Mickaël Harpon et l'influence de la propagande islamiste

L'assaillant de la Préfecture de Police était un sourd signeur. L’enquête de police recherche les liens concrets de Mickaël Harpon avec les islamistes. Qu’il y en ait eu ou pas, des constats s'imposent. La version en langue des signes française visible sur : https://www.youtube.com/watch?v=zqNkTwvHurA&feature=youtu.be

1) Une propagande islamiste sévit dans des milieux sourds de plusieurs régions françaises. Des prédicateurs sourds s'infiltrent dans des mosquées pour recruter des sourds perméables à leurs discours. Quelle est la teneur de leur prêche? Idéologie politique islamiste? Peut-être. Les entendants ne la comprennent pas, d'autant qu'ils ne considèrent les sourds que comme des handicapés de la parole, alors que ce sont des locuteurs d'une langue où tout peut se dire. Et malheureusement aussi la propagande terroriste. Ce qui est palpable est le changement d'ambiance dont témoignent plusieurs faits quotidiens.

A Marseille par exemple, les discours où les gestes récurrents sont « unité », « pureté », « dignité » se prononcent contre « la liberté des femmes qui affaiblirait le camp musulman » et aboutissent à interdire aux sœurs, épouses de se baigner en maillot de bain

Des jeunes vont refuser les contacts avec les « mécréants » et des heures durant, se fixer devant des vidéos, regardant, fascinés, les scènes de décapitation, ou autres horreurs. Les signes qu'emploient les sourds pour décrire l'état second dans lequel sont plongés les spectateurs devant l'écran : deux index qui s'approchent, frémissant, vers les deux yeux. On peut le traduire comme « état d'hypnose ». Les sourds affectionnent le visuel, certains sont friands d'images crues. Et ces instants de fragilité deviennent propices pour ceux qui veulent les influencer.

Une fascination pour la mort et une admiration pour les « martyrs ».Des postures « de sauveur du groupe, plus fort que celui que l'on hait, car la peur de mourir est absente. Dans la vie concrète, nous sommes des moins que rien, alors éradiquons la réalité ».

La prise de conscience collective de cette menace est prioritaire. La première alerte publique, en 2017, rapportait des constats de 3 régions différentes (dans roman « Frères de silence »). Depuis les assassinats de la Préfecture de Police, des sourds témoignent d'agissements dans d'autres villes. Ceux-ci vont de groupes de femmes qui ne se rendent pas aux cours dispensés par un homme, à des parents qui font regarder à leurs enfants les vidéos de Daesh.

2) La carence de lieu de lieu d'échanges, de formations en langue des signes.

Les manipulations se développent de nos fragilités actuelles. D'abord, réfléchir. La société ne pâtit pas de sa diversité, au contraire, la fraternité existe de nos différences. Encore ne faut-il pas avoir peur de la diversité linguistique. Par exemple la politique scolaire n'utilise pas largement la langue des signes comme langue d'enseignement. Au nom de l'inclusion dans le milieu ordinaire ( ordinaire pour qui ?) chaque enfant sourd se retrouve isolé, désintégré. La quasi-absence de classes bilingues français/langue des signes est une aubaine pour les extrémistes religieux. Une brèche dans laquelle ils s'engouffrent en proposant des activités culturelles et bientôt des écoles coraniques en langue des signes. Une activité sectaire qui produira des combattants illuminés.

Ce qui touchera les sourds, un futur incarné par les sourds qui sont parvenus à des postes de responsabilité ( professeur, avocat, dirigeant associatif...). Les autorités publiques doivent s'appuyer sur eux. Devant leur parole convaincante, le jeune fanatique, ou au moins son entourage pourrait se tourner vers des modèles concrets. Emprunter un minuscule sentier qui se satisfait du provisoire des vérités plutôt que s’engager dans l’impasse mortifère de l’extrémisme religieux.

Les sourds ont bien raison d'avoir donné à Daesh le signe de « cagoule » masquée et dangereuse, sans relation aucune avec la religion. Dans le monde les victimes de l'islamisme sont en majorité musulmanes. Ici, que faire ? D'abord écoutons les sourds et surtout les sourdes qui subissent menaces et pressions de ces extrémistes religieux. Des musulmanes sont menacées parce qu'elles s'expriment publiquement sans voile et qu'elles dénoncent la violence. Trop isolé(e)s, leur prise de parole doit être valorisée.

Soutenons les proches souvent désemparés. Certains parents se dissimulent la réalité, préférant un enfant pieux à un délinquant. Dans les ordinateurs de leur enfant on trouve pourtant des vidéos incroyables de Daesh Des prêcheurs y proclament « le droit d'égorger sa mère si elle ne se voile pas ».

3) Refuser le « eux et nous ».

Sur la durée, essayons de prévenir les dérives. Les sourds vivent de fortes discriminations. Les souffrances accumulées au fil des années les amènent à une rupture totale avec les entendants, devenus une masse anonyme sans vie dont ils refusent l'empathie, la prise en compte de leur point de vue. Il faut éviter ces humiliations -qui en un siècle n'ont jamais provoqué de meurtre-, et les dissocier de la haine et de la violence du djihadisme. Ceux qui manquent de perspective peuvent se faire berner par une idéologie destructrice, évitant le débat avec l’autre, trop différent de soi.

En déconstruisant pas à pas la logique des discours qui dérivent de « Le Coran est clair. Les règles de l'Islam sont simples » à « impossible de savoir la vérité dans les massacres, les guerres. Les journaux sont manipulés ». Ce qui entraîne la fréquentation exclusive des sites Facebook de la même idéologie, et limite les relations sociales à celles des « frères ». Tout cela aboutit au sinistre : « Il y a des bons et des mauvais musulmans. »

Discussion, il y a 3 ans, devant l'affiche  : « Je suis Charlie et musulman. »

- Je suis musulman, donc je ne peux pas être Charlie.

- Alors, on est tous des humains contre la barbarie.

- La France tue des enfants en Syrie. Elle n'a que ce qu'elle mérite. De toutes façons, je ne veux pas en discuter avec les croisés.

Certains sourds déshumanisent radicalement les autres. Et lorsque la fraternité disparaît, l’humain n’est plus respecté. Rien ne s’oppose plus au mal absolu.

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