Israël: Un Etat dans l'Illégalité

 

Israël : Un Etat dans l'Illégalité

En ce 21 mars 2013, l'AFPS de Lille reçoit Claude Léostic1 et Roland Weill à l'Espace Marx de Lille. Dans la salle fraîchement rénovée, on a pour la circonstance accroché un drapeau palestinien derrière la tribune et devant une banderole sur laquelle on peut lire:

« Levée du blocus illégal de Gaza ».

Toute l'intervention des deux orateurs portera sur ce mot clé et Roland Weyl2 l'annonce d'entrée de jeu au public dès que JF Larosière, président de l'Association France Palestine Solidarité Nord-Pas de Calais, lui passe la parole, car il éclaire à lui seul l'ensemble de la problématique: sous quelles conditions des textes officiels apparemment inopérants peuvent-ils trouver toute leur efficacité?

Eu égard de la politique menée par Israël, un état peut de toute évidence faire fi du Droit International. En existerait-il donc plusieurs lectures? Premier souci pour Roland Weyl en ouvrant le débat: faire comprendre à l'auditoire comment cela est possible, quels fonctionnements ou dysfonctionnements permettent de contourner ainsi la Charte des Nations Unies et notamment l'article 2.4:

Les Membres de l'Organisation s'abstiennent dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

On s'en réfère pourtant l'ONU dès qu'il s'agit de justifier une intervention armée, une appropriation de territoires, une attaque contre un peuple que le Droit International est censé protéger au même titre que d'autres. Peut-on pour autant, comme le pense un intervenant, en conclure à son inefficacité? En aucun cas pour Roland Weyl, car cet apparent paradoxe s' explique facilement: en invoquant la seule institution sans se référer à sa Charte, il devient aisé pour un état de prétendre agir en conformité avec celle-ci, même s'il viole ses articles fondamentaux, à commencer par son préambule:

Nous, Peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre, ... à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites ... ».

C'est un peu comme si une décision de prud'hommes ne s'appuyait ni sur le Droit du Travail, ni sur la convention collective ad hoc.

Voilà comment les gouvernements israéliens successifs ont pu justifier l'expansion coloniale, la construction du mur au nom du droit à l'existence et à la sécurité en se gardant de faire référence aux frontières définies en 1948, base sur laquelle ce pays a été admis à l'ONU.

Ceci rend donc illégale la confiscation de territoires palestiniens; en effet, nul état ne peut invoquer la défense de son intégrité si ce faisant il porte atteinte à celle de son voisin. Garder cela à l'esprit, le rappeler aide à lutter contre cette occupation, qu'un état transgresse sans cesse le Droit interpelle l'opinion, embarrasse les gouvernements qui soutiennent sa politique, interroge l'attitude des instances internationales et leur fonctionnement.

Comme tout autre état membre de l'ONU, Israël doit soumettre ses intentions au vote de ses pairs qui peut en revanche être influencé, ramenant la démocratie à une apparence, une simple convenance, voire à une nécessaire mise en scène.

Dans cette respectable institution garante du Droit International, certaines décisions sont prises non par les représentants des peuples, mais par des consultants comme ce fut le cas pour le blocus de Gaza. Ajoutons à cela que l'un d'entre eux était lui-même israélien ; qui peut donc croire à sa totale impartialité?

Autre obstacle à l'objectivité, la situation financière des états amenés à se prononcer lors d'une consultation. Majorité d'entre eux sont endettés auprès de banques privées telle Dexia pour qui il est aisé d'influencer les votes dans un sens favorable à leurs intérêts dans la région; craignant de se voir refuser un prêt ou d'en voir les intérêts augmenter, un état hésitera à se prononcer d'une façon contraire à leurs attentes.

Ajoutons à cela que nombre de multinationales influentes comme Véolia participent à la colonisation avec la construction du tramway de Jerusalem ou le rejet des déchets des colonies dans la Vallée du Jourdain. Le risque de voir changer défavorablement les conditions d'un marché de l'eau ou des transports à l'intérieur de ses propres frontières peut là aussi peser lourd dans le vote d'un état, bien plus que le respect des Droits de l'Homme. Difficile de s'opposer à l'enfermement d'un peuple à l'heure de la libre circulation des capitaux.

