Jean-François Desmarais
Abonné·e de Mediapart

7 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 janv. 2015

La liberté d'expression a-t-elle une couleur politique?

Jean-François Desmarais
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la suite des horribles crimes qui ont endeuillé la France, du profond traumatisme aui a suivi, et de la grande manifestation d'union du 11 janvier, un petit parti de la mouvance identitaire, le BFPCIF ( Bloc des Français Patiotes Contre l'Islamisation de la France) a décidé de surfer sur la vague d'émotion soulevée en sortant un numéro spécial de son journal composé uniquement de 8 pages de caricatures. Ne pouvant les reproduire ici, nous nous bornerons à décrire les 2 premières.

1ère caricature: Un homme jeune, debout, occupe toute la moitié droite du dessin. Il est très beau, ses longs cheveux blonds flottent au vent, un bandana enserre son front, au dessus de ses yeux clairs et de ses traits réguliers; il est torse nu, ses muscles saillent. Il tient un pistolet mitrailleur au niveau de la taille. Face à lui, un groupe d'hommes beaucoup plus petits que lui. Ils sont tous contrefaits, bossus, boiteux. Ils ont de longs nez crochus, des yeux qui louchent, des verrues. Ils sont habillés de djellabahs et chaussés de babouches. Pas de bulle, pas de paroles, juste au bas du dessin ce commentaire: "Vas-y".

2ème caricature: Le même homme aux commandes d'un avion. Sous les ailes de l'avion, des bombes; sous les bombes, une ville hérissée de coupoles et de tours pointues. Le même commentaire: "Vas-y".

Ainsi pendant 8 pages, avec le même personnage dans des situations variées, et un seul commentaire: "Vas-y".

Le tirage a été confidentiel mais dès le premier jour de sa parution, le gouvernement a décrété l'interdiction de ce numéro spécial. Le Premier Ministre, Manuel V., a publié un communiqué:

Communiqué du Premier ministre: " En raison du caractère de ces dessins qui peuvent être considérés comme un appel à la haine raciale et au meurtre, ce numéro spécial est de nature à troubler l'ordre public et sa diffusion est en conséquence suspendue."

Dès le lendemain le journal "Faveurs Factuelles"  a protesté contre cette "inacceptable atteinte à la liberté d'expression". Cette protestation a été relayée par plusieurs médias qui ont appelé à une grande manifestation samedi prochain contre la censure et pour défendre la liberté d'expression. Voici maintenant les réactions que l'on a pu voir et lire dans les principaux médias.

Journal de TF1, 20H20, un lycéen à la sortie d'un lycée: "On a bien le droit de dire, d'écrire ou de dessiner ce qu'on veut!"

BFM-TV, 19H35: L'avocat du BPFCIF déclare: "Rien dans ces caricatures ne peut être considéré comme un appel à la haine raciale, puisqu'il n'y est nulle part fait mention d'une race ni même d'une religion. Quant à l'appel au meurtre, c'est affaire d'interprétation, et je ne vois pas ce qui dans ces dessins pourrait être considéré comme tel. Ensuite la jurisprudence nous est favorable dans la mesure où la justice considère qu'un dessin comme la 1ère caricature de Mahommet du journal danois "Jyllands Posten" en 2005 ne relevait pas de ces délits. Je rappelle à ceux qui ont la mémoire courte que ce dessin - un vieillard représentant Mahomet/ l'Islam/ les Musulmans et portant un turban qui est une bombe de terroriste - établit une équation maintenant amplement vérifiée: Musulman=terroriste, et signifie, pour tous ceux qui refusent le réel, que les Musulmans représentent globalement une menace pour le reste de l'Humanité, et doivent être dénoncés, mis à l'écart et hors d'état de nuire. 

Grand Journal de Canal +, 19H15: Jean-Luc M., ancien président du parti ARISTERA: "Ces caricatures ont tout de suite fait remonter en moi des sensations d'une extrême violence surgies du fond de l'Histoire la plus douloureuse pour l'Humanité: en 1935 en Allemagne, le journal "Völkischer Beobachter" ou peut-être "Der Stürmer" publiait des caricatures représentant les Juifs comme des êtres très laids - nez crochus, strabisme, verrues, malformations du dos et des jambes - responsables de tous les malheurs des Allemands, et qu'il fallait chasser rapidement de la communauté humaine. Les caricatures du BPFCIF sont dans la droite ligne de celles du "Völkischer Beobachter ". On sait comment tout cela s'est terminé. Ces caricatures sont donc pleinement des appels au meurtre et il faut les interdire. 

Sur les principales télévisions entre 20H et 20H30: "François, dans l'avion qui l'emmeène en Asie, déclare:" Il y a deux mille ans déjà, du temps de Néron, les Chrétiens étaient dessinés avec des oreilles d'âne ( le pauvre animal avait déjà sa réputation de stupidité) et le Christianisme n'en est pas mort. Alors les Musulmans peuvent bien accepter quelques blagues qui, même si elles ne sont pas toujours très fines, n'empêchent personne de croire ce qu'il ou elle a envie de croire, et surtout, ne peuvent en aucun cas justifier la mort d'autrui. D'autre part, une foi religieuse qui est vraie et profonde ne craint pas le regard d'autrui et ne peut être détruite ni par des paroles, ni par des dessins et ni même par des armes. Si des Musulmans ont peur de dessins, c'est que leur foi est faible, puisqu'ils n'ont aucune confiance dans sa force."

France Inter, 8H23, un philosophe médiatique déclare: "Ces caricatures sont nauséabondes, mais c'est aux Français de dire s'ils les acceptent ou pas. Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire. Je me rallie donc à l'appel de "Faveurs Factuelles" et j'irai manifester samedi.

Et vous, irez-vous manifester samedi?

PS. Tout ce ci est une fiction ( totalement invraisemblable?).

A

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Entreprises
L’État a fait un cadeau insensé à Bolloré
L’État acquiert pour 31 millions d’euros les installations de l’oléoduc Donges-Metz qu’il devait récupérer gratuitement au terme de la concession octroyée au groupe Bolloré pendant vingt-sept ans. Pendant cette période, ce dernier s’est servi plus de 167 millions d’euros de dividendes.
par Laurent Mauduit
Journal
Raoul Peck, invité exceptionnel d’« À l’air libre »
Le réalisateur vient présenter sa nouvelle série documentaire, « Exterminez toutes ces brutes », diffusée jusqu'au 31 mai sur le site d’Arte. 
par à l’air libre
Journal — Gauche(s)
La gauche Taubira existe-t-elle ?
Encensée pour sa puissance d’incarnation par les uns, raillée pour son absence de projet par les autres, Christiane Taubira compte sur l’élan de la Primaire populaire, qui s’achève le 30 janvier. Mais sur le fond, il reste difficile de savoir à qui exactement parle cette candidature.
par Mathieu Dejean
Journal — Politique
Le député Peltier mobilise son équipe parlementaire pour le meeting d’Éric Zemmour
Visé par une enquête judiciaire pour son utilisation de fonds publics liés à ses mandats d’élu, Guillaume Peltier, porte-parole d’Éric Zemmour, continue à mélanger les genres : c’est l’une de ses assistantes parlementaires qui a cherché et visité la salle où le candidat d’extrême droite doit s’adresser vendredi au « monde rural ».
par Sarah Brethes

La sélection du Club

Billet de blog
« Je ne vois pas les sexes » ou la fausse naïveté bien-pensante
Grand défenseur de la division sexuée dans son livre, Emmanuel Todd affirme pourtant sur le plateau de France 5, « ne pas voir les sexes ». Après nous avoir assuré que nous devions rester à notre place de femelle Sapiens durant 400 (longues) pages, celui-ci affirme tout à coup être aveugle à la distinction des sexes lorsque des féministes le confrontent à sa misogynie…
par Léane Alestra
Billet de blog
En Afghanistan, on décapite impunément les droits des femmes
Les Talibans viennent d’édicter l’interdiction de toute visibilité du visage féminin dans l’aire urbaine, même celle des mannequins exposés dans les commerces. Cette mesure augure mal pour l’avenir des droits de la population féminine, d’autant qu’elle accompagne l’évacuation forcée des femmes de l’espace public comme des institutions, établissements universitaires et scolaires de l’Afghanistan.
par Carol Mann
Billet de blog
Un filicide
Au Rond-Point à Paris, Bénédicte Cerutti conte le bonheur et l'effroi dans le monologue d’une tragédie contemporaine qu’elle porte à bout de bras. Dans un décor minimaliste et froid, Chloé Dabert s'empare pour la troisième fois du théâtre du dramaturge britannique Dennis Kelly. « Girls & boys » narre l’histoire d'une femme qui, confrontée à l’indicible, tente de sortir de la nuit.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Traverser la ville à pieds, être une femme. 2022
Je rentrais vendredi soir après avoir passé la soirée dehors, j'étais loin de chez moi mais j'ai eu envie de marcher, profiter de Paris et de ces quartiers où je me trouvais et dans lesquels je n'ai pas souvent l'occasion de passer. Heureusement qu'on m'a rappelé, tout le trajet, que j'étais une femme. Ce serait dommage que je l'oublie.
par Corentine Tutin