BlackRock nous veut du bien !

BlackRock, c’est le plus puissant fond d’investissement américain. Il commence à être connu en France grâce au président Macron qui apprécie particulièrement son patron Larry Fink, qu’il a invité à plusieurs reprises à Élysée, et laisserait volontiers les pensions françaises tomber dans l’escarcelle de Larry.

            BlackRock, c’est le plus puissant fond d’investissement américain (⚭). Il commence à être connu en France grâce au président Macron qui apprécie particulièrement son patron Larry Fink, qu’il a invité à plusieurs reprises à l’Elysée, et laisserait volontiers les pensions françaises tomber dans l’escarcelle de Larry.

            Larry Fink a développé son entreprise à la faveur de la crise de 2008 en la fondant sur la pratique peu connue des ETF, Exchange Traded Funds c’est-à-dire des fonds négociés en bourse. Traditionnellement, les financiers spéculaient sur les actions, lesquelles sont soumises à d’importantes fluctuations peu prévisibles. Les ETF sont des ensembles d’entreprises différentes, des “segments de la bourse”. Le résultat, c’est que la valeur des ETF ne dépend plus de la valeur des entreprises mais de la valeur de l’indice boursier de l’ensemble du segment. Black Rock présente cela comme une sécurité pour l’investisseur, du petit épargnant au fonds de pension, mais c’est en vérité une épée de Damoclès qui pèse sur l’ensemble de l’économie mondiale. BlackRock est devenue en dix ans une multinationale qui traite plus d’argent que toutes les plus grandes banques classiques du monde. Elle gère les ¾ des fonds de pensions américains et a acquis un quasi-monopole dans ce secteur financier.    

            Il est donc bon de faire le point sur cette entreprise qui représente un risque systémique grave. En cas de chute de l’entreprise, c’est l’ensemble des grandes banques et industries qui seraient impactées. Elle n’a aucun garde-fou, et surtout, aucun fond propre puisque qu’elle ne fait que travailler avec l’argent des autres, en pratiquant des coûts de gestion si bas qu’elle a tué toute concurrence sérieuse. A la moindre panique boursière, BlackRock peut s’effondrer et faire tousser l’ensemble de l’économie mondiale. Or, la direction n’a aucune retenue, pas même vis-à-vis de ses employés qui ont dû intenter un procès contre elle, la valeur de leurs points retraite ayant brusquement chuté. BlackRock a délibérément transféré l’argent de ses employés sur des fonds médiocres et encaissé des frais à chaque opération. Par appât du gain, la direction a réduit drastiquement les pensions de ses propres salariés pour plus de profits. Le préjudice s’élèverait à des millions de dollars. 

                Et c’est cette entreprise qui plait tant à Emmanuel Macron, vers ce système qu’il tente de diriger les retraites françaises sous couvert de garantie, d’universalisme, de justice et d’équité !!! La politique du gouvernement Macron met en danger la retraite des Français en s’appuyant sur une entreprise qui met aussi en péril la stabilité de l’économie mondiale… C’est le pari fou d’un joueur de poker qui miserait sur l’argent des autres !

                BlackRock possède un big data qui dépasse largement les capacités d’analyse des gouvernements, des places boursières, des entreprises. Plus de 6000 serveurs de calculs haute performance recensent et analysent toutes les empreintes numériques que nous laissons par le e-commerce, les cartes bancaires, les réseaux sociaux, etc. Cette plateforme de gestion des risques prénommée “Aladdin” peut déterminer avant tout le monde quelles sociétés vont bien ou mal, quels sont les projets des Politiques, où va éclater la prochaine crise. Cet outil permet à Blackock de s’immiscer dans les politiques nationales et de pratiquer allègrement le jeu des portes tournantes. En juillet 2015, après avoir épluché les comptes de toutes les banques grecques à la demande de la BCE, BlackRock a acheté des obligations d’État grec au moment même où le monde entier spéculait sur la prochaine chute de leur valeur. Puis, quand la Troïka a imposé la privatisation massive des bâtiments publics de la Grèce, BlacRock a été la première société à investir massivement, avec l’aide du responsable grec de ces privatisations, Paskalis Bouroulis, lequel sera récompensé par le juteux poste de représentant BlackRock en Grèce.

            Au Mexique, quand un homme de gauche est candidat à la présidentielle, Larry Fink, qui a investi des milliards dans le secteur énergétique du pays, s’inquiète des possibles nationalisations que le candidat Lopez Obrador préconise. Dès que les deux hommes se rencontrent, il n’est plus question de nationalisation et les fonds de pensions mexicains sont offerts sur un plateau à BlackRock. Aucun Politique mexicain, de droite ou de gauche, ne peut se passer d’un tel investisseur.  En 2008, en pleine crise, le seul que le gouvernement Barak Obama ait trouvé pour analyser la situation de Lemman Brothers, c’est Larry Fink, lequel a empoché quelques milliards pour mettre Aladdin au service de l’État. Comment lutter contre un tel pouvoir ? En outre, une société qui brasse presque autant d’argent que l’État américain, qui participe aux Conseils d’administration de 17 000 entreprises dans le monde (y compris les GAFAM), possède de facto un pouvoir de chantage que les gouvernants ne peuvent négliger. Le président Macron n’échappe pas à cette influence et entretient de  très bonnes relations avec Larry Fink. Les privatisations qu’il a entreprises ont été confiées à Jean-François Cirelli, PDG de BlackRock-France, lequel prône sans cesse une retraite gérée par les fonds spéculatifs….

            On peut alors se demander à quoi sert de voter. Un Président issu de la FI, du PC, du NPA, serait, à peine élu, “convoqué” par Larry Fink et contraint, comme Obama, Tsipras ou Lopez-Obrador, de mettre beaucoup d’eau dans son verre de vin ! L’argent se condense mécaniquement entre des mains de moins en moins nombreuses, quelques soient les intentions politiques, la valeur des hommes, la configuration politique choisie. L’argent confère un immense pouvoir à celui qui le contrôle, c’est tout aussi mécanique. Or, le système de l’échange marchand induit la nécessité de réaliser des profits financiers, lesquels se concentreront tôt ou tard sur une ploutocratie quelconque, laquelle fera des lois à sa mesure lui permettant de spolier les masses productrices. A la fin, il y aura toujours un Larry Fink qui dictera ses consignes aux peuples dit souverains, un Larry qui se dira défenseur de la Démocratie et clouera au pilori médiatique quiconque imagine une politique environnementale qui l’empêche de spéculer en rond et de faire ruisseler sa richesse via ses Fondations humanitaires !

            Les solutions définitives existent pourtant. (Voir) Qu’y a-t-il de naturel dans l’outil monétaire, dans l’échange marchand, dans la propriété privée, dans les marchés, sinon une habitude millénaire ? Cette construction sociale est-elle transcendante ou immanente ? BlackRock est capable de traiter des milliards d’opérations financières en temps réel dans son centre “Aladdin” qui n’a rien de magique, et nous ne serions pas capables de gérer, avec ce même outil, une mise en accès direct et sans condition de tout ce qui est nécessaire à notre reproduction matérielle ?... 

            A force d’intelligence perverse, des Larry Fink vont finir par nous pousser au suicide collectif. Pendant ce temps, la nature produit plus que l’homme, de façon plus high-tech que le CERN ou la NASA, sans déchets, sans pollution, sans massacres de masse. On invite à Paris le chef yanomani Davi Kopenawa, on l’exhibe comme une star, mais on ne l’écoute pas, incapables de comprendre que les peuples premiers sont peut-être des “peuples pionniers”. On s’habille de jaune, on jette les blouses blanches, les robes noires et les cartables pour exiger, de Politiques impuissants, qu’ils contrôlent les Larry Fink et moralisent le capitalisme. Comme le chantait Boris Vian, y a quelque chose qui cloche là-dedans, j'y retourne immédiatement …” !

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