Lettre ouverte à M. le Président Accary protecteur de son service ASE dysfonctionnant

Au fait, Monsieur le Président, savez-vous ce qu'il en est des adolescents qui ont été raflés aux Bruyères, non ? Effectivement, qui de votre service s'en soucie maintenant ?!

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27 janvier 2020

Lettre ouverte à Monsieur Accary, Président du Département de Saône et Loire et protecteur de son service ASE dysfonctionnant.

 Bonjour,

 Au fait, Monsieur le Président, savez-vous ce qu'il en est des adolescents qui ont été raflés aux Bruyères, non ? Effectivement, qui de votre service s'en soucie maintenant ?!

 Je tiens donc à vous informer le plus précisément possible des conséquences de la rafle du 22 octobre 2019 commise par votre service de l'ASE, sur l’état psychologique de certains des jeunes présents qui l'ont subie ce jour-là.

 Le jeune Nicolas, qui avait tenté de se cacher, a fait 4 placements successifs avant de trouver une famille capable de le recevoir. Il n’a pas pu nous être reconfié suite à la pression des administratifs de l’ASE 71 sur le département de l’Ain. Les décisions d’orientation scolaire suite à cette nouvelle prise en charge, vont le conduire en SEGPA. Au sein de notre LVA, Nicolas avait démontré scolairement des capacités tout à fait visiblement bien supérieures à une classe de SEGPA. Gâchis total !

 Le jeune Jérémy a fait plusieurs foyers pour finir un temps en hôpital psychiatrique. Ce jeune attendait une prise en charge depuis plus d’un an et devait commencer une formation dans le domaine équin. Un de nos supports d’intégration étant le cheval, ce jeune se sentait considéré dans sa demande et commençait enfin à s’apaiser. Également sous la pression de l’ASE 71, le département de l’Ain a refusé son retour et ceci malgré l’insistance du jeune, de la PJJ et de la juge pour enfants. Gâchis total !

Depuis votre décision de vous pourvoir en cassation, les jeunes présents sont dans l’angoisse d’une nouvelle fermeture.

La jeune Maëva est maintenant dans l’incertitude quant à la suite de son apprentissage. Cela se traduit par des questionnements incessants. Elle doute maintenant de pouvoir rester en contrat jeune majeur et se demande si tous les efforts qu’elle a fait en valaient bien la peine.

 Le plus jeune Moussa a pu revenir. Il a décrit ce qui s’est passé le jour de la rafle. Il a été emmené par vos services, dans une structure qu’il ne connaissait pas, aucune information ne lui a été communiquée. Il dit avoir passé une nuit blanche, terré au fond du lit, car des garçons venaient frapper à sa porte en le menaçant. Il dit avoir eu une peur bleue jusqu’au petit matin où un éducateur qu’il ne connaissait pas est venu l’extraire. Ce jeune a passé les mois suivants dans un foyer d’urgence. Déjà de poids excessif, il a pris 10 kg, de plus en 3 mois, n’a plus été scolarisé et a recommencé à trainer dans la rue. Il a maintenant toutes les peines du monde à se restabiliser. Gâchis encore !

 La jeune majeure Ranya avait semblé avoir réussi à traverser ces évènements tant bien que mal.  Elle s’est accrochée jusqu’au jour du passage au TA ou votre décision a été suspendue. Cette période avait cependant été déjà difficile pour cette jeune ultra fragile. Aujourd'hui, l’incertitude sur son avenir que cause votre pourvoi en cassation l’a totalement déstructurée. Elle n’a pas réussi à tenir son stage, a lâché la scolarisation. Ranya a évoqué son incompréhension face à votre positionnement, puis cette incompréhension s’est transformée en colère. Elle est devenue de plus en plus agressive avec les autres jeunes, au point de passer à l’acte par des agressions physiques. Nous devons suite à celles-ci, mettre fin à l’accueil de cette jeune fille qui se retrouve sans solution. Elle avait pu pourtant exprimer, devant les caméras de FR3, son bonheur, visible, d'avoir trouvé enfin un lieu d'accueil bienveillant à son égard. Gâchis toujours !

 Seul, Adam, majeur, semble avoir surmonté pas trop mal le traumatisme des évènements, bien qu'il porte maintenant un regard dédaigneux sur votre rôle et celui de vos administratifs.

 Voilà, Monsieur, en quelques lignes le résultat de l’intelligence sociale de votre service ASE : un champ de ruines psychologique pour des ados fragiles qui n’avaient surtout pas besoin dans leur vie, d’une énième démonstration du manque de considération des adultes.

 Il ne vous aura pas échappé par ailleurs que trois mois après l'intervention intempestive de l'ASE appuyée par la gendarmerie, l'enquête préliminaire n'a toujours donné aucun résultat tangible quant à une quelconque maltraitance de ma part. C'est dire que l'urgence ne reposait sur aucune base sérieuse.

Dès lors, les belles déclarations de vos responsables de l'ASE quant à "l'intérêt supérieur de l'Enfant" et au "principe de précaution" masquent bien mal, même aux yeux des néophytes, une incompétence glaçante doublée d’une bêtise destructrice.

 Mais ce qui est le plus désolant, c'est qu'en tant que Président du département, vous soyez dans l'incapacité de mettre un terme à cette hécatombe et de sanctionner des cadres qui n'ont fait qu'accumuler des erreurs graves et des prises de décisions despotiques depuis des années. Vous préférez au contraire cautionner une maltraitance institutionnelle de plus en plus éclatante. Décidément dans toute cette pseudo-protection administrative de l’enfant, ce dernier n’a aucune place réelle. Votre service ASE est la honte de la protection de l’enfance. Dans un contexte où l'ASE, est, au niveau national, de plus en plus sur la sellette : vous devriez en prendre un peu plus conscience, il me semble.

 Et puis vous êtes père de famille, merde pour finir, quand allez-vous vous décider à être courageux et méritant dans le domaine de la protection de l'enfance !

 Jean-Claude Rossi

 

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