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Billet de blog 13 juil. 2015

Le 4ème crime contre la Grèce : le meurtre prémédité.

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En partie grâce à son sourire timide et modeste à l’opposé tout « bling-bling », Angela Merkel a, auprès du peuple allemand, une image de gentille maman protectrice, sage, honnête et économe . Elle tient beaucoup à cette image et consacre à son entretien une grande partie de son action politique : ne rien faire qui puisse heurter une fraction de son électorat, donc éviter de faire des choix politiques, donc « en faire le moins possible ». Mais il arrive que l’on soit obligé de faire des choix ; dans un tel cas, on s’arrange pour en faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre.

Exemples

-      « J’ai été obligée de sauver les banques allemandes, mais je prétends que j’aide la Grèce et que tout est de la faute des Grecs »

-      «  Je pousse au Grexit mais je prétends que c’est la faute du gouvernement de Tsipras qui n’est pas digne de confiance ».

Mais A. Merkel n’aimerait pas du tout que le peuple allemand puisse penser un jour qu’elle lui a menti, et il suffit qu’elle ait menti une fois pour qu’elle soit condamnée à inventer de nouveaux mensonges pour cacher le premier.

Dans l’affaire grecque, avant le 4ème crime contre la Grèce qu’a été le sommet européen des 11 et 12 juillet 2015, A. Merkel avait déjà commis plusieurs mensonges /crimes, dont celui de 2010 qui a été le mensonge originel. Je rappelle brièvement les trois premiers crimes contre la Grèce :

-      En 2010, A. Merkel profère devant le peuple allemand deux gros mensonges : elle fait passer le sauvetage des grandes banques européennes par un plan d’aide à la Grèce, et elle assure au contribuable allemand que cela ne lui coûtera rien. Elle choisit comme bouc émissaire la Grèce, et ce faisant elle n’hésite pas à monter les peuples les uns contre les autres.

-      Entre 2010 et 2015, elle impose (mais elle n’est pas la seule) à la Grèce une politique qui est censée lui amener la croissance économique seule capable d’aider la Grèce à rembourser ses dettes, mais qui en fait aboutit à l’exact contraire, à un effondrement de l’économie grecque. Ce terrible échec est très rapidement une évidence pour le monde entier, sauf pour ceux qui l’ont initié et veulent le perpétuer malgré l’évidence.

-      En 2015, alors qu’un nouveau gouvernement est élu en Grèce, et qu’il crie, comme la grande majorité des Grecs : «  Nous voulons rester dans l’euro, mais nous ne voulons plus de cette politique d’austérité qui nous tue », A. Merkel (mais elle n’est pas la seule) lui répond : « Le maintien dans la zone euro et la politique d’austérité forment un tout indissociable ; si vous voulez rester dans l’euro, vous acceptez l’austérité, si vous ne l’acceptez pas vous quittez la zone euro ». Mais elle ne présente pas les choses ainsi devant les peuples européens et met au contraire en branle une formidable machine de propagande pour faire porter au gouvernement Tsipras la responsabilité de l’échec des « négociations » au niveau de l’Eurogroupe. Son complice Schäuble a joué dans cette gigantesque manipulation un rôle particulièrement pervers.

-       

Nous arrivons enfin au quatrième crime qui commence au soir du référendum du 5 juillet 2015 et aboutit à « l’accord » du 13 juillet. Le gouvernement allemand a commencé son offensive avec la mise en place du thème de la « confiance brisée », magnifique enfumage repris par la plupart des médias, y compris français, le dit-thème devant servir à justifier toutes les surenchères, toutes les provocations, toutes les humiliations qui auraient dû pousser les Grecs à refuser l’accord et à porter ainsi la responsabilité du Grexit, selon les bonnes techniques manipulatoires d’A.Merkel. C’est ainsi que l’on a vu le gouvernement allemand sortir de son chapeau de nouvelles exigences :

-      la sortie temporaire de la Grèce de la zone euro (5 ans)

-      -la constitution d’un fonds indépendant de 50 milliards d’euros pour gérer les privatisations, véritable hold-up sur les biens patrimoniaux de la Grèce.

   Tsipras ne pouvait que refuser cela, et pourtant il    semble avoir accepté le 2ème volet..

-      Diverses autres mesures humiliantes comme la mise sous tutelle des ministères ou du Parlement grec.

Cet « accord » est donc une capitulation sans conditions d’Alexis Tsipras, une catastrophe pour la Grèce. Cela signifie une augmentation de la dette de plusieurs dizaines de milliards d’euros sans perspective de renégociation ; c’est aussi une poursuite de la politique d’austérité qui va mécaniquement aboutir à une nouvelle baisse du PIB, augmentation du chômage et de la misère. F. Hollande, qui veut se présenter comme l’homme qui a sauvé la zone euro en empêchant le Grexit, semble avoir joué un rôle trouble dans cet « accord ». Il aurait en effet pu – et dû - dire aux Allemands : « On ne discute pas sur la base des nouvelles exigences apparues dans l’Eurogroupe ce samedi, on sort de ce tourbillon hystérique, on se calme et on discute rationnellement ». Mais il ne l’a pas fait. L’Histoire sera sans doute assez sévère avec lui.

En attendant, A. Merkel et W. Schäuble peuvent jubiler. Mais que d’inconnues pour l’avenir !

-      Une grave crise politique semble inévitable en Grèce, demain ou dans les mois qui viennent. On se demande surtout où les créanciers vont trouver des homes politiques grecs prêts à appliquer un accord si manifestement contraire aux intérêts grecs…. peut-être des hommes peu attachés à la vie ?

-      Combien de temps la zone euro va-t-elle se maintenir ? Car maintenant la droite allemande fait peur. Mais quand écoute Sigmar gabriel ou Martin Schultz, on a aussi peur de la gauche allemande que de la droite.

Jean Desmarais le 13 juillet 2015

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