Les enjeux économiques, financiers, l'implication croissante de firmes transnationales dans la politique des états donnent au problème palestinien une dimension globale; il concerne tous les peuples car tous sont susceptibles de voir un jour leur droit leur échapper avant qu'il ne s'exerce sur et contre eux. L'exemple de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal et plus récemment de Chypre montrent comment la finance internationale contraint les parlements nationaux et européens à adopter des politiques contraires aux droits humains.

« Prenons le Pouvoir » peut-on lire en France sur les affiches du Front de Gauche: lorsque les institutions nationales, européennes ou internationales n'expriment plus le Droit des Peuples mais au contraire sa négation, qu'une majorité d'élus censés les représenter renonce à le faire vraiment, subordonne les Droits de l'Homme et l'intérêt général à des enjeux économiques privés, les citoyens se doivent de réagir, de se réapproprier leur bon droit confisqué.

Qu'il s'agisse des Palestiniens emmurés, des Indiens ou des paysans chassés de leurs terres en Amérique Latine, ou bien encore des travailleurs européens assommés de politiques austéritaires, un même constat s'impose: les lobbies pétroliers et financiers ont obtenu le consentement d'instances représentatives pour asseoir leur domination sur les peuples, exercer leur pouvoir à l'échelle planétaire.

Dans un contexte international dominé par l'argent, l'exercice de la solidarité envers un peuple privé de ses droits élémentaires là-bas au Moyen Orient devient non plus seulement un devoir citoyen mais une nécessité pour la défense de son quotidien ici. Lorsque par exemple Véolia s'installe en Israël et participe à la colonisation des territoires occupés , l'entreprise passe également des contrats avec les municipalités en France pour obtenir la gestion de biens et services publics, comme les transports et l'eau. Faut-il d'ailleurs rappeler que le mur bâti autour des territoires occupés empêche justement les Palestiniens d'accéder à cette ressource vitale? Curieuse coïncidence.

En participant aux mouvements contre l'attribution de marchés à Véolia dans le Nord Pas de Calais, l'AFPS, le mouvement syndical et associatif ont établi un trait d'union entre le local et l'international.

D'autres combats de même ordre restent à mener: le rôle joué par la banque Dexia dans le secteur israëlo-palestinien nécessite d'y prêter une attention toute particulière. Ce travail surtout a jusqu'à ce jour été surtout effectué par les militants belges de« Intal »; donnons donc à la solidarité internationale une dimension transfrontalière locale en joignant nos forces à celles de nos voisins immédiats.

 

La référence permanente au Droit International s'avère un outil précieux dans la défense du Peuple Palestinien ainsi que de tous les autres, sous réserve que partout dans le monde, les citoyens se l'approprient, ne se contentent pas de déléguer leur pouvoir à des représentants prompts à abdiquer leur mandat au profit d'intérêts financiers.

L'exemple de Gaza constitue une illustration de la violence que peut exercer l'impérialisme, ce « stade suprême du capitalisme »; toutefois l'exercice de la solidarité internationale, combiné à des références précises à la Charte des Nations Unies a d'ores et déjà contraint Israël et ses alliés à certains reculs, fussent-ils très partiels. Que se poursuive et s'amplifie une mobilisation citoyenne déjà à l'oeuvre dans diverses parties du monde, et l'émancipation des peuples palestinien mais aussi grec, portugais, irlandais, chypriote sera l'oeuvre des peuples du monde eux-mêmes.

1Vice-présidente de l’association depuis 2003, elle est l’une des porte-parole et coor­di­na­trices de la Cam­pagne "Un bateau français pour Gaza"

 

2premier vice-président de l'Association internationale des juristes démocrates (AIJD), membre du conseil national du Mouvement de la Paix   français

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