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Billet de blog 24 juin 2020

Hexagone

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Il y avait cette photographie de l’être aimé, le visage détourné vers le large,
cette image indélébile qui ne te quittera jamais. Le buste à-demi tourné,
fuyant l’objectif, résumant à lui seul plus d’une décennie de tumultes.
Il y avait ce vide sulfurique qui te dévorait les tripes, qui grandissait en toi
jusqu’à ce que quelque chose explose, jusqu’à ce que le l’imminence d’un
quelque chose advienne. Comme la naissance d’un hurlement, des pulsions
de proférer des insultes, de maudire chaque mouvement que la vie avait pu
t’infliger dans l’âpreté d’une endurance essoufflée.
Il y avait la nécessité de cette supplique de la Passion selon Saint-Jean, cet
élan vertical, désespéré et vain, Herr, unser Herscher, un choeur uni dans le
désarroi d’un silence qui fait écho à une foi.
« Tu es ma foi », tu lui disais. Dans le sens où tu avais accepté l’idée d’un
abandon, d’un sentiment si absolu et exceptionnel qu’il n’appelait aucune
certitude ni aucun confort. Tu avais suivi ce fil permanent sur lequel tu
guidais tes pas et qui voulait que tu affrontes chaque chose en gardant à
l’esprit que tu seras blessé, déçu, mais que ton espoir revendicatif du droit
au bonheur méritait les souffrance, la douleur. Tu n’a jamais cessé d’être
ce sot qui, dans le précipice, espère voler. Parce que c’est ça la vie sans
dieu, sans maître, sans véritable amour. Parce que c’est le prix impossible
de ce que l’on pense être la liberté. Et pourtant, comme tu aurais aimé que
l’on t’attrape, que l’on te retienne.
Il y avait l’alcool et la chaleur, cette combinaison fatale qui te conduit à
écrire des banalités, à laisser libre cours à la candeur intrinsèque qui, au
fond, te moule. Paris étouffante, sale, criante désormais de ces disparités
aussi injustes qu’insupportables. Cette ville hypocrite où la conscience
s’achète à peu de frais, au prix d’un panier bio ou d’un casque pour rouler
en bicyclette.
Il y avait la Révolution. Aujourd’hui elle est grise, elle est statique. Elle est
désormais confinée dans un hexagone.

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