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Billet de blog 1 févr. 2015

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Varoufakis à Paris: dernière chance pour l'Europe?

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Par Jean-François et Olivier Goulon, respectivement éditeur et traducteur du "Minotaure planétaire", l'indispensable ouvrage de Yanis Varoufakis, dans lequel il nous livre sa vision du monde et de l'Europe.

Après avoir "tué la Troïka", vendredi à Athènes, Yanis Varoufakis, le ministre des Finances de la Nouvelle Grèce, entame sa tournée dans certaines capitales européennes afin d’y explorer la possibilité de renégocier directement avec elles la partie de la dette grecque qu’elles détiennent.

Aujourd’hui à Paris, demain à Londres et mardi à Rome, il rencontre ses homologues Michel Sapin, George Osborne, et Pier Carlo Padoan, au grand dam d’Angela Merkel et de Wolfgang Schaüble. Au-delà de la dette grecque, il ne fait aucun doute que la question de l’Allemagne sera largement abordée. Pour autant, arrivera-t-il à ouvrir un front commun visant à faire accepter à Schäuble l’inévitable nécessité d’un effacement partiel de la dette de son pays ? Rien n’est moins sûr. Et, pour compliquer un peu plus cette mission qu’il mène au pas de charge, il est souvent accusé d’être anti-allemand et de vouloir faire payer l’Allemagne.

Qu’en est-il vraiment ?

Lundi dernier, au lendemain de la victoire de Syriza, M. Varoufakis déclarait dans une interview donnée à la BBC, « mon message pour les Allemands n’est pas qu’il faut que vous nous donniez plus d’argent, mais que vous nous en avez déjà donné beaucoup trop ! »

Histoire d’enfoncer encore un peu plus le clou, il invite dans la nuit de vendredi à samedi les journalistes, par l’intermédiaire de son compte Twitter, plutôt que de déformer sa pensée et de tirer des conclusions hâtives, à prendre connaissance d’un texte qu’il a posté sur son blog en février 2013 et que l’on pourrait qualifier de plaidoyer pour la défense d’une Allemagne hégémonique en Europe !

Ceux d’entre nous qui ont lu son livre le Minotaure planétaire savent bien ce que Yanis Varoufakis veut dire. Derrière la formule choc, le raisonnement est d’une clarté limpide.

La raison du miracle allemand est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Washington a fait le choix de l’Allemagne et du Deutsche Mark.

« Pendant 60 ans, l’Allemagne a été choyée par une Amérique hégémonique qui a veillé à l’annulation de ses dettes de guerre, au revirement complet du plan allié qui voulait le démantèlement de son industrie et, et c’est ici le point crucial, à assurer la pérennité d’une demande mondiale pour sa production manufacturière, permettant ainsi aux industriels allemands de n’avoir à se concentrer que sur l’optimisation des conditions de fabrication de marchandises de qualité et à forte valeur marchande. »

Mais, depuis 2008, les États-Unis ne sont plus à même de soutenir la demande mondiale au niveau dont l’Allemagne a besoin. La classe politique et les industriels allemands devront bien, tôt ou tard, se rendre à l’évidence de ce changement de paradigme et relever le défi qui consistera pour eux à endosser au niveau européen le rôle que les États-Unis déchus remplissaient jusque-là au niveau mondial. Et le plus tôt sera le mieux.

« Le temps de la transmutation de l’Allemagne, de puissance dominatrice en puissance hégémonique, est donc venu. Il faut pour l’Europe que l’Allemagne soit prête à cette métamorphose et, pour tout dire, il le faut pour l’Allemagne aussi. »

Quel est ce rôle hégémonique de l’Allemagne que le ministre des finances de la Nouvelle Grèce appelle de ses vœux ? Il s’agit pour Berlin et Francfort de se souvenir que l’Âge d’or du capitalisme, les Trente Glorieuses, ne fut possible que parce que Washington décida de réinvestir, sous la forme du Plan Marshall, en Europe (et plus tard au Japon) une partie des revenus tirés de son commerce extérieur, permettant ainsi de relancer la consommation et l’industrialisation dans une Europe dévastée par la guerre.

« Mais que ferait l’Allemagne de sa position hégémonique ? Sa préoccupation ira alors au-delà du souci d’imposer rigueur budgétaire et réformes des marchés. Parce qu’elle est parfaitement consciente du fait qu’une offre de produits de très haute qualité ne suffit pas à générer de manière automatique sa propre demande, l’Allemagne devra donc se lancer, à l’instar des Etats-Unis dans les années 50, dans la conception d’un Programme de Redressement Pan-européen afin de rétablir la demande commerciale dont l’Europe a besoin. (…) D’une certaine manière, une Allemagne hégémonique pourra jouer le rôle que Washington a tenu dans les années 50, en adoptant une politique ayant pour objectif le rééquilibrage de l’économie européenne grâce au recyclage efficace de ses excédents. Mais comment y parvenir, quand l’Allemagne n’a pas les moyens de lancer un Plan Marshall ? Sur quelles institutions peut-elle compter pour effectuer ce recyclage ? »

Certainement pas sur la Troïka. Les mots prononcés vendredi à Athènes par Yanis Varoufakis Ministre des finances devant Jeroen Dijsselbloem, le Président de l’Eurogroupe, « Nous n’avons aucune intention de coopérer avec un comité tripartite dont l’objectif est d’imposer un programme que nous considérons anti-européen dans sa démarche » font écho à ceux que l’Universitaire Yanis Varoufakis écrivaient en février 2013 :

« Deux choses sont claires : l’Allemagne ne peut s’appuyer sur l’interface entre gouvernements nationaux et Bruxelles, qui ne fonctionne pas et qui est responsable de l’utilisation inefficace et à des fins détournées des fonds structurels de l’Union européenne. Il est pareillement futile d’entamer un processus de fédéralisation, les peuples européens ne sont pas encore prêts à se lancer dans cette voie (…) »

Alors que faire ?

Ce qu’il faut c’est que l’Allemagne s’inspire des New Dealers qui l’ont positionnée sur la voie du redressement dans un passé pas si lointain : l’Europe a besoin de son propre New Deal, financé par une nouvelle gamme d’instruments financiers publics. L’Allemagne peut réaliser un tel Programme de Redressement en l’axant autour de la Banque d’Investissement Européenne. La BEI a déjà fait ses preuves et démontré sa capacité à créer pour les instruments de la dette un marché fluide ayant permis le financement de projets et de les mener à bien. En collaboration avec la BCE, et avec son soutien, un partenariat BEI-BCE est en mesure de mettre au travail une masse colossale d’épargne accumulée et inactive en ne suivant rien d’autre que de simples principes bancaires, avec une implication a minima des Etats membres et sans besoin aucun de toucher aux Traités.

La rencontre entre Yanis Varoufakis et Michel Sapin ce dimanche à Paris est donc d'une importance beaucoup plus capitale qu'il ne peut paraître. Et nous attendrons avec impatience le communiqué des ministres à l'issue de leur rencontre, c'est-à-dire à 18h30. La rencontre "informelle" entre Yanis Varoufakis et Emmanuel Macron est certainement un indice à prendre en considération.

__________________

Pour en savoir plus, lire « L’Europe a besoin d’une Allemagne hégémonique » (en anglais) sur le blog de Yanis Varoufakis (http://yanisvaroufakis.eu/2013/02/22/europe-needs-a-hegemonic-germany/) et lire Le Minotaure Planétaire disponible aux Éditions du Cercle (http://www.editions-du-cercle.fr/livres/1-le-minotaure-planetaire.html) et sur Amazon et en Kindle

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