Lettre ouverte au ministre Olivier Véran

Lettre adressée ce jour au ministre Véran via la plateforme internet du ministère des solidarités et de la santé

Monsieur le Ministre,

A la lecture de diverses enquêtes et au visionnage de plusieurs reportages relatifs à l'incurie de votre gouvernement concernant sa gestion de la crise liée à l'épidémie de COVID-19, je tiens à vous faire part de ma profonde indignation.

J'ai remarqué que vous communiquez beaucoup. Cependant, votre action est souvent peu compréhensible et même parfois très contestable. Par exemple, il était de votre responsabilité de donner le feu vert aux laboratoires d'analyses vétérinaires - dès la mi-mars - afin qu'ils procèdent au dépistage massif de ne serait-ce que les professionnels de santé. Vous venez de le faire avec 3 semaines de retard. C’est 500 000 tests qui n’ont pu être réalisés, alors que la France n’a procédé en tout et pour tout, depuis le début de l’épidémie, qu’à 224 254 tests déclarés (chiffres du 3 avril 2020).

Il est également de votre responsabilité de transférer autant de patients que possible vers les hôpitaux et cliniques privées qui vous ont sollicité (via les ARS). Mais le gouvernement auquel vous participez semble visiblement préférer les actions sensationnelles à grand renfort d’images, comme le transfert de patients vers des CHU de province, par TGV ou avion militaire… ou installer des hôpitaux militaires de campagne avec quelques dizaines lits (c'est mieux que rien), quand la Chine a su construire en dur des hôpitaux à la hâte et fort bien équipés pour accueillir des milliers de personnes infectées - et cela en 10 jours!

Certes, on ne peut pas vous imputer toutes les incuries du gouvernement en cette matière, mais force est de constater que votre communication est bien souvent éloignée de la réalité et des véritables enjeux, et qu'elle démontre généralement une posture politicienne. Et que dire de vos annonces mensongères relatives aux masques de protection, puis votre revirement? D'ailleurs, qui peut oublier que vous avez exercé aux côtés de Marisol Touraine, responsable du changement de doctrine concernant les stocks stratégiques de masques, et que vous étiez alors l'un des principaux artisans de la Loi Santé défendue par celle-ci.

Et ce n’est pas tout. Je m'interroge notamment sur un paragraphe de l'art. 1 du décret n° 2020-360 du 28 mars 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020, relatif à la dérogation AMM (pour 17 jours exactement, durant le pic estimé de l'épidémie en France) de la prescription et de l'utilisation du Rovatril sous sa forme injectable pour certains patients atteint de la COVID-19. Vous auriez pu tout aussi bien mentionner la possibilité d'euthanasier ces patients (lorsque leur état clinique le justifie). Et comble de l'ironie – ou du cynisme, à moins qu'il faille y voir un lien de causalité – ce paragraphe est placé juste après celui relatif aux EHPAD. En fait, ce n'est certainement pas un hasard, puisque les pensionnaires des EHPAD ne seront visiblement pas hospitalisés faute de place.

Je conclurai en mentionnant votre position concernant le protocole thérapeutique – pour lequel je n’ai pas la qualification pour juger de son efficacité ou non – mis au point par le Pr Didier Raoult, que vous avez certes finalement fait intégrer dans l'étude "Discovery", mais que vous n'avez autorisé que pour traiter les patients les plus gravement atteints, aux antipodes des préconisations de l'équipe de l'IHU Méditerranée.

Cette liste de manquements et d'errements n'est pas exhaustive, mais j'espère cependant qu'elle vous fera prendre conscience des fautes politiques et morales dont vous pourriez être accusé, et qu'elle vous aidera à réviser votre approche et vos prises de décision.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.

Jean-François Goulon

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