La croissance peut-être mais autrement

l’innovation technologique de rupture a toute sa place et est essentielle mais dans une optique de respect des limites planétaires et ça c’est aussi un challenge formidable pour une croissance autrement.

Les résultats des dernières élections municipales qui ont vu l’arrivée de maires écologistes dans de nombreuses grandes villes françaises a visiblement eu un impact sur les responsables politiques. Le premier ministre parle de « croissance écologique », le ministre de l’économie ajoute le mot « verte » à toutes ses initiatives (croissance verte, finance verte ….). Le mot écologie est l’élément de langage clef de l’action publique.

Selon la définition de l’OCDE, La croissance verte signifie promouvoir la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et services environnementaux dont dépend notre bien-être. Le débat n’est donc pas vraiment celui de la décroissance ou de la croissance du PIB mais de s’assurer que l’activité humaine ne menace pas l’habitabilité de la Terre sur le long-terme. Il faudra respecter le potentiel de renouvellement de la planète ce que l’on nomme les limites planétaires. Les  limites planétaires sont des valeurs seuils définies par la communauté scientifique. Ces scientifiques ont identifié, neuf processus et systèmes régulant la stabilité et la résilience du système terrestre, les interactions de la terre, de l’océan, de l’atmosphère et de la vie qui, ensemble, garantissent à l’Humanité l’existence d’un écosystème viable.  Les neufs limites planétaires sont : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les apports d’azote et de phosphore à la biosphère et aux océans, le changement d’usage des sols, l’acidité des océans, l’appauvrissement de l’ozone atmosphérique, l’usage de l’eau douce, la dispersion d’aérosols atmosphériques et la pollution chimique.

 Se focaliser uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre est une erreur potentiellement génératrice de lourds transferts de pollution (Par exemple c’est le cas du nucléaire peu carboné mais très polluant par ses déchets).

La simple décorrélation entre l’augmentation du PIB et le prélèvement des ressources est maintenant insuffisante c’est un changement global qui est necessaire. Par exemple, la consommation d’énergie a doublé entre 1973 et 2017 avec une part constante des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) de 80%  et pourrait encore doubler d’ici 2050 avec une part d’énergie fossile estimée à 60%. Avec ce scénario où la part d’énergie renouvelable augmente significativement par rapport à la situation actuelle, on va augmenter les émissions de gaz à effet de serre d’environ  50% ce qui est inacceptable.

Par contre avec un scénario de 100% d’énergie renouvelable (Solaire, éolien, biogaz ….) on aurait une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’environ 400% tout en doublant la production d’énergie. Cet exemple simple voire simpliste montre que si la croissance économique mesurée par le PIB reste possible cela ne pourra se faire qu’avec des choix drastiques sur la conception et une intégration stricte de l’économie circulaire.

Les reproches classiques sur une prétendue écologie punitive et décroissante avec un coté supposé moralisateur n’ont pas de sens, seuls les faits scientifiques indiquent notre laxisme passé et la nécessité de prendre des mesures drastiques et forcement difficiles et couteuses.

C’est dans ce cadre, effectivement très contraint, que l’innovation technologique de rupture a toute sa place et est essentielle mais dans une optique de respect des limites planétaires et ça c’est aussi un challenge formidable pour une croissance autrement.

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