"En même temps..."

Commentaires sur quatre articles récemment parus sur Médiapart et mise en perspective. Ramenés à une réflexion systémique, les quatre sujets trouvent une cohérence étonnante...

                Le président Macron s’est fait le chantre du “en même temps” nous explique Pascal Maillard (“Macron, nouveau Tartuffe de l’écologie”, le 25 août). Le même jour, Michel Crinetz nous explique en quoi la notion de PIB est incongrue dans un contexte d’effondrement (“Effondrement de l’humanité et hausse du PIB”, 25 août). La veille, Léo Salami sur son blog nous apprenait que le sauvage ayant tué deux personnes et grièvement blessé une troisième avec son hors-bord le 10 août n’était autre que le milliardaire français  Hugues Mulliez   (“Selon que vous serez puissant ou misérable”, 24 août, Blog de Léo Salami). Le 17 août, Martine Orange s’inquiétait de la crise financière qui s’annonce (“Économie, marchés, monnaies: ce mois d’août où le monde change sous nos yeux”, 17 août, Martine Orange).

 

                Comment ne pas mettre en perspective ces quatre articles ? Comment peut-on faire pour ne pas voir les liens entre eux, et d’ailleurs quantités d’autres sujets abordés dans Médiapart ? L’actualité va-t-elle si vite qu’on en oublie les concordances, la logique, les relations de cause à effet ?

 

                Donc le président Macron veut “en même temps” être de droite et de gauche, être néolibéral et écologiste, favorable à la théorie du ruissellement et au partage des richesses, veut préserver la protection sociale tout en privatisant les services…, toutes choses radicalement inconciliables.  On ne peut croire tout cela en même temps à moins d’être atteint d’une profonde schizophrénie non diagnostiquée. C’est donc de la communication nous dit Pascal Maillard à juste titre.

                Mais dans ce cas, le président Macron doit s’imaginer que ses concitoyens seront incapables de décrypter son discours. Il serait alors imbu de sa personne au point que l’on puisse raisonnablement penser que le bien commun n’est pas sa tasse de thé, tout serviteur de l’État qu’il devrait être.

                Mais dans ce cas, si Macron ne croit pas en son discours et prend le risque d’être décrypté, c’est peut-être qu’il a sérieusement pris goût au pouvoir que d’autres lui ont offert, qu’il s’y accroche, mais n’a pas de réponse à proposer face aux enjeux économiques, climatiques et sociaux que sa fonction lui intime de traiter.

                Plus grave encore, ceux qui, de toutes pièces, ont créé le président Macron, n’ont pas non plus de solutions. S’ils en avaient, ils les  souffleraient à l’homme lige qu’ils se sont donné, au lieu de le laisser se débattre avec sa pauvre rhétorique et ses techniques de communicant. Quand un système laisse percer dans le discours de ses grands prêtres tant d’impuissance, on peut s’interroger sur la validité du dit système. Le système serait-il à bout de souffle ? C’est en tous les cas ce que nous dit Martine Orange à propos de la finance.

                C’est aussi ce que confirme le superviseur financier Michel Crinetz en nous expliquant que le PIB est une mesure de la production qui ne mesure rien de la réalité, que Macron aurait voulu changer de mesure mais ne le peut pas.  Tous les gouvernants et économistes (mis à part au tout petit Bhoutan) continuent à se servir d’un étalon qui ne sert à rien pour décrire la réalité, mais ne veulent pas en changer car cela les contraindrait à changer aussi d’idéologie. Quand les élites d’un système préfèrent tordre la réalité plutôt que d’admettre que leur idéologie les a induits en erreur, c’est le commencement de la fin…

                En lisant le billet de Martine Orange où elle décrit la peur panique des investisseurs contraints de perdre de l’argent dans des produits financiers à taux négatifs pour ne pas tout perdre, on se dit que le cœur du système, l’argent, n’est pas loin de l’infarctus.  On a beau chercher parmi tous ces éminents économistes qui nous abreuvent de contre-vérités, de théories non démontrées et en plus nous affirment qu’il n’y a pas d’alternative au libéralisme, on ne trouve pas une once de solution dans le cadre qu’ils se sont eux-mêmes fixés. Quand l’Empire panique, la chute n’est pas loin…  

                Et c’est l’un des membres de cette élite qui tue deux personnes en jouant avec son hors-bord dans un pays étranger déjà bien saccagé par le système, qui prend la fuite pendant deux jours soi-disant pour chercher un avocat, et rentre tranquillement chez lui moyennant une caution de 50 000€ (une bricole au regard de sa fortune, un scandale pour les Grecs qui se voient privés de leur habitation principale pour des dettes de quelques milliers d’euros vis-à-vis du fisc). Quand les élites d’un système sont aussi peu responsables de leurs actes, aussi inconscientes des souffrances qui les entourent, c’est généralement que l’effondrement n’est pas loin…

                Si l’on ajoute à cela le scandale Bolsonaro qui pille l’Amazonie pour remplacer la forêt primaire par du soja transgénique bourré de chimie, celui de Macron qui a approuvé le Mercosur et permis l’importation en France du dit soja et joue aujourd’hui les vierges effarouchées, si l’on compare le résultat du G7 au déploiement de force pour neutraliser le contre-sommet, quand on se met à relier ainsi un à un les articles de Médiapart, on se prend à rêver que le colosse qui nous domine a des pieds d’argile et qu’il va nous libérer par sa chute, sans même que nous construisions un grand soir, sans même que nous dussions établir entre lui et nous un puissant rapport de force…

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