A l'aide, je suis malade...

Suite à l'article paru hier sur Médiapart "La France insoumise se disloque autour de l’islamophobie", je remercie Pauline Graulle de m'avoir alerté sur ma propre phobie...

A l’aide, je suis malade…

 

                A l’aide, au secours, je suis malade. Je viens de découvrir que je suis atteint d’islamophobie puisque contre le port du voile dans l’espace public, alors que je me croyais en bonne santé, antiraciste, républicain et même libertaire. Le diagnostic vient de m’être annoncé par les meilleurs spécialistes en la matière, de surcroît membres actifs de la RFI, les insoumis Youcef Brakni, Madjid Messaoudene, Taha Bouhafs et autres.

                Malade certainement, car la phobie n’est pas une simple peur (une  φοβος en grec) mais une pathologie exigeant traitement. On soigne bien les agoraphobes, les claustrophobes, les aviophobes, les haptophobes, pourquoi pas les islamophobes…

                Déjà, il y a quelques temps, je m’étais inquiété d’une tendance à la fachophobie qui se manifestait chez moi par une méfiance inexplicable autant qu’irrépressible envers l’extrême droite, l’autoritarisme, les replis identitaires, l’usage de la force contre l’esprit, symptômes éminemment inquiétants.

                Mais là, c’était carrément alarmant, vu que je fréquente des Ahmed, des Zoubir et autres Malika. Certains d’entre eux sont musulmans, ce qui ne me dérange pas plus que d’avoir une sœur catholique pratiquante que je trouve d’une incroyable humanité. D’autres sont athées comme moi, ce qui n’est en rien un gage de qualité, mais permet des débats desquels je m’abstiens avec les premiers.

                Et là, brutalement, je me découvre islamophobe, c’est-à-dire raciste (avoir peur d’une race ou d’une religion, c’est pareil), anti-arabe (ce qui sauve au moins quelques amis berbères et non arabes, musulmans et non intégristes), et donc antirépublicain (puisque la Res Publica, la chose publique, c’est le savoir vivre ensemble au-delà des différences).

                Et moi qui croyais être simplement contre l’intégrisme islamiste -qui se caractérise par le port du voile, par la référence à la Charia version chiite, par la lapidation des femmes adultères et la décapitation des homosexuels-, comme le sont d’ailleurs la plupart de mes amis issus, par pur hasard, du Maghreb et de familles musulmanes.

                Mais au fait, si ces amis partagent eux aussi mes aversions vis-à-vis du voile, du burkini ou des prières en public (procession catholique ou prière du vendredi dans la rue), eux aussi seraient islamophobes, même ceux qui lisent le Coran avec respect… Il faut vite que je les alerte, qu’ils aillent consulter un "imamothérapeute". Il serait fâcheux que de bons musulmans se découvrent islamophobes, contradiction interne qui les mènerait tout droit vers la schizophrénie…

                Amis humanistes et éclairés, aidez-nous, nous sommes malades !!!       

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