Crise irakienne : le califat sunnite a été financé par l’Arabie Saoudite

George Bush et Tony Blair disaient que l’Irak était une guerre contre le fascisme islamique. Ils ont perdu !

Or donc, après la bouffonnerie des Talibans, d’Oussama ben Laden et de 15 des 19 tueurs suicides du 11 septembre, voici la dernière contribution monstrueuse de l’Arabie Saoudite à l’Histoire mondiale : le califat sunnite islamiste en Irak et au Levant, les conquérants de Mossoul et de Tikrit – et de Raqqa en Syrie – et peut-être de Bagdad, ainsi que les toute dernières humiliations de Bush et d’Obama.

D’Alep, au nord de la Syrie, jusqu’à pratiquement la frontière avec l’Iran, les djihadistes de l’EIIL et divers autres groupuscules payés par les Wahhabites saoudiens – et par les oligarques koweïtiens – font désormais la loi sur des milliers de km².

En dehors du rôle de l’Arabie Saoudite dans cette catastrophe, quelles autres histoires va-t-on nous cacher dans les jours et les semaines à venir ?

L’histoire de l’Irak et celle de la Syrie sont identiques – aux plans politique, militaire et journalistique : deux dirigeants, l’un chiite et l’autre alaouite, combattent pour l’existence même de leurs régimes contre la puissance d’une armée internationale sunnite grandissante.

 Tandis que les Américains soutiennent le misérable Premier ministre Nouri al-Maliki et son gouvernement chiite élu en Irak, ces mêmes Américains exigent toujours le renversement de Bachar el-Assad et de son régime en Syrie, même si les deux dirigeants sont désormais frères d’armes contre les vainqueurs de Mossoul et de Tikrit.

L’immense richesse du Qatar pourrait être bientôt retirée aux rebelles musulmans de Syrie et d’Irak et redirigée vers le régime de Bachar el-Assad, en raison de la peur et de la grande haine que leur inspirent leurs frères musulmans en Arabie Saoudite (qui pourraient envahir le Qatar s’ils se mettaient très en colère).

Nous sommes tous au courant de la « profonde inquiétude » de Washington et de Londres face aux victoires territoriales des Islamistes – et à la destruction totale de tout ce que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont « sacrifié » pour l’Irak. Cependant, personne ne ressentira autant cette « profonde inquiétude » que l’Iran chiite, le Syrien Assad et l’Irakien Maliki, qui doivent considérer les nouvelles en provenance de Mossoul et de Tikrit comme un désastre politique et militaire. Juste au moment où les forces militaires syriennes gagnaient la guerre pour le compte d’Assad, des dizaines de milliers de militants basés en Irak pourraient maintenant se retourner contre le gouvernement à Damas, avant de choisir de marcher sur Bagdad.

A présent, plus personne ne cherche à savoir combien de centaines de milliers d’Irakiens ont été massacrés depuis 2003 à cause des fantasmes de George Bush et de Tony Blair. Ces deux hommes ont détruit le régime de Saddam pour rendre le monde plus sûr et déclaré que l’Irak faisait partie d’une bataille titanesque contre « le fascisme islamique ». Eh bien, ils ont perdu !

carte de Mossoul

Il faut se rappeler que les Américains ont capturé Mossoul à plusieurs reprises pour écraser le pouvoir des combattants islamistes. Ils se sont battus pour Falloujah à deux reprises. Et ces deux villes ont été de nouveau perdues au bénéfice des Islamistes. Les armées de Bush et de Blair sont rentrées depuis longtemps chez elles, en déclarant victoire.

Sous Obama, l’Arabie Saoudite continuera d’être traitée comme une amie « modérée » dans le monde arabe, même si la famille royale est fondée sur les convictions wahhabites des Islamistes sunnites en Syrie et en Irak – et même si des millions de ses dollars arment ces mêmes combattants.

Ainsi, la puissance saoudienne alimente le monstre dans les déserts de Syrie et d’Irak tout en se mettant dans les petits papiers des puissances occidentales qui la protègent.

Nous devrions également nous rappeler que les tentatives militaires de Maliki de reprendre Mossoul risquent d’être féroces et sanglantes, exactement comme les batailles d’Assad pour reprendre des villes en Syrie l’ont été.

Les réfugiés qui fuient Mossoul sont plus effrayés par la vengeance du gouvernement chiite qu’ils ne le sont des Djihadistes sunnites qui ont capturé leur ville.

On nous dira à tous qu’il convient de considérer ce nouveau « califat » armé comme une « nation terroriste ». Abou Mohamed al-Adnani, le porte-parole de l’EIIL, est intelligent, met en garde contre l’arrogance, parle d’une avancée vers Bagdad, alors qu’il pourrait penser à Damas. Dans l’ensemble, l’EIIL ne s’en prend pas aux civils de Mossoul.

Finalement, nous serons invités à voir l’avenir comme une guerre sectaire, alors qu’elle sera une guerre entre Musulmans sectaires et non-sectaires. La partie « terreur » sera fournie par les armes que nous envoyons à tous les camps.

état des lieux en Irak

Robert Fisk. Article publié dans le Belfast Telegraph, le 13 juin 2014. Iraq crisis: Sunni caliphate has been bankrolled by Saudi Arabia (traduction : [JFG-QuestionsCritiques])

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