeubles, les maisons ont aujourd’hui disparu - et leur donner la parole, la coucher sur le papier pour en tirer un livre, leur livre, écrit avec leurs mots, tout droit sortis de leur cœur, illustré avec leurs photos pour montrer l’histoire, l’âme de leur quartier, coucher cette parole authentique sur le papier. Ne pas la laisser s’envoler ; en faire un livre pour en tourner les pages, la partager, la faire lire, voyager et que surtout jamais cette page de leur vie ne soit tournée.

“On débutait tous” nous conte l’histoire d’une diversité, celle des premiers habitants qui découvraient le bonheur d’être logés décemment, de sympathiser avec les voisins, puis les premières vagues d’immigration, maghrébine, espagnole, portugaise.  Ce mélange empêcha justement le racisme de s’installer malgré la réduction de l’espace, dans les aires de jeu notamment ; peut-être aussi parce que les nouveaux arrivants “ débutaient ” également et qu’une histoire commune commençait déjà à s’écrire.

Tourcoing, Roubaix : ces hauts lieux de l’industrie textile avaient besoin de main d’œuvre ; liens de voisinage, de travail s’entrecroisèrent, se nouèrent pour former un tissu multicolore que la mutation économique, sociologique aurait pu laisser s’effilocher, mais ce livre est là pour nous montrer que cette histoire, ces liens ne peuvent s’effacer, même si le quartier, le monde ont changé.

Y a-t-il un avenir quand une histoire, une réalité sont aujourd’hui gommées ? Le chômage a certes broyé les vies de ces gens ; mais faire vivre son passé, ses origines ouvre parfois la voie vers l’avenir ; c’est une force plus grande que le racisme, l’ignorance, le mépris. Omar Sy enfant pensait-il qu’un jour il incarnerait le Docteur Knock ? Joey Starr qu’il monterait sur les planches pour y interpréter brillamment les discours de Jaurès et de Victor Hugo à l’Assemblée ?  Eux aussi ont débuté, comme les habitants de ce quartier dont certains viendront peut-être jouer, chanter ou écrire ; de futurs artistes nés de l’autre côté du périph, ou entre le boulevard industriel et le supermarché à Tourcoing.

Ne rompons pas les ponts.

 

[1] Leila habchi et Benoît Prin sont  co-auteurs réalisateurs des documentaires « Les Jardiniers de la Rue des Martyrs en 2003 et « Exil à Domicile » 1994. Diffusions et festivals : Arte “ Grand format ”, France 3 Nord - Pas-de-Calais, Mention spéciale du jury aux Ecrans documentaires, Val-de-Marne, Grand prix et prix du CRRAV au festival de l’Acharnière à Lille, prix du documentaire à Cinéfeuille sélection états généraux du documentaire à Lussas "Un certain regard".

 

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