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Billet de blog 5 avril 2019

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Affaire d'État...

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Affaire d'état...

Bombardement ou opération spéciale, voilà le choix. Traiter le problème d'une manière ou l'autre. Ne rien faire au risque d'une aggravation possible de la situation n'est pas une option. Quand la souffrance sourde s'installe dans la durée, la liberté de décision s'étiole.

Après une première alerte plus aucun doute : le diagnostic est posé en urgence. Il s'agit d'une attaque inamicale d'éléments étrangers infiltrés. A moins que nous les ayons nous mêmes engendrés ? Qui peut le dire ? D'où viennent-ils ? Aucune certitude ; ce que l'on sait est qu'ils étaient probablement dormants depuis plusieurs années et qu'ils ne se sont manifestés que très récemment. De toute façon cette catégorie d'assaillants demeure très difficile à repérer tant ils s'adaptent au milieu dans lequel ils vivent. C’est la « taqîya » en Islam : dissimuler sa religion, se fondre dans la masse et adopter des pratiques impies, à l’origine pour éviter les persécutions, aujourd’hui pour tuer des innocents. Personne ne les a vus préparer leur mauvais coup même si dans leur voisinage immédiat quelques symptômes laissaient penser que ces deux-là pouvaient créer des problèmes. Mais qui prend encore le temps de prêter attention à quelques signes avant-coureurs inhabituels ? Ce monde va si vite et chacun vaque à ses occupations, contraint et forcé parfois, sans faire vraiment cas de lui-même, ni des autres. Ces deux gaillards, solides comme des rocs, préparaient tranquillement leur méfait qui serait vécu comme un véritable coup de poignard dans le dos quand on saurait ce qui était arrivé.

C'est en pleine nuit d'un Paris endormi qu'ils sont passés à l'action. Ils se sont mis en mouvement sur le coup des dix heures du soir, vers la rue Jacob. Ils ont investi les lieux sans coup férir et ont rapidement gagné la position qui leur était assignée. Sans faire de bruit, insidieusement, ils ont atteint leur objectif et ont pris l'homme en otage, par totale surprise. Jamais il n'avait été menacé. S'il travaillait au Moyen Orient depuis trente ans l'homme était sans histoire. Il avait connu les deux guerres du Golfe et avant cela celle de l'Iran contre l'Irak (pays qui aurait passé près d'un quart de siècle en guerre pour être finalement détruit !) les multiples "intifada" en Palestine, il avait visité Israël et la Libye et vécu l'aggravation de la folie de la "communauté internationale" à vouloir changer le monde arabe malgré lui. Jamais il ne s'était exposé au delà du raisonnable. Il ne traitait pas avec les pays arabes, il travaillait avec LES ARABES, les hommes et les femmes de ces pays, nuance d'importance. D'où et de qui pouvait donc venir cette idée de le prendre en otage ?

Les deux assaillants l'immobilisèrent toute la nuit résultant en un mal de chien. Il tenait bon et ne se plaignait pas. Il souffrait en silence, cherchant sans la trouver une position la moins inconfortable possible. Que voulaient-ils donc ? Avaient-ils au moins une revendication ? Une cause à défendre ? Impossible à dire, ils agissaient dans le plus grand mutisme, un silence de pierre, pas un mot ne fut prononcé de toute cette interminable nuit.

Et puis, brusquement, au petit matin, sans prévenir, sur un signe presque imperceptible de l'un à l'autre, ils partirent comme ils étaient venus, peut-être pour aller ailleurs mijoter quelque nouveau mauvais coup. Délivrance et soulagement. Encore sous le choc, il se dit à lui-même qu'ils avaient pu se tromper de cible, que ce n'était pas lui qui était visé, qu'ils s'étaient rendus compte de leur erreur. Étrange sentiment que de se sentir prisonnier d'une situation qui vous dépasse, les pensées s'entrechoquent comme neutrons et protons bombardant des nucléons.

L'homme, fatigué et abasourdi par cette crise nocturne, ne savait que penser de cette incroyable histoire. Devait-il considérer cette agression comme un coup de semonce de la part de ses tortionnaires qui finalement l'avaient, cette fois, laissé en bon état, même si la douleur était encore présente ? Un avertissement sans frais pour le faire réfléchir ? Mais réfléchir à quoi ? Comment expliquer l'incompréhensible ? L'homme était cependant déterminé à se pencher sur son propre cas pour faire lumière sur lui-même après cette invraisemblable nuit de souffrance.

Après avoir consulté spécialistes, entendu experts se prononcer, et passé beaucoup de temps à se poser lui-même les questions, l'homme comprit qu'on lui avait bel et bien envoyé un avertissement, une sérieuse mise en garde. Contre qui et pourquoi, il ne le savait pas encore mais il était bien décidé à trouver réponse et à faire face au problème qui lui était posé.

Consultations, analyses, examen approfondi du terrain, explorations diverses et variées occupèrent ses semaines suivantes. A l'aide de l'imagerie haute résolution, il réussit à progresser bien que certains éléments continuaient à lui échapper. Il finit par disposer d'une radiographie presque complète de la situation où il lui semblait, jour après jour, que le couvercle de la boîte de Pandore de tous les problèmes possibles et imaginables avait été soulevé. En chemin, il découvrit que la liste des victimes récentes de l'arbitraire s'égrainait comme un komboloï grec : Abdu, Christian, Frauke, J., L., René, M. et tant d'autres. Pour eux tous pas d'hommage national ni de Légion d'Honneur posthume. La mort s'approche, parfois de près, pour ne plus lâcher prise, jeunes et moins jeunes tous à la même enseigne, à la merci d'éléments hostiles comme les deux agresseurs qui l'avaient fait souffrir toute la nuit.

Alors la riposte se devait d'être impitoyable.

Elle le serait.

Sans déclarer l'état d'urgence, sans fermer les frontières, ni même modifier la Constitution de la République, il fut décidé, en haut lieu et sans trembler des LES bombarder.

L'année pourrait commencer par une guerre "juste", si sans tant est qu'il en existe.

A très brève échéance, les deux lithiases qui le torturaient seraient pulvérisées !

Septembre 2016

